L’Église catholique à Maurice abordera ce dimanche une étape majeure par rapport à la place dans l’Église des divorcés remariés civilement ou vivant une nouvelle union. Le cardinal Piat, lors d’une célébration en la Cathédrale Saint-Louis ce jour-là, énoncera les orientations diocésaines dans cette direction. Le vicaire général, Jean-Maurice Labour, fidèle à son franc-parler, explique la nouvelle position de l’Église sur un sujet qualifié de sensible et douloureux par de nombreux catholiques. Il le dit ainsi clairement : « Le divorce n’est pas réhabilité par l’Église car cela reste un drame et un péché. » Ce qui a changé, en revanche, « c’est le regard de l’Église sur les personnes divorcées ».

Le cardinal Piat promulguera ce dimanche de manière solennelle des Orientations diocésaines pour la pastorale des divorcés engagés dans une nouvelle union. L’Église a-t-elle donc changé son regard sur les divorcés ?

Les divorcés, ceux qui se remarient civilement ou qui sont dans une nouvelle union, ne sont pas des pestiférés ! C’est vrai qu’avant les chrétiens divorcés se sentaient rejetés et exclus car ils n’avaient pas accès à la communion sacramentelle. L’Église vient dire qu’elle comprend les blessures qu’ont entraînées ces divorces et qu’elle reconnaît que ces personnes, malgré les échecs dans leur vie de couple, sont capables de vivre des valeurs authentiques de l’Évangile de même qu’une relation de foi avec Jésus, qu’elles accèdent à la communion ou pas.

Concrètement, que proposera l’Église ce dimanche aux divorcés ?

La démarche de l’Église repose sur les recommandations du pape François dans une Exhortation apostolique intitulée « Amoris Laetitia » (« La joie de l’Amour »), publiée à la suite du synode sur la famille en 2015. Au diocèse de Port-Louis, après avoir pris le temps d’approfondir ce texte, ayant fait l’objet de discussions avec les prêtres, et après avoir pris en compte les réactions des fidèles, le cardinal Piat promulguera des directives pour l’accueil, l’accompagnement et l’intégration des couples dans l’Église en situation d’une nouvelle union.

Qu’y a-t-il de révolutionnaire dans l’événement de ce dimanche puisque les divorces remariés n’auront toujours pas accès à la communion sacramentelle ?

C’est vrai que l’accès des divorces remariés à la communion sacramentelle demeure une question centrale et donne lieu à de grandes attentes dans l’Église. Mais l’intégration des divorces remariés civilement ou vivant une nouvelle union ne se limite pas à l’accès au sacrement. Toute cette question nous renvoie à ce que j’appellerai un « blocage rituel » vécu par toute l’Église. Pour de nombreux catholiques dits en règle, l’accès à un rituel ponctuel – les sacrements du baptême, de la première communion, de la confirmation et de mariage – agit comme un vaccin qui donne la vie de Dieu et qui les sauve immédiatement. C’est vrai que pour les divorcés, le non-accès à la communion a constitué un blocage dans la croissance dans leur foi. Or, le développement d’une relation personnelle avec Jesus Christ est un processus lent qui engage une liberté, et parfois un dialogue contradictoire avec ce Dieu qui est amour. La démarche de l’Église peut se résumer ainsi : intégrer pour grandir dans la foi et favoriser par là même la croissance humaine et spirituelle.

Ce qu’il y a de révolutionnaire, c’est que l’Église se décide à aller vers ces personnes au lieu d’attendre qu’elles viennent quémander un sacrement. Nous disons à ces divorcés : la miséricorde de Dieu vous aime et vous propose un chemin. La communauté chrétienne devient l’ambassadrice de la miséricorde de Dieu. À mon avis, la démarche de l’Église visant ceux en situation irrégulière doit interpeller ceux qui sont en situation dite régulière. Sous le couvert du sacrement du mariage, certaines personnes sont en train de tromper ce sacrement au vu et au su de tout le monde !

Est-ce que cela veut dire que pendant toutes ces années, l’Église ne pratiquait pas la miséricorde de Dieu envers les divorcés ?

D’une certaine manière je dis « oui ». Pourquoi ne pas accepter que l’Église s’est convertie sur ce point comme sur d’autres ? Il est intéressant de noter que cette démarche de l’Église envers les divorcés arrive après l’Année de la miséricorde.

Les catholiques sont-ils prêts pour cette nouvelle mission ?

C’est vrai que la communauté chrétienne doit elle-même être préparée à cet accueil tant il est vrai qu’elle s’est confortée à l’intérieur d’une sécurité avec les bien-pensants et les bons pratiquants d’un bon côté et les autres du mauvais côté. Cette communauté chrétienne aussi doit évoluer et changer son regard sur les divorcés. Par ailleurs, le cardinal souligne notre rôle de pasteur d’aider les paroissiens à accueillir fraternellement les divorcés remariés là où ils se sont rendus sur leur chemin de foi.

Qu’attend l’Église pour sa part des divorces remariés ?

Nous leur demandons de regarder la vérité de leur situation. Attention, en les intégrant, l’Église ne vient pas dire que le divorce est une peccadille. Le divorce est grave, blesse, fait mal à l’enfant, au couple et à l’entourage. Souvent, on stigmatise l’Église catholique dans son refus du divorce mais, en réalité, ce refus répond au vœu profond de tout amour d’être durable. Je ne connais aucun couple, croyant ou pas, qui en s’engageant dans le mariage se dit qu’il se marie pour seulement un certain nombre d’années.

Est-ce que l’Église n’est pas en train de recruter des divorcés pour venir donner un coup de main par manque de ressources humaines ?

Il ne s’agit pas d’une intégration fonctionnelle, c’est-à-dire une intégration dans la communauté de l’Église en vue de leur confier une responsabilité. Je le dis bien fort : l’Église n’est pas en train de recruter les divorcés par manque de main-d’œuvre. Cela ne veut pas dire que nous ne reconnaissons pas qu’ils puissent assurer un certain nombre de services dans l’Église, mais leur intégration a pour but principal de reconnaître qu’ils sont capables de vivre une communion authentique avec Dieu, même si elle n’est pas sacramentelle.

Ces personnes avaient l’impression que l’Église les excluait de cette relation authentique. Elles sont labourées par la souffrance et le fait d’avoir lutté pour réparer et cicatriser les blessures les a conduits à une relation plus approfondie avec Dieu, contrairement à ceux qui vivent dans la routine de leur foi.

Cela signifie-t-il que l’Église réhabilite aujourd’hui le divorce ?

Le divorce n’est pas réhabilité par l’Église car cela reste un drame et un péché. L’Église ne renie pas sa conviction sacramentelle ni ne change sa vision sur le divorce, mais elle porte un regard neuf sur les personnes divorcées. Le mariage sacramentel dit que seul un amour fidèle et durable est humanisant, et ce sacrement traduit aussi l’amour de Dieu pour l’homme. Toutefois, l’Église reconnaît la complexité des situations et les circonstances atténuantes qui diminuent la responsabilité morale de certains divorces. À titre d’exemple, le cas d’une femme battue qui, après avoir maintes fois essayé d’éviter une séparation, finit par consentir au divorce pour protéger ses enfants et pour se protéger elle-même contre un mari violent. L’Église, à travers cette nouvelle pastorale, offre un chemin à ceux qui ont été confrontés à un échec de ressusciter à un amour durable et éventuellement accéder au sacrement.

Êtes-vous en train de dire que les divorcés remariés pourraient accéder au sacrement de la communion un jour ?

Pour cela, il y a aura donc des étapes à franchir. Mais il faut veiller à ce que l’ouverture de l’Église au cheminement spirituel des personnes divorcées ne soit utilisée par les jeunes pour banaliser leur entrée dans le sacrement du mariage sous prétexte qu’après un divorce, l’Église les accueillerait à bras ouverts. La miséricorde suppose la vérité.

Quelles seraient donc les nouvelles exigences de l’Église pour que les divorcés accèdent à nouveau aux sacrements ?

Attendons les directives qui vont être promulguées par l’évêque ce dimanche. Cette promulgation officielle donnera aussi des indications des services dans l’Église auxquels les divorcés remariés pourraient accéder.

Pouvez-vous nous donner le nombre de divorcés qui souhaitent avoir le sacrement de la communion ?

C’est difficile parce que beaucoup restent loin, sachant qu’ils en sont exclus, qu’ils savent qu’ils sont exclus, et certains se présentent sur la pointe des pieds. Cependant, nous savons qu’il y a une grande attente, que nous percevons à travers les parents qui viennent demander les sacrements du baptême, de première communion et de confirmation pour leur enfant.

Comment prévoyez-vous la mise en œuvre de cette promulgation ?

Des équipes d’accompagnement des divorcés remariés existent déjà dans le diocèse. Ces expériences de rencontres ont conduit à l’élaboration de programmes balisés qui portent des noms comme “Reliance”, “Cap Espérance”. Pour renforcer ce travail, nous allons constituer des équipes de couples accompagnateurs qui étudieront les différentes étapes de cette promulgation en vue de proposer un cheminement aux demandeurs.