JENNY ADEBIRO, PRÉSIDENTE DE LA COMMISSION FEMMES DU MMM : « Je ne fais pas les choses à moitié… »

Au sein de sa famille, elle entend parler des « valeurs et principes » du MMM depuis son enfance, et après les études secondaires, son adhésion à ce parti politique n’a surpris personne de son entourage. Jenny Adebiro affiche une certaine assurance dans son rôle de présidente de la Commission des femmes du MMM parce qu’elle connaît, dit-elle, la structure et le fonctionnement du parti et ne cache pas ses ambitions de politicienne. « Je ne fais pas les choses à moitié et s’il y a lieu de prendre certaines décisions déterminantes pour l’avenir des femmes je n’hésiterai pas à le faire », affirme la nouvelle porte-parole des militantes auprès de la direction du MMM.

Comment réagissez-vous devant cette avalanche de sujets sombres dans l’actualité locale, tant au niveau politique que social ?
L’actualité est effrayante lorsqu’on prend connaissance de la presse. Des sujets qui choquent et qui interpellent. Mais quand on est politicien on ne reste pas spectateur devant ce qui se passe et on n’a pas le droit d’être défaitiste. On doit agir. Lors des élections de 2014, la population voulait un changement et les Mauriciens ont voté en pensant qu’il y aurait changement. Mais il y a une grande déception dans la population. Au niveau politique, au lieu d’avancer vers le meilleur on a reculé de plusieurs pas. Devant cette atmosphère démotivante due au comportement déplorable de certains politiciens du gouvernement, des jeunes qui ont du talent et qui ont le potentiel de prendre certaines responsabilités ne sont guère encouragés à s’engager dans la politique active. Du côté des femmes aussi il y a une certaine hésitation. Il y a un manque de vision pour le pays chez ceux qui nous gouvernent. Ils ne propulsent pas l’île Maurice dans 10 ans mais gèrent tout simplement le quotidien. Ils parent au plus pressé mais pas pour autant le faire en mieux. Quand on est politicien et de surcroît quand on est député, il faut avoir une vision du pays dans 10-15 ans et ne pas commencer à travailler à l’approche de la fin de son mandat.

Quelle est votre analyse de la recrudescence de la violence verbale et physique ?
Il ne se passe pas un jour sans qu’on entende parler d’un nouveau cas de crime. C’est tellement fréquent que les Mauriciens commencent à y être indifférents et cette attitude est grave. La disparition graduelle des valeurs que nous avons en commun a conduit à une société malade. Ce que je dis peut sonner comme du cliché mais c’est le réel. On ne peut jeter le blâme sur telle ou telle personne ou sur telle ou telle autorité. Il y a une tendance vers l’individualisme. Or, nous avons chacun une part de responsabilité dans cette situation et la société mauricienne doit se ressaisir. Nous devons tous faire un effort pour mettre un frein à cette dégradation au plan social et pour créer une société meilleure. Les Mauriciens doivent vivre dans cet esprit de mauricianisme et de patriotisme tout au long de l’année et pas seulement le temps de la Fête nationale. Je voudrais faire part d’une observation sur l’engagement dans le social puisqu’on est sur le sujet. Dans le passé l’engagement des ONG était très distinct de la politique. Depuis quelques années la politique s’est emparée des événements au plan social et religieux. Œuvrer dans le social requiert un certain soutien financier de l’État et les politiciens, qui en sont conscients, ont tenu certaines ONG en otage.

Cela fait sept ans que vous êtes au MMM et vous êtes dans un moule bien structuré. Avez-vous la possibilité de « think out of the box » et d’exprimer des opinions personnelles ? Avez-vous demandé l’autorisation au leader pour cette interview ?
J’ai commencé à m’intéresser à la politique depuis le collège. J’ai la chance d’avoir eu un prof qui a appris aux élèves à s’intéresser à l’actualité dans le pays et qui m’a donné goût à la politique. Après les élections de 2010, à l’âge de 25 ans j’ai intégré le MMM et avant cela, j’ai eu le temps d’analyser la philosophie et le fonctionnement des autres partis politiques. Quand on est dans une structure, cela ne veut pas dire qu’on reste figé et qu’on voit d’un seul œil. Je peux vous assurer que le MMM nous donne la chance de discuter. Après la défaite électorale de 2014 nous avons eu la liberté au sein du parti de faire part de nos sentiments et de déballer toutes nos opinions par rapport à cette défaite. Ces discussions en toute liberté m’ont beaucoup marquée. Il y a une « two-way communication » au MMM. C’est précisément grâce à cette liberté d’expression que j’ai donné immédiatement une réponse positive pour cette interview.

Quel est le rôle exact de cette commission dont vous êtes la présidente depuis une dizaine de jours ?
J’ai été la présidente de l’aile jeune du MMM en 2013-2014. Forte de cette expérience et avec plus de maturité je suis entrée dans la fonction de présidente de la Commission des Femmes. Une des attributions de cette commission est de faire connaître l’histoire et la philosophie du MMM auprès des femmes en vue d’avoir de nouvelles adhérentes. L’objectif de tous les partis politiques est d’avoir le plus grand nombre d’adhérents en vue d’avoir un électorat sur lequel ils peuvent compter lors des élections.
Le rôle de la présidente de cette commission est de faire entendre la voix des militantes dans toutes les structures du parti. Je ne fais pas les choses à moitié et s’il y a lieu de prendre certaines décisions déterminantes pour l’avenir des femmes je n’hésiterai pas à le faire.

Êtes-vous à l’aise au sein du parti ?
J’ai connu toutes les instances de fonctionnement du parti petit à petit, c’est-à-dire les branches, les régionales, le comité central et le Bureau politique. Grâce à ce parcours je réponds par un grand « oui » à votre question. Je voudrais ajouter que mes affinités avec le MMM datent d’avant mon adhésion en raison de l’intérêt que mes parents ont toujours témoigné pour le parti. Ils n’en étaient pas membres mais ils ont toujours soutenu la philosophie du MMM et j’ai grandi moi aussi avec ce combat. Je suis fière d’en être membre aujourd’hui.

Quelles sont vos ambitions politiques ?
Tous ceux qui s’engagent en politique veulent aller le plus loin possible dans cet engagement, comme être député et même devenir ministre. Je mentirai si je dis que je n’aspire pas à être candidat moi aussi et avec pour seul objectif de travailler pour le pays. Tout politicien doit être d’abord patriote.

Comment se déroule la campagne électorale de votre parti au N° 18 ; le MMM a-t-il pu faire accepter sa candidate ?
Nous sommes sur le terrain depuis plus d’un mois et la campagne est menée par une équipe bien structurée et très motivée. L’aile féminine du parti est elle aussi bien engagée dans cette campagne électorale. Le porte-à-porte se passe bien et Nita est bien accueillie dans la circonscription. Dans cette campagne, le MMM donne une image de renouveau et marque des points. À l’heure où je vous parle nous sommes dans une campagne très positive. Le parti est conscient que les choses ont beaucoup changé et que la campagne ne peut se dérouler de la même manière de celles qu’on a eues durant ces trente dernières années. Mais le porte-à-porte et les réunions nocturnes sont toujours très importants pour la proximité qu’on veut avoir avec l’électorat. En même temps, nous exploitons les réseaux sociaux pour passer notre message.

La parité homme-femme au Parlement ne passe-t-elle pas d’abord par la parité dans l’organisation des partis politiques ?
Je peux vous assurer que le MMM a fait un gros effort dans cette direction même si nous ne sommes pas encore arrivés à l’idéal. Déjà au niveau des régionales et du comité central la moitié des membres sont des femmes, en attendant d’avoir la même proportion au niveau du Bureau Politique.

Ne croyez-vous pas qu’un rajeunissement des gouvernants est nécessaire pour meilleure gestion du pays ?
Je suis d’accord qu’il faut faire de la place aux jeunes et dans le même souffle ouvrir davantage les portes de la politique aux femmes. Mais la compétence au sein d’un gouvernement ne se mesure pas à la présence de jeunes et de femmes. Ceci dit, avoir des jeunes et des femmes au sein d’une équipe permet d’avoir une nouvelle vision et de nouveaux objectifs. Cela est possible qu’avec l’encadrement nécessaire ainsi qu’une synergie jeunes-anciens.

La parité homme-femmes au niveau du management dans les entreprises existe-t-elle ?
Dans la vie professionnelle nous sommes encore loin de cette parité que vous évoquez, même si les compétences des femmes sont mieux reconnues de nos jours.

Est-ce possible pour une femme de mener une carrière professionnelle tout en étant engagée activement en politique ?
Ce n’est pas impossible mais il y a certaines choses qu’on doit sacrifier. Dans les années passées j’ai dû sacrifier un job qui me plaisait dans une entreprise privée et j’ai donné ma démission à cause de mon engagement en politique. Mais je ne regrette pas mon choix.

Vous êtes jeune, n’avez-vous pas d’autres hobbies en dehors de votre engagement politique ?
Entre la vie professionnelle et l’engagement politique je n’ai pas beaucoup de temps libre. Les dimanches où je suis libre je donne priorité à la famille et j’en profite pour un temps de détente entre amis. J’aime bien la musique et j’aurais bien aimé apprendre à jouer à la batterie si j’avais du temps libre.