De hauts dignitaires gouvernementaux, et autres décideurs du privé ont pris l’estimable habitude d’émailler leurs discours de convaincantes envolées sur la dimension essentielle du vecteur culturel pour un développement responsable du pays. Les tenants de l’action culturelle, comme toute la population, ne peuvent qu’être séduits par un tel « engagement ». Toutefois, entre l’élixir des mots et une concrétisation exemplaire, il y a une réalité marécageuse perdure. Conditions propices à une pandémie du doute, de la frustration et, en phase terminale, de la colère.
Au hasard, et loin d’être unique, le cas des festivités de la Fête nationale illustre, piteusement, un constat édifiant. Ces dernières décennies, il n’y a eu que tentatives de revisiter cet évènement. Sinon, cette date symbolique est, méthodiquement, honorée sans panache, réitérant des poncifs racornis à l’opposé du formidable potentiel créatif mauricien.
Invariablement, cela consiste en une parade convenue, suivi d’un bref « spectacle » ciblant un parterre « d’officiels » autour d’un illustre « invité d’honneur », pour s’achever par un concert fourre-tout, dévolu au « populaire » et diffusé, en direct, par la télévision nationale.
De fait, pour concocter ce programme au cadre figé, les préposés ministériels des arts et de la culture disposent d’une pleine année. Or, édition après édition, ils affichent, sans équivoque, l’incompétence, l’apathie et la banalité de cette organisation.
Contrainte légale oblige, ledit ministère procède à un appel d’offres relatif à l’ensemble infrastructurel et des régies techniques indispensables à ce type de production. Mais, depuis toujours, cet appel est lancé à peine quelques jours avant l’évènement.
Aptes à y postuler, les compagnies doivent-elles renoncer à l’exploitation de leur matériel depuis janvier pour qu’il soit disponible à ces dates ? Et ce, pour une hypothétique obtention d’un contrat au budget limité Une aberration commerciale qui, naturellement, échappe aux fonctionnaires ministériels.
Autant d’inepties ne pouvant émaner que d’une seule personne, les rédacteurs de cet appel ne s’appuient sur aucune réalité à l’heure de sa publication. De leurs propres aveux, le contenu artistique n’est même pas esquissé à douze jours de la célébration !
Le genre de spectacle, et les artistes choisis pour le servir, déterminent la totalité du matériel adéquat pour une mise en valeur la plus performante possible. Peut-on admettre qu’un chef cuisinier fasse son marché sans la moindre idée du menu qu’il est censé réaliser ? Une évidence que les spécialistes ministériels n’ont pas encore captée.
Dans le même chapitre « appel d’offres », quatre professionnels ont été approchés pour la création d’un spectacle pluridisciplinaire, de vingt minutes, avec « deux cents » interprètes, à réaliser en dix jours, assorti d’un règlement financier à trente jours après la représentation Dans l’histoire mondiale du spectacle, c’est la toute première fois qu’un producteur exige que le réalisateur avance le budget nécessaire au spectacle pour lequel il est engagé. Confondant.
Dans ce ministère, la règle stipule, sans doute, que les fonctionnaires se dotent, eux-mêmes, de leur matériel de fonctionnement qui, à terme, leur est remboursé. Universellement, le spectacle est régi par un faisceau de règles où celle-ci n’a, jamais, figuré.
En toute logique, trois des professionnels ont décliné cette invitation surréaliste. Seule, la grande dame du Kathak et femme de défi s’est positionnée. Avec des exigences financières à provoquer quelques arrêts cardiaques au sein du ministère. Pour toute réponse, cet appel d’offres délirant a, soudain, été annulé. Une décision similaire a déjà sanctionné l’appel d’offres ministériel pour le DIVALI 2015. Délirant ? Pas pour l’honorable Institut de MOKA qui s’est vu confier (in extremis ?) la réalisation de ce « spectacle » dans les termes du contrat initial ! Dans l’urgence, un patchwork de groupes chorégraphiques et de quelques percussionnistes a bien voulu relever le défi. Sous la houlette d’un concepteur stagiaire, et en dépit du dynamisme de tous les participants, cette exhibition n’a été qu’une énième version du sempiternel « composite show ». Et ce, en playback intégral, éhontément camouflé ! Objectivement, dans son contenu et avec ses présentatrices, le concert « populaire » n’a rien offert de plus le pire de ces dernières années. Cependant, le principe comme la recherche artistique appelle bien plus d’originalité et d’inattendu, avec l’éclat du Gran Konser du Festival International Kreol. Fête nationale oblige ?
Il reste que célébrer l’accession à l’Indépendance et à la dignité de République devrait prétendre, en termes de prestige et de sens, à une vitrine extraordinaire de la créativité singulière de l’île Maurice. Chaque nouvelle édition devrait décupler l’adhésion de tous les segments de la population à un évènement unique, spectaculaire, sensible et innovant.
Participer à ce spectacle devrait être pour les artistes un honneur et une reconnaissance marquante de leur talent particulier. Une prestation d’exception dans leur parcours artistique.
C’est dire combien l’approche de cette commémoration demande à être reconsidérée à tous les niveaux. Avec comme fondation, le respect des impératifs des divers corps de métier de la scène, et une complémentarité clairement définie des attributions ministérielles.
Par essence, un ministère des Arts et de la Culture n’a pas la vocation ni les compétences pour concevoir et développer un évènementiel spectaculaire d’envergure. En revanche, il est en capacité d’en être :