DR DIPLAL MAROAM

Après Donald Trump aux États-Unis, l’accession au pouvoir de Jair Bolsonaro au Brésil le 1er janvier de cette année est venue donner une sérieuse impulsion à l’équipe des climato-sceptiques à un moment où notre planète est confrontée à des défis environnementaux majeurs comme le confirment d’ailleurs deux rapports publiés successivement en octobre de l’an dernier.

D’abord, celui du GIEC qui a été présenté au COP 24 en Pologne au début de décembre 2018 et qui recommande une réduction des émissions du dioxyde de carbone (CO2) de pas moins de 45% du niveau de 2010 d’ici 2030 si la limite du réchauffement climatique doit être maintenue à +1,5⁰C. Ensuite celui de l’ONG WWF intitulé « Indice Planète Vivante », faisant état d’une chute de 60% des populations des vertébrés (poissons, oiseaux, amphibiens, reptiles et mammifères) entre 1970 et 2014 sur le plan global, particulièrement en Amérique du Sud car l’Amazonie abrite la diversité biologique terrestre la plus riche et active de la planète.

 

L’Amazonie, justement, vaste région géographique de 7 millions de km², repartie sur huit pays autour du fleuve Amazone et dont 60% se trouvant au Brésil, joue un rôle prépondérant dans le maintien de l’équilibre planétaire du niveau de carbone. Connues ainsi comme le poumon de la Terre, les forêts amazoniennes emmagasinent approximativement 100 milliards de tonnes métriques de carbone, plus de 10 fois d’émissions globales provenant des combustibles fossiles. Or, durant ces 40 dernières années, la superficie des forêts brésiliennes s’est rétrécie d’environ 20%, due à la déforestation, suscitée par l’abattage illégal des arbres – phénomène responsable d’environ 10%-15% des émissions de gaz à effet de serre – mais aussi par des activités agro-économiques intenses comme la culture de soja et l’élevage. En outre, dans la seule Amazonie brésilienne, vivent environ 25 millions d’individus, comprenant des centaines de milliers de peuples indigènes appartenant à plus de 150 différents groupes.

La région héberge également plus de 10% de toutes les espèces végétales et animales de la planète comprenant, entre autres, 40,000 espèces de plantes, 1,200 d’oiseaux, 400 mammifères et des dizaines de milliers d’espèces d’insectes. D’autre part, les zones humides et marécageuses amazoniennes sont caractérisées par une biodiversité qui leur est propre. Souvent considérées comme des terrains incultes ou l’habitat d’insectes nuisibles ou porteurs de maladies, ces zones figurent pourtant parmi les écosystèmes les plus productifs du monde sur le plan biologique. Il convient de souligner que pour la survie de toute la chaîne de la biodiversité globale, la préservation des différentes variétés de plantes et d’animaux appartenant à une espèce est primordiale.

Car l’ADN de chaque variété d’une espèce renferme des gènes uniques et la diversité des gènes au sein d’une espèce accroît sa capacité d’adaptation à la pollution, aux maladies et autres facteurs abiotiques. Lorsque des variétés d’espèces végétales ou animales disparaissent, la diversité génétique de l’espèce se trouve appauvrie et devient écologiquement vulnérable. Des cultures à consommation mondiale telles le maïs et le riz, par exemple, contiennent aujourd’hui seulement une fraction de la diversité génétique qu’elles possédaient il y a seulement quelques décennies de cela. La pression s’accentue sur l’écologie globale. Dans son discours d’investiture le 1er janvier, Jair Bolsonaro a donné un aperçu de sa politique ultra-conservatrice et son programme d’ultra-libéralisme économique assorti des coupes budgétaires drastiques et privatisations tous azimuts.

Or, il n’est un secret pour personne que, tel un rouleau compresseur, l’économie capitaliste anéantit sur son passage toutes les valeurs fondamentales, y compris la valeur écologique, pour ne laisser croître que celle de l’argent. Le projet environnemental du nouveau président comprend, entre autres, la sortie de l’accord de Paris ; la fusion initialement annoncée puis, semble-t-il, abandonnée, des ministères de l’Agriculture et de l’Environnement et le développement accéléré de l’Amazonie.

Et, pour couronner le tout, le gouvernement brésilien a annoncé son renoncement à l’organisation du COP 25 qui devrait se tenir à la fin de cette année dans ce pays. Il est évident que le plus grand gagnant de cet état des choses serait nul autre que le puissant lobby de l’agrobusiness qui a ouvertement soutenu le candidat de l’extrême droite durant toute la campagne.