Pendant longtemps, des sanctions à l’encontre des mauvais payeurs qui ont brisé leur contrat social (avec la National Empowerment Foundation) avaient été évoquées. La NEF, à qui il revient de suivre les bénéficiaires — et qui est loin d’être efficace à La Valette —, rappelle que c’est à la Mauritius Housing Company Ltd d’appliquer les mesures qui s’imposent dans le cas des foyers endettés. Néanmoins, il incombe à la NEF de jouer pleinement son rôle auprès des résidents du village intégré, car le contrat social est clair sur toute action qui relève du non-respect de celui-ci, dont le paiement du loyer.
Contacté, Aryaduth Seesunkur, le président de la NEF, concède ne «pas bien maîtriser le dossier de La Valette». Il ne nous parlera pas du sujet. Entre-temps, faute d’une vraie politique d’accompagnement pour les relogés — des anciens squatters avec une historique sociale lourde —, la situation s’est envenimée à La Valette. Et les mauvais payeurs préviennent, ils n’ont pas d’argent pour rembourser leur dettes auprès de la MHC. «Nou pou res lamem. Si met nou deor, nou pou res lor lari».
 Le village intégré de La Valette devient de plus en plus méconnaissable. Il y a d’abord l’aspect physique même du village. Fini l’époque des façades propres des maisons fraîchement livrées aux bénéficiaires et leurs cours bien entretenues. Des 199 maisons, plusieurs ont quand même réussi à résister à l’insalubrité au fil des années. À la NEF, on essaye de relativiser l’état des logements et de l’environnement.
«La plupart des maisons sont bien entretenues. Il n’y a que quelques réfractaires qui posent problème. Mais dans l’ensemble ça va !» nous dit-on. Toutefois, dès l’apparition des premières maisons qui ont visiblement manqué d’entretien, La Valette renvoie une autre image, celle d’une cité négligée. Et en deuxième lieu, si le village intégré prend la pente, c’est parce que, minés par des problèmes sociaux, familiaux et la précarité économique, des foyers entraînent La Valette dans un gouffre. Si actuellement les autorités concernées par le relogement des bénéficiaires de La Valette peinent à y ramener l’ordre social, elles auront beaucoup de difficultés à éteindre le feu lorsque le chaudron explosera. Car pour le moment, il est en ébullition.
 «Nou pou res           lamem»
 À La Valette, une frange de la population dérange quasiment au quotidien la vie en communauté. Les problèmes, voire délits, qu’imposent ces perturbateurs sont loin d’être anodins. Trafic de drogues synthétiques, prostitution, vente illégale de boissons alcoolisées, etc. Ces transactions illicites se font à la tombée de la nuit aussi bien pendant la journée. Il y a quelque temps, un club service avait installé des plaques avec le nom des rues dans chaque allée du village. Elles ont toutes pratiquement disparu. Même la plaque avec le nom du village, placée à l’entrée de celui-ci, a attiré les voleurs de ferraille !
Malgré la gravité des fléaux qui gangrènent peu à peu La Valette, ce ne sont pas ceux-ci qui, un jour, embraseront le quartier. L’explosion surviendra lorsque les mauvais payeurs, ceux qui ne sont pas en règle auprès de la MHC, refuseront de quitter leur maison si les autorités les expulsent. Au fil des années, le nombre de bénéficiaires qualifiés de «mauvais payeurs» a augmenté. Des 199 bénéficiaires, 105 d’entre eux doivent des années de mensualité à la MHC et ont, depuis, cessé de s’acquitter de leur loyer. En 2013, ils étaient 40.
Si le nombre des mauvais payeurs a presque triplé en peu de temps, c’est aussi parce que certains résidents en règle ou plus ou moins en règle, eux, frustrés de voir que leurs voisins réfractaires au contrat n’avaient pas été sanctionnés et ni inquiétés, ont décidé d’en faire de même. «Mo mem mo nepli kone komye mo dwa», nous confie une femme laboureur. «Mwa mo dwa pre Rs 80 000», concède une autre bénéficiaire.
Cette dernière, mère de famille, explique qu’elle a été régulière auprès de la MHC uniquement pendant la première année qui a suivi son installation à La Valette, en 2009. «On payait alors une mensualité de Rs 800. Mais dès que le loyer est passé à Rs 1000, j’ai cessé de payer», explique-t-elle. En effet, chaque année, le loyer augmente de Rs 200. Avec les arrérages, la dette des occupants envers la MHC s’est accumulée. Le montant le plus élevé qui serait dû est de Rs 105 000.
«Monn siyn kontra parski mo ti bizin lakaz»
 Malgré les lettres de rappel de la MHC, les mauvais payeurs ont continué à faire fi des avertissements. Ils expliquent même qu’il y a environ six mois, ils se sont rendus dans les locaux de la MHC en compagnie d’un avocat. «C’était pour faire des arrangements», disent-ils. «On est tombé d’accord sur un montant, selon nos moyens et qu’on allait rembourser après la signature d’un document», explique une interlocutrice. Toutefois, depuis ces «arrangements», elle n’a pas respecté son nouvel engagement. «Mo pou peye lane prosenn», lâche-t-elle. «Zot ti bizin les lwaye-la lor Rs 800. Kot pou gayn plis ki mil roupi pou pey lakaz ?» poursuit-elle.
Pourtant, en s’installant à La Valette en 2009, tous avaient signé un contrat social, s’engageant à payer leur loyer de Rs 800, avec une augmentation de Rs 200 annuellement. Après trois ans de location, l’option de rachat leur était proposée afin qu’ils deviennent propriétaire de leur maison et faire ainsi des projets d’agrandissement. «Wi. Nou kone nou ti siyn kontra. Sa lepok-la nou pa ti ena lakaz, nou pa ti ena swa apar siyn kontra-la», concèdent des chefs de famille, sur la sellette. Et l’un d’eux de confier : «Mo mem mo pa kone ki ena dan kontra-la. Mo pa’nn pran letan lir li. Monn siyn kontra parski mo ti bizin lakaz.»
Mais il n’y a pas que le loyer que les mauvais payeurs ont du mal à honorer. Les factures d’électricité et d’eau aussi. Même que certains, sanctionnés par la Central Water Authority, n’ont pas hésité à endommager leur tuyaux d’alimentation pour relancer l’eau courante à l’intérieur de leur maison. Pour expliquer leur difficultés financières, les familles rencontrées avancent qu’elles sont victimes du chômage.
Par ailleurs, poussant le non-respect de leur contrat encore plus loin, certains occupants des maisons ont effectué des travaux d’agrandissement sans l’approbation des autorités. Ils ont annexé une pièce en tôle à leur maison. «Mwa mo pou kass mo lakwizinn mo pou agrandi lakaz ar tol», explique un de nos interlocuteurs, endetté. Cette personne compte, dit-elle, suivre l’exemple d’un de ses proches, un bénéficiaire du village intégré. Et ce, même si elle agira contre les règlements en cours. D’ailleurs, les résidents rencontrés ont été catégoriques. «Nous ne partirons pas de La Valette. Nou pena lot plas pou ale».