Depuis deux semaines, à La Vanille Nature Park, petits et grands peuvent tout apprendre sur l’élevage et la conservation des tortues géantes d’Aldabra, en découvrant la nursery et l’art de nourrir les bébés tortues. Visite guidée avec Berty Hoolodor, responsable de l’animation au parc, pour découvrir les coulisses du programme de conservation de ces tortues.
Berty Hoolodor, qui compte quinze années de service au sein de ce département, est dans son élément. Tout souriant, il nous accueille à l’entrée du parc en nous présentant Caroline, la petite chauve-souris, qui se promène avec nonchalance dans son enclos et qui n’hésite pas à se jucher sur les épaules des visiteurs intrépides. Le parc animalier, également une aire de jeux pour les enfants, renferme des animaux faisant partie de la ferme : sangliers, poney, chèvres, entre autres. Le guide nous invite à faire une balade au milieu de grosses tortues d’Aldabra et des plus petites enfermées dans leur enclos. Près de 1 000 spécimens peuplent le parc et font partie du programme de conservation. « Les tortues sont bien pour l’écosystème, elles contribuent à régénérer les forêts en dispersant des graines. Elles les mangent et la germination se fait avec les excréments des tortues », dit Berty Hoolodor, en nous rappelant que La Vanille Nature Park a pour objectif de protéger les tortues tout en conscientisant le public à mieux comprendre leur importance dans la nature.
Un grand bruit attire l’attention des visiteurs qui assistent à l’accouplement de deux tortues. Berty Hoolodor explique que cet accouplement acrobatique ne donnera au final que 2 % d’oeufs fertilisés. Pour générer une interactivité avec le public afin de mieux cerner le fonctionnement d’un programme de sauvegarde d’une espèce vulnérable, les promoteurs du parc ont prévu deux visites. Dans la première, L’envers du Décor, les visiteurs sont proches des tortues. Ils les nourrissent, les caressent et prennent des photos. Une quinzaine de minutes est octroyée aux visiteurs pour les repas des tortues. Des branches sont prévues pour les clients sur demande afin de nourrir eux-mêmes les tortues. La deuxième visite permet aux visiteurs de découvrir la nursery où sont entreposés les oeufs prêts à éclore. Ils ont la possibilité de circuler librement et de nourrir les petites tortues. Élodie, une maman française, prend des photos dans l’enclos avec ses enfants. Soudain, elle pousse un cri : « Je me suis fait mordre par une petite tortue. C’est qu’elle a les dents bien acérées. » Éclats de rire… Neel, un petit Mauricien, lui, ne se prive pas de nourrir les petites tortues et même à en prendre dans ses mains. Berty souligne à tous ceux présents dans l’enclos qu’il y a quelques consignes à respecter, notamment enfiler des bottes, s’asseoir sur un petit banc et ensuite utiliser le seau rempli de nourriture pour nourrir les petites tortues et même se faire prendre en photo en tenant une tortue de moins d’un an dans ses mains. Il relate que généralement la maman tortue ne se soucie pas de ses oeufs. « Elle a toute la journée pour creuser le trou dans lequel elle va pondre et le soir venu, on ramasse les oeufs et on les met dans une couveuse ».
Particularité, la température détermine le sexe de la tortue à naître. Pour une femelle, la température sera de 29° à 30° et une température plus basse donnera un mâle. La ponte des oeufs de tortues se fait entre les mois de mai et juin. Les premières éclosions ont lieu quatre à cinq mois plus tard. De septembre à décembre, on peut assister à la naissance des tortues. Toutes les tortues portent un numéro écrit en blanc sur leur carapace et sont munies de puces électroniques permettant aux promoteurs du parc de suivre leur reproduction. Le parc renferme aussi un des plus vieux spécimens de tortue en Domino, âgée d’une centaine d’années, avec un poids oscillant autour de 275 kg.
Pour le côté historique, les anecdotes fusent et on apprend que La Vanille Nature Park héberge le plus grand élevage de tortues d’Aldabra en semi-liberté qui existe au monde. Rien qu’à Rodrigues, la Réserve François Leguat compte plus de 2 000 tortues. Le fondateur Owen Griffiths a établi cet élevage pour protéger l’espèce menacée et pour permettre la réintroduction des tortues à Rodrigues sur 19 hectares.
Parmi les projets qu’ambitionne La Vanille Nature Park figure la réintroduction des tortues géantes dans la AP de Beanka, à Madagascar. Au Sokatra Be, Madagascar, Owen Griffith prévoit aussi de veiller à la conservation de la forêt sèche menacée de disparition, en réduisant l’intensité et la fréquence des incendies. La préservation de la flore et la faune restante se fait par la restauration des fonctions clés de l’écosystème dont le pâturage, la dispersion des graines, autrefois exécutées par les deux espèces de tortues géantes de Madagascar. Une solution de paysage de base à faible coût, à long terme pour arrêter la diminution des forêts à feuilles caduques sèches de Madagascar. Autre fait important : le développement de l’écotourisme pour les forêts de l’Ouest en sollicitant l’appréciation de ces sites riches en biodiversité permettant aussi de sensibiliser et d’accroître les possibilités de financement de leur protection.