Le 13 septembre 2013, Zulu lancera son album solo au Caudan Waterfront. Treize titres pour continuer la vie après Blackmen Bluz. Aucun genre précis; un peu de tout à la fois. Dans cette expérience musicale intense et riche, le compositeur et chanteur de Mahébourg réunit autour de lui quelques grands noms de la musique mauricienne. La Métisse, duo chanté avec Mario Ramsamy et mixé par Richard Hein, dévoile les grandes ambitions de cet album. Diffusé comme avant-goût à la radio depuis quelques semaines, ce titre est en passe de devenir un tube à Maurice et éventuellement en France, où il sortira bientôt. Après Gabriella, Tir Bousson et autres compositions, Zulu propose une nouvelle plongée dans ce monde où le blues a des airs de paradis.
De la plage, on imagine mal à quel point ces eaux peuvent réellement être turquoise. Surtout lorsque la vedette se rapproche lentement des récifs, contre lesquelles viennent s’écraser d’énormes vagues. On dira ce que l’on voudra, mais Zulu n’a jamais appris à faire les choses comme les autres. C’est pour cela qu’il a accueilli Scope à bord de sa Princesse, pour que l’on aille là-bas, à côté des brisants, pour parler de sa musique. Ce que la météo a qualifié de fort anticyclone se trouve un peu plus au sud. La forte brise de ce début de matinée et le fracas des vagues l’obligent à parler plus fort. Tant mieux puisque cela lui permet de libérer ces émotions longtemps gardées. Car après Blackmen Bluz, il fallait, “par orgueil et fierté”, faire croire que tout allait bien.
Aux yeux de son concepteur, Zulu est une “délivrance”. “La cassure de Blackmen Bluz nous a tous profondément marqués. Nous en avons beaucoup souffert. Mwa mo ti pre pou exploze.” Pendant que la Princesse fait sa virée sur les eaux limpides, l’ancienne formation par laquelle Zulu a connu le succès est souvent citée. Révélation musicale de ces dernières années, dissoute prématurément alors que son prochain album avait déjà été programmé pour 2012, le groupe demeure une étape d’où il a avancé pour être là où il se tient désormais. Pour mieux expliquer l’idée de son treize titres, il s’écrie : “C’est à cela qu’aurait ressemblé l’album du groupe si nous étions toujours ensemble. Musicalement cependant, avec Blackmen Bluz, ça aurait donné autre chose.”
Zanfan lakot
Zulu n’en est pas moins une expérience musicale riche et intense. Son auteur a choisi de rester dans l’authenticité à travers une musique roots puisant dans les racines. Installé sur la proue de l’embarcation, il invite Ben, l’ami qui tient le gouvernail, à “zet enn lalign pou gete si gagn enn kari”. L’enfant de Pointe d’Esny, qui a grandi au bord de la mer, est un mordu de pêche. Marchand de cocos, cueilleur de thé, cuisinier et animateur d’hôtel, maçon, peintre, il a avant tout été pêcheur. Cette passion ne l’a jamais quitté. La ligne file, dans le lagon du Chaland. Un zanfan lakot rêve de passer un été dans la ville de Roméo et Juliette pour vivre un festival d’opéra à Vérone. L’idéal pour lui serait que l’on y programme Madame Butterfly de Puccini. Nougaro, Piaf, Led Zeppelin, Santana, Roland Fatime, Leonard Cohen, Vivaldi en matière de musique : il étend constamment ses centres d’intérêt. Ce, depuis qu’enfant, il a appris à apprécier les voix criardes de ses chanteuses de séga qui venaient chaque week-end en autobus faire la fête sur la plage de Blue Bay. “J’étais émerveillé par les voix de ces femmes qui chantaient le bonheur, même dans la peine. Depuis, la chanson me fascine. Du séga typique au classique, en passant par le hard rock et d’autres sonorités, j’écoute de tout. J’aime simplement la musique.”
Éclectisme
Pour ne pas trahir son éclectisme, il n’a choisi aucun genre. “Je ne me suis dirigé vers aucun style. Je n’ai rien cherché de l’extérieur, je me suis plongé à l’intérieur de moi pour sortir la musique que je ressentais.” Comme pour ses précédentes oeuvres, plusieurs styles se côtoient pour composer l’album. L’ambiance varie au fil des titres : Zulu y va au feeling et reste cohérent dans sa logique de diversité. Si cet état d’esprit était partagé par ses anciens compagnons de Blackmen Bluz et du Sunshine Gang, il fallait cette fois pouvoir s’entourer de collaborateurs sachant faire preuve de maturité et de la même ouverture d’esprit pour adhérer à sa vision de la musique. “Fort heureusement, j’ai bénéficié de l’aide des meilleurs en studio.” Jean-Michel Ahyoung, Dario Manick, Kersley Sham, Momo Manancourt, Didier Baniaux, Steven Bernon, Sanson, Jean-Luc Clair, Sébastien Margéot, Philippe Thomas, Véronique Préaudet sont quelques-uns des musiciens qui ont travaillé sur l’album. En sus des instruments habituels, l’accordéon, le trombone, le sax ténor, le violon et la trompette ont trouvé leur place. Tout cela confirme l’identité musicale de Zulu grâce à un travail de mixage créatif et innovant portant la griffe de l’inégalable Richard Hein, l’autre grande rencontre engendrée par cet album, dont le promoteur, Maxime d’Avrincourt, est en Suisse.
Message d’espoir
Ben laisse filer la ligne tandis qu’il dirige l’embarcation sur une ligne parallèle aux récifs. Le squelette d’un navire qui a fait naufrage en 1902 repose à côté des brisants. À droite, le sable blanc de l’îlot Deux Cocos; à gauche, les autres îles sur lesquelles “sa Majesté la Montagne Lion” garde un oeil vigilant. Ces eaux, Zulu les survolent quotidiennement quand Ben et lui récupèrent des clients devant l’hôtel Shandrani pour des excursions en mer. “Notre mer est heureusement toujours riche. Nos coraux sont encore vivants. Ici, les choses sont restées belles”, dit Zulu.
Souvent, quand il entend rugir la mer, il regarde en arrière pour se souvenir de son père et de ses compagnons qui plongeaient dans le grand bleu pour faire vivre les leurs. “La mer d’ici sait se montrer généreuse. Quand elle se retire, c’est comme une table qui est dressée pour ceux qui veulent se servir.” Certains ne sont jamais revenus : ils vivent aujourd’hui dans la mémoire du village. Ici, qu’importe son nom ou sa confession, tout le monde est dimounn vilaz. Une identité, un mode de vie qui unit.
Rassembler les gens
“Un jour, personne ne sait comment, un cerf s’était retrouvé sur les récifs. Tout le village avait accouru pour voir le phénomène.” Ce soir-là, les familles des pêcheurs avaient eu de la viande à table. “Le partage et l’entraide font partie de notre culture.” Zulu mélange les rythmes pour rappeler la beauté du métissage et chante l’unité comme un message d’espoir. “Même dans les moments les plus sombres, il y a toujours une lumière qui apparaît. Je ne suis pas venu faire la morale. Je suis venu chanter cet espoir.”
Les titres de l’album ont été composés à différents moments de sa vie. Il y a des jours où ça n’allait pas. Mais il se sentait souvent en forme et a choisi de s’attarder sur les choses qui fonctionnent. “Si je dois trouver une mission dans ce que je fais, j’espère que ma musique aidera à rassembler les gens de mon pays autour de ce qui nous unit.” Il raconte alors tout simplement Ti la pli; apporte une touche maloya à Grander nou l’âme, coécrit avec Uvi Babajee, dont le soutien a été précieux ces derniers mois; se remet à fréquenter Gabriella en compagnie d’Anouchka Massoudy, qui chante aussi sur Escapade; raconte une joyeuse SDF de Ville Noire sur Betty Blues et donne forme à Mahébourg de Sedley Assonne. Sur Black Saturday, Zulu, Uvi Babajee et le slameur Fano reviennent sur les inondations meurtrières de mars et invitent à une introspection. Diego sonne comme un appel…
Racines
Sur la plage du Shandrani, skippers, guides, mécanos et touristes se saluent en créole, en français et en anglais. Qu’importe la langue, Zulu qui, de la plage, s’est fait des amis à travers le monde, saura se débrouiller, comme avec ces Allemands, approchés pour une balade dans son lagon. “C’est mon métier aujourd’hui”, confie-t-il. Quand le succès est venu, porté par de forts courants, il a replongé vers ses racines pour ne pas se laisser emporter et dévier.
Dans quelques jours, la sortie de son nouvel album. Juste après le premier rôle dans une comédie musicale. “J’aurais pu me faire surnommer Pedro”, dit-il. “Ça aurait fait plus classe. Ça, c’est un nom de star. Mais j’ai préféré garder Zulu, parce que je me sens bien tel que je suis.”
Le titre de son album ne relève pas de la mégalomanie, mais plus comme l’affirmation d’un homme qui dit avoir gagné en maturité. Une revendication de la part d’un chanteur qui prend la barre de sa destinée. Une revanche. Celle d’un enfant de la mer qui a appris à lire dans le ciel pour suivre la route des étoiles. Zulu vogue vers elles…