MANEESH GOBIN (Chief Whip) : « Pas de malaise au sein de l’alliance gouvernementale »

Avec la rentrée parlementaire cette semaine, l’actualité a été riche en rebondissements. Maneesh Gobin, Chief Whip de la majorité et député de Rivière-des-Anguilles/Souillac revient sur ces événements. Pour lui, l’affaire Vijaya Sumputh ne veut pas dire nécessairement qu’il y a des bouleversements politiques dans l’air. Il revient également sur la démocratie parlementaire et se prononce en faveur d’une réflexion profonde sur le temps alloué aux questions parlementaires, ainsi qu’au time frame pour la soumission des questions. Concernant les scandales éclaboussant le MSM, il est d’avis que chacun doit assumer la responsabilité de ses actes.

Vous êtes le nouveau Chief Whip de la majorité, comment vous sentez-vous dans ce rôle ?
Très bien. C’est une responsabilité qui implique beaucoup de travail, contrairement à ce que l’on croit. Surtout sur le plan administratif. Le Chief Whip est là pour épauler à la fois le bureau du Speaker, celui du Premier ministre, qui est le leader of the house et l’opposition. Je me plais dans ce rôle. Je prends beaucoup de plaisir à assumer cette responsabilité.

La première séance était très animée. Quelle en est votre lecture ?
Je pense que l’un des moments forts de la première séance a été la retransmission en direct des travaux parlementaires. C’est un sujet qui a été soulevé en plusieurs occasions, sous différents gouvernements. Sans blâmer les autres, je dirais que c’est nous qui l’avons mis en pratique. L’autre moment fort est que nous étions tous là, à l’exception du député Sangeet Fowdar et de l’Attorney General, Ravi Yerrigadoo, qui sont en mission à l’étranger. Il y a eu une nouvelle configuration, les rapports de force ont changé. Je dirai que c’est cela la beauté de la politique mauricienne, elle est très dynamique.
En revanche, je déplore un moment qui ne fait pas honneur à l’Assemblée. Certains députés de l’opposition n’ont pas respecté l’institution qu’est l’Assemblée nationale. Ils ne se sont pas mis debout lorsque la Speaker a fait son entrée au début des travaux et dans le courant de la journée. Je condamne cette attitude sans réserve. Cela ne fait pas honneur à l’Assemblée. L’institution est représentée par la Speaker, mais aussi par ce symbole qu’on appelle « The Mace », porté par le Sergeant-at-Arm. Pour la petite histoire, cet objet est un cadeau de la House of Commons britannique. C’est déplorable que quelqu’un de la stature du Leader de l’opposition ait choisi ce genre de comportement. Je souhaite que ces députés de l’opposition reviennent à de meilleurs sentiments.

C’était sans doute leur manière de protester contre la Speaker étant donné que leur motion de blâme a été rejetée par le cabinet…
Ils auraient pu le faire autrement. Dans ce cas précis, ils ont été irrespectueux envers l’institution et c’est cela qui est déplorable.

Comment se fait-il également que le temps de questions adressées au Premier ministre ait été monopolisé par un député de la majorité ?
Les questions adressées au Premier ministre ou au ministre sont prises sur le principe de first come first serve. Pour la séance du 28 mars le député Rughoobur avait déjà soumis ses questions au dernier sitting en décembre 2016. Voilà pourquoi ses questions ont été prises en premier. Pour la semaine prochaine, les premières questions adressées au Premier ministre seront celles de Rajesh Bhagwan. On n’est pas en train d’éviter les questions.

Toujours est-il qu’il y a des questions de la dernière session auxquelles on n’a toujours pas encore répondu.
Ce qu’il faut comprendre c’est que, s’il y a des questions à l’ordre du jour et qu’on n’a pas eu le temps de donner les réponses à l’Assemblée, cela se fera en écrit.
Ceci étant dit, il y a selon moi, un travail à faire sur la soumission des questions. Je pense en discuter avec le Whip de l’opposition. Le temps étant limité pour les questions parlementaires, il faut une certaine organisation. Surtout que maintenant, il y a plus de back-benchers dans l’opposition avec la nouvelle configuration. Selon les règlements, chacun d’entre eux a droit à un maximum de quatre questions. Si on prend un cas de figure où l’on a 30 back-benchers, cela nous fera 120 questions. Il est impossible de répondre à toutes ces questions en une séance. Il y a 30 minutes pour le Leader de l’opposition pour la PNQ, 30 autres minutes pour les questions adressées au Premier ministre et deux heures pour les PQ’s. Au maximum, on peut prendre une quarantaine de questions, si elles sont brèves. Il faut trouver une formule pour satisfaire tout le monde dans ce temps qui leur est accordé.
La question se pose aussi sur la nécessité de revoir notre système. Est-ce que les deux heures allouées pour les questions parlementaires suffisent ? Est-ce que les trente minutes pour la PNQ sont suffisantes ? Il faut engager une réflexion sur toute la question. Ce qu’il faut surtout revoir, c’est quand on peut commencer à déposer les questions et quelle est la date limite. Même au niveau de l’ajournement des travaux. Est-ce qu’il faut un cut-off time, par exemple pour dire au clerc que je veux intervenir dans l’adjournment time ? Ce sont des choses qui méritent réflexion et s’il le faut, amender les Standing Orders.

On pourrait également amender la partie « first come first serve » et répartir le temps équitablement entre majorité et opposition ?
La question est de savoir comment répartir le temps équitablement. En prenant l’exemple de 30 back-benchers avec 120 questions, il sera impossible de satisfaire tout le monde. Pour en revenir à la formule first come first serve, est-ce qu’on peut soumettre une question six mois à l’avance, par exemple ? Les Standing Orders ne disent rien à ce sujet. Il y a un bon sens qui prévaut. Mais n’est-il pas temps de prévoir un opening time et un closing time pour les questions ? Même dans ce temps défini, comment décider de la priorité des questions ? Si on désigne quelqu’un pour cela, il y aura des contestations. Si on donne cette responsabilité au Clerc, sur la base de quoi la Speaker va-t-elle décider que la question est prioritaire ou pas ? Si on donne le pouvoir au cabinet, l’opposition va protester. On croira qu’on voudra se débarrasser des questions embarrassantes. D’où le principe de first come first serve. Mais là aussi, se pose la question : who comes first when ? Ce sont des pistes de réflexion et je suis sérieux à ce sujet. Cela devrait engager tout le monde.

Entre-temps, comment peut-on faire pour que la démocratie parlementaire soit respectée ?
On va devoir continuer à travailler avec le cadre qu’on a. En ce qu’il s’agit de la démocratie parlementaire, je dirais que je suis pleinement satisfait. Tout le monde a le droit de s’exprimer. Je reviens avec l’exemple des questions au Premier ministre de la prochaine séance qui seront celles de Rajesh Bhagwan en priorité. On ne peut dire qu’on est en train de fausser la démocratie parlementaire. Il y a beaucoup d’autres questions pour la semaine prochaine. Du premier coup d’œil, je peux vous dire que nous n’aurons pas suffisamment de temps de répondre à toutes.

Votre responsabilité c’est aussi de recadrer les questions des parlementaires de la majorité ?
Nous ne recadrons pas les questions, mais on en discute au sein du parliamentary group. Certaines questions peuvent être adressées autrement qu’à travers les questions parlementaires. Nous faisons partie de la majorité, nous sommes une équipe, s’il y a des choses qu’on peut régler autrement, on le fait. Cela en raison du manque de temps, encore une fois. Si je devais prendre le temps de la chambre pour tous les problèmes de ma circonscription par exemple, on n’en finirait pas. Laissons ce temps pour des questions d’ordre national.

La séance de mardi dernier a permis de révéler le salaire de la directrice du Centre Cardiaque, Vijaya Sumputh. Vous êtes choqué vous aussi ?
Le ministre Husnoo a apporté des éléments de réponse à l’Assemblée nationale concernant Vijaya Sumputh suite à une question parlementaire de Rajesh Bhagwan. Pour le moment, nous nous tenons à la réponse du ministre Husnoo et bien évidemment aussi, la déclaration faite par le Premier ministre à Mapou dans la soirée du 29 mars. Mme Sumputh a décidé de démissionner. Nous ne pouvons que prendre note de sa décision.

Le ministre Anil Gayan a réagi à cela, indiquant qu’Anwar Husnoo aurait dû mettre le parti au courant de sa discussion avec le Premier ministre. Cela ne crée-t-il pas un malaise au sein de l’alliance gouvernementale ?
Je l’ai entendu dire à la radio qu’il y a des éléments dont le Dr Husnoo n’a pas fait part à l’Assemblée. Mais il n’y a pas de malaise pour autant dans l’alliance gouvernementale. Si des clarifications supplémentaires sont nécessaires, le ministre de la Santé ou le Premier ministre s’en chargeront.

Faut-il s’attendre à des bouleversements politiques suivant cette affaire ?
Peut-être que oui, peut-être que non. Si après enquête il s’avère que ce sont des « gabegies », pour reprendre un mot cher à SAJ, purement administratives, il n’y aura pas de bouleversements politiques. Il est encore très tôt pour en parler.

Toujours est-il que cela fait un nouveau scandale pour le gouvernement.
C’est cela le Mauritian Dynamics. Il y a toujours des choses qui se passent. S’il y a un problème on essaye de trouver une solution, mais cela ne doit pas nous dévier de notre objectif principal. Il faut travailler dans la discipline, dans la rigueur dans l’intérêt du pays.

On a beaucoup parlé des fréquentations du MSM dans le sillage de l’arrestation de Geeanchand Dewdanee. Qu’avez-vous à dire à ce sujet ?
Le MSM a des sympathisants par milliers. On ne peut savoir ce que fait chacun d’entre eux. C’est pareil pour les policiers. Malgré le fait qu’ils portent l’uniforme, certains sont impliqués dans des délits. Cela ne veut pas dire que toute la force policière doit être condamnée. Celui qu’on dit proche du MSM est un sympathisant, oui. Je l’ai déjà vu dans des activités, contrairement à ce que dit Roshi Bhadain. S’il a fait des bêtises, il va devoir assumer les conséquences.
Ceci étant dit, je trouve dommage que certains aient choisi d’utiliser des termes comme « Sun Trust Connection » ou « Zanfan Lakaz » pour parler de cette affaire. Le fait qu’on ait la photo d’une personne dans une activité du MSM ou même au Sun Trust ne veut pas dire qu’il est un « zanfan lakaz ». Il y a actuellement des photos qui circulent montrant une personne impliquée dans une affaire de drogue en compagnie de Navin Ramgoolam. Il y a un journal qui a même écrit que cette personne avait financé une base PTr-MMM au N° 3 aux dernières élections. Là, on ne parle pas de PTr Connection. Dans le passé, il y avait une dame impliquée dans une affaire d’importation de drogue et qui avait bénéficié de facilités VIP à l’aéroport. Là non plus, on n’a pas parlé de PMSD Connection. Pourquoi donc le MSM seulement ?

Cela n’embarrasse pas le MSM qu’un de ses sympathisants soit impliqué dans une affaire de trafic de drogue ?
Pas du tout. Il ne faut pas croire que quand on fait une photo avec Pravind Jugnauth, on est protégé de tout. Que cela serve de leçon à nos sympathisants : si vous faites des bêtises, vous aurez à assumer les conséquences. Pravind Jugnauth ne tolérera pas ce genre de choses.

En tant qu’ancien enquêteur de l’ICAC, que pensez-vous de l’affaire Sobrinho ?
Je divise cette affaire en deux parties : la présidente d’une part et Alvaro Sobrinho d’autre part. Je trouve que ce n’est pas juste de faire une campagne pour jeter la boue sur la présidente. J’ai beaucoup de respect pour le Dr Ameenah Gurib-Fakim. En tant que citoyen, je la respecte en tant que femme et mère de famille, en tant que professionnelle, pour son parcours, pour sa recherche scientifique. Elle n’est pas une politicienne. Sa fonction implique un droit de réserve. Elle ne peut aller donner des explications sur une plateforme. Il ne faut pas attaquer une personne qui ne peut se défendre, comme le font certains politiciens. Elle ne pourra rien dévoiler tant que l’enquête ne sera pas terminée.
En ce qu’il s’agit de Sobrinho lui-même, je crois comprendre qu’il y a des enquêtes en cours. Comment il a obtenu son permis ? Est-ce qu’il a fait des misrepresentations ? Laissons l’enquête établir les faits. Entre-temps, évitons d’attaquer la présidente. Cela fait beaucoup de tort au pays.

Votre ancien collège, Roshi Bhadain, parle de « cover up » de l’ICAC dans l’affaire Lutchmeenaraidoo. L’institution est-elle libre d’enquêter sur les hautes personnalités ?
A 100 %. Roshi Bhadain sait très bien comment cette enquête s’est déroulée, de A à Z. Aujourd’hui il vient parler de cover up. Il est de mauvaise foi. Quand l’enquête avait démarré, M. Bhadain était ministre. Quand il parle de cover up, fait-il référence à cette période où il était ministre de la Bonne gouvernance ? Je lui laisse la responsabilité de ses propos.
Ce que je peux dire c’est que la Prevention of Corruption Act fait provision pour que les enquêtes soient faites sous « ultimate supervision and responsibility of the DPP. » Dans un tel contexte, il n’y a pas de place pour des mots comme cover up ou ingérence.
Laissez-moi expliquer cette « ultimate supervision and responsibility of the DPP. » Outre son pouvoir constitutionnel sur tout ce qui concerne les affaires criminelles à Maurice, on retrouve cette supervision du DPP dans l’affaire Dayal. Il y a eu ici également, une enquête de la même ICAC. Le main case a été logé et il y a deux officiers du bureau du DPP qui poursuivent l’affaire. On aurait pu demander à l’ICAC de poursuivre elle-même. C’est un exemple pour illustrer cette « ultimate supervision and responsibility of the DPP. »

Revenons à vos responsabilités. Les mandants du N° 13 réclamaient un ministre et ils se retrouvent avec un Chief Whip. N’y a-t-il pas de déceptions à ce sujet ?
J’aime bien cette phrase que Marie-Claire Monty m’a dite un jour : « Tous les prêtres ne peuvent devenir évêque. » Je peux apporter ma contribution d’une autre manière, même en n’étant pas ministre. Je le faisais déjà en tant que back-bencher. Il est évident que vous avez plus de possibilités en étant ministre, mais heureusement que nous avons un esprit d’équipe au sein du gouvernement. Même si nous n’avons pas de ministre aux N° 13 et 14, nous avons la collaboration des autres ministres. C’est ce que j’ai expliqué à mes mandants. J’ai un dialogue permanent avec eux, dans des filières non traditionnelles que sont le CAB ou les centres sociaux. Cela n’engage pas que moi, mais aussi mes deux collègues. J’ai assisté à une réunion de l’association féminine de La Flora et la secrétaire a fait ressortir que pour la première fois, un député est venu à leur rencontre. C’est un exemple de notre proximité avec nos mandants.
Cependant, il est vrai que le Sud sent jusqu’à l’heure un déficit au niveau des projets de développement. Le Premier ministre est au courant de cela. Déjà dans son budget l’année dernière, il a énuméré plusieurs projets pour la région comme la construction d’une piscine, Rivière-des-Anguilles Dam, poste de police de Camp-Diable, station de traitement de Rivière-du-Poste, entre autres. Il y a d’autres problèmes évoqués par les habitants comme le traffic management qui devient préoccupant. Ce sont des choses qui prennent du temps et de l’argent. Je suis confiant que le Sud reçoit plus d’attention que les années précédentes.

Comment se passe la cohabitation sur le terrain avec l’arrivée de Zouberr Joomaye ?
Ça se passe très bien. Mieux que je ne le pensais. C’était dans l’air depuis quelque temps. C’était juste une question de timing. Zouberr Joomaye était déjà candidat en 2010. Il connaissait déjà la circonscription et les activistes. Le courant passe bien. Il n’y a aucun problème à ce sujet. Il est venu renforcer notre équipe.