Gerard Taddebois 

J’ai toujours entendu dire que le plus beau son dans n’importe quelle langue est celui d’entendre la résonance de son nom. Reconnaissance narcissique de son ego probablement ou besoin viscéral du genre humain de se sentir important.

Gerard Taddebois

Embaumement au coeur, ce matin de 2011, j’ai ressenti que le mot « Papa » portait dans ses décibels un bonheur d’une intensité inégalable. À l’opposé de vouloir briller par une notoriété qui flatte, je me sentais pour la bonne cause désarmé et tellement vulnérable. La spontanéité et la chaleur de ce mot, émanant de la bouche de mon petit dernier, alors âgé de 9 ans, me propulsaient dans une réflexion transcendante.

Assis sous notre varangue, nous étions à revoir ses devoirs de lundi. À ce moment et jour précis, alors qu’il prononça de manière chaleureuse et spontanée le mot « papa », j’avais le sentiment que les lettres de ce mot, a priori si commun, par un savant numéro de prestidigitation déferlaient en fi le indienne. Elles réapparaissaient en un enchevêtrement de mots rendus vivants par son regard posé sur moi et qui me rappelaient en boucle ses différentes manières à lui de m’appeler… MON HÉROS, PAPOUNÉ, PAPA CHÉRI.

Paradoxalement, j’étais heureux de me sentir vulnérable. Ce petit être spontané, plein d’amour et innocent m’avait rappelé à quel point l’amour que je porte à ceux que j’aime, particulièrement à ma famille, demeurait mon tendon d’Achille et ma plus grande force aussi.

J’ai revu en rétrospective ces riches moments que j’avais partagés avec mes deux fi ls… Mon aîné, de 10 ans plus âgé, a fait de moi un brave… affronter la glissade rapide de Waterpark, investir le parcours le plus difficile de Parc Aventure ou faire du roller à l’âge de 43 ans, en attisant ainsi mon côté téméraire. Mon benjamin, quant à lui, m’emportait dans le monde onirique où câlins, éclats de rire, puérilité me plongeaient allègrement dans la magie de l’enfance.

Au bout de ses 19 ans d’alors, l’aîné avait une manière si particulière de jeune premier de me dire « Papa » qu’à chaque fois j’avais l’impression qu’il me disait avec une tendresse camoufl ée « je suis un homme maintenant et je connais plein de choses mais je suis fi er quand même que tu sois mon père ». Et mon benjamin, lui, avec ses 9 bougies, voyait en son papa son héros alors que, pour moi, ce sont mes fils mes véritables héros.

Comme le commun des mortels, j’aime qu’on se souvienne de mon nom mais, ce matin-là, tout simplement à la lueur du regard d’un enfant, j’ai réalisé que le plus beau son pour moi demeure « papa » et pas mon nom.