Doris Wilhems, âgée de 32 ans et habitante de Panchavati, ferait partie des licenciés de Palmar Ltd si elle n’avait pas quitté son emploi il y a quatre ans pour se consacrer à son métier de couturière. Ayant appris le métier de sa sœur aînée dans un centre social de Rivière-du-Rempart, elle avait fait bon usage de son expérience comme machiniste à l’usine pour parfaire ses connaissances dans la couture, sa passion. Ce changement de vie professionnelle a permis à Doris de travailler à son propre compte et de contribuer de manière efficace dans le budget familial.

Doris, mère de deux enfants en bas âge, est très sollicitée par les habitants de Panchavati, surtout les jeunes. Pas plus tard que mardi dernier, soit deux jours avant le départ pour le Gangao Taloa, deux jeunes ont arrêté Doris en cours de route pour confirmer si leurs habits qu’ils porteront pour recueillir l’eau du lac sacré sont prêts. « Nou kapav vinn pran nou linz ? » lui ont-ils demandé.

Dans ce métier, Doris souligne qu’on ne peut pas se permettre de faire de l’amateurisme. « Il faut maîtriser les connaissances sur la mode et les tendances actuelles et développer des aptitudes créatives quant aux choix des matières et des couleurs. Les clients, surtout les femmes, même si elles ne sont pas exigeantes, vous demandent parfois des conseils », explique la couturière. Elle ajoute : « Il est aussi important de développer vos compétences en matière de communication. Les clients aiment se sentir en confiance pendant que je prends leurs mesures et discutons ensemble de la meilleure manière de transformer leurs vêtements. »

Par ailleurs, Doris ne dépend pas seulement des habitants du quartier. « Cela aurait été insuffisant pour faire bouillir la marmite », dit-elle. Elle poursuit : « Il ne faut jamais sous-estimer la publicité de bouche-à-oreille. Un client satisfait parlera de vous à un autre, répandant ainsi la bonne réputation de votre commerce. » C’est ainsi qu’elle a su conquérir une bonne clientèle, surtout des femmes, des régions avoisinantes, telles Rivière-du-Rempart, Pointe-des-Lascars, Mon-Loisir allant jusqu’à Flacq. Pour les hommes, les services de Doris sont surtout sollicités pour des retouches ou des ajustements. « Bann misie prefer aste dan magazin pou pa ale vini plizir fwa kot tayer », indique-t-elle.

Depuis qu’elle a commencé à exercer à son propre compte, notre interlocutrice avait toujours pour ambition d’ouvrir un atelier jouxtant sa maison. Pour atteindre son but, elle n’est pas restée les bras croisés. Elle a suivi des cours de pratique et de gestion dans une institution semi-gouvernementale et s’était inscrite sur une liste de professionnelles avec l’espoir que cela pourrait lui permettre de bénéficier de toutes les facilités accordées par le gouvernement aux petits entrepreneurs. « Mo ti anvi agrandi pou gagn plis lespas pou travay ek akeyir mo bann klian. Mo finn al kontakte bann lorite pou fer demars ek, an mem tan, mo ti pe swiv kour », nous a-t-elle raconté.

Par ailleurs, Doris explique s’être heurtée à la lourdeur administrative et autres contraintes. Après de multiples démarches, elle a fini par être découragée et a continué de travailler chez elle dans une pièce exiguë. « Les autorités auraient dû mettre en place une procédure plus rapide que le parcours classique pour encourager les jeunes entrepreneurs. Mo finn konpran kifer bann zen ki ena talan pa le fer demars. Bann prosedir-la tro konplike », avoue la couturière.

Regina Wilhems, la mère de Doris et qui habite Panchavati depuis plus de 40 ans, n’a pas manqué de  nous raconter un brin d’histoire sur la localité. « Letan mo vinn abit isi, ti ena zis set a wit fami. Parmi, ena ti peu elve zanimo. Ti pe lev gramatin boner pou al rod lerb. Zordi lavi finn sanze. Me seki mo apresie, se ki nou ti touzour viv an armoni mem ziska zordi », dit-elle.