La soirée poétique organisée en hommage à Vinod Rughoonundun ce soir à 18 h 30, à l’Institut français de Maurice, promet des émotions à la fois subtiles et puissantes. Le temps fort de cette soirée, d’autant plus que tous les livres du poète sont épuisés depuis bien trop longtemps, sera assurément le moment où Anooradha, sa fille et non moins comédienne, portera la parole immensément riche du poète, pour la lecture de Manama les mots oubliés, dernier poème qu’il a écrit avant de quitter ce monde.
Le poète Vinod Rughoonundun avait laissé ce long poème, Manama les mots oubliés, pour les vivants qu’il a quittés le 13 août 2015, à Paris. La seule consigne accompagnant cette offrande extraordinaire était de le rendre public. Pour sa fille Anooradha Rughoonundun, donner sa voix à ce texte était donc une évidence. Son autre souhait était bien sûr qu’il soit publié à Maurice. Le désir du poète sera réalisé demain soir avec la contribution de nombreux artistes sensibles à la musique de son âme. La comédienne dont nous avons découvert la pétulance, l’an dernier au Festival Passe Portes, s’est imprégnée de ce texte qui, pour elle, « dépasse tout ce qu’il a écrit et publié auparavant ». Quand on connaît l’inqualifiable beauté et la grande liberté de Chairs de toi, ou encore la profondeur de La saison des mots, ce n’est pas peu dire…
Manama, poème de quatorze pages, livre par la magie et la subtilité de la langue, par la grâce de la pensée, l’essentiel de ce que l’auteur avait à dire à ses semblables avant de mourir. Manama, ce principe de vie, cette force à l’origine de la parole, rythme ses vers comme la ligne des vagues mouille inlassablement nos rivages. La sensualité, l’amour de la vie et de la beauté ainsi que des images très concrètes font l’originalité de ce texte dans l’oeuvre du poète.
La comédienne se sent en confiance avec les images directes de ce texte. Autre caractéristique inédite de ce dernier, l’auteur qui s’est jusqu’ici toujours manifesté en quête des mots et de la parole, dit maintenant vouloir les « extirper de ses chairs », et en appelle ici au silence, qui est seul « l’unique allié ». « Comme le mouvement au théâtre naît de l’immobilité, fait remarquer Anooradha, la parole naît du silence ».