Avec l’adoption, mercredi dernier par l’Assemblée nationale des dispositions du Finance Bill, la mise en oeuvre des mesures et projets énumérés et annoncés dans le Budget Speech 2017/18 devrait passer en phase active. Mais déjà, le vernis de la croissance économique s’approchant de la barre des 4% s’écaille. Ainsi, la dernière édition de SBM Insights, publiée par la State Bank of Mauritius, fait état d’une révision à la baisse du taux de la croissance économique. La principale raison dernière cette décision se situe au niveau de l’industrie sucrière avec des estimations de la production en baisse. Mais, avec l’élimination au 30 septembre prochain des quotas d’exportation de sucre vers l’Europe, l’un des derniers vestiges du Protocole Sucre, le plus dur est à venir. D’ailleurs, le Conseil des ministres de vendredi a été « apprised of substantial reduction in the price of sugar per tonne » aux planteurs de l’industrie sucrière. A ce stade, Week-End est en présence d’informations que cette réduction du prix de la tonne de sucre aux planteurs pourrait être de l’ordre de Rs 2 000 par rapport à la moyenne des Rs 15 500, payée par le Syndicat des Sucres. La détérioration chronique du déficit de la balance commerciale, qui a atteint quelque Rs 38 milliards pour les cinq premiers mois de cette année, est venue grever les autres préoccupations des analystes de SBM Insights, menés par Shailen Sreekeessoon, Head of Strategy and Research. Toujours au chapitre des prévisions économiques, émanant du secteur bancaire, le gouverneur de la Banque de Maurice, Ramesh Basant Roi, met, à sa manière, l’accent sur le caractère vulnérable des secteurs économiques, comme le tourisme et les exportations, sans oublier le Foreign Direct Investment (FDI) dans un contexte marqué par des risques potentiels découlant du Brexit, le divorce entre Londres et Bruxelles, entre autres, actuellement au stade délicat des négociations.
A peine les dernières clameurs se sont tues sur le Budget 2017/18, que SBM Insights remet en perspectives les prévisions de croissance pour cette année, qui devait, en principe, se démarquer du mood morose de ces dernières années. « The Mauritian economy is expected to pick up pace in 2017 despite ongoing challenges on various fronts. The forecast for GDP growth rate, measured at basic prices, has been revised down by 10 basic points from initial estimates, to 3.8% for the year », annonce la State Bank of Mauritius dans ses dernières analyses rendues publiques, jeudi dernier. L’un des facteurs ayant entraîné cette baisse dans les prévisions de la croissancce est une production sucrière déficitaire. « One of the major performers in 2016, the sugar sector will suffer the opposite fate in 2017 due to poor extraction rates. Indeed, sugarcane production is expected to be down by 7% in 2017, but the impact on the overall sugar sector would be partly mitigated by a positive growth outcome projected in the milling segment », ajoute SBM Insights.
Toutefois, les problèmes auxquels doit faire face l’industrie sucrière, qui refuse de se voir en Sunset Industry, ne se limite pas à une question de fluctuation de production. A partir du 1er octobre, l’élimination des quotas d’exportation de sucre sur l’Europe, avec le démantèlement total du système de préférence en faveur des membres de l’ancien Commonwealth Sugar Club, sera effective. De ce fait, l’Europe se transformera en un Free For All, les producteurs sucriers les plus compétitifs s’appropriant la plus grosse part de ce marché jadis extrêmement lucratif, à des prix nettement supérieurs en cours sur le marché mondial de l’ordre de deux à trois fois.
A ce stade, dans les milieux sucriers et surtout du Syndicat des Sucres, l’on se garde de faire preuve d’alarmisme par rapport à un potentiel Crowding Out du sucre mauricien sur le marché européen. Entre-temps, un des Major Players sucriers mauriciens, le groupe Omnicane, a déjà initié un exercice de Scouting Commercial sur le marché arabe dans le cadre une diversification du marché d’exportation. L’annonce a été faite par le vice-Premier ministre et ministre des Terres, Showkutally Soodhun, vendredi. Néanmoins, le danger est encore plus menaçant. La question du prix de la tonne de sucre aux planteurs, un élément socio-économique extrêmement délicat, a été abordée lors des délibérations du Conseil des ministres de vendredi. En l’absence du ministre de l’Agro-Industrie, Mahen Seeruttun, en mission officielle à l’étranger, Mahen Jhugrro, le ministre des Administrations régionales, a dû assumer le rôle d’oiseau de mauvais augure.
La possibilité d’une « Substantial Reduction » dans le prix de la tonne de sucre aux membres de la communauté des planteurs de l’industrie sucrière devient de plus en plus réelle. Des indications sont que cette chute dramatique et brutale pourrait être de l’ordre de Rs 2 000 sur la moyenne de Rs 15 500 assurée aux planteurs à ce jour. Aucune des sources autorisées, approchées par Week-End, n’a voulu confirmer le quantum de la baisse tout en faisant état de « tough times ahead for sugar ». « La tendance du cours du sucre n’est nullement à la hausse. La question qui se pose porte sur la durée de ce Price Trough et si les planteurs de cannes à Maurice peuvent encore survivre dans ces nouvelles conditions de marché extrêmement exigeantes et difficiles », devaient-elles ajouter vu la conjugaison des effets du démantèlement des quotas d’exportation sur l’Europe. L’équation du prix de la tonne de sucre aux planteurs constitue un véritable casse-tête, que ce soit à l’Hôtel du gouvernement ou à l’ancienne Plantation House. Cette baisse de Rs 2 000 par tonne équivaut un manque à gagner de Rs 800 millions sur une récolte sucrière.