PTR/MMM : La route vers la IIe République balisée

Navin Ramgoolam garde le suspense sur le calendrier électoral, soit la date des Snap Elections, en se prévalant de ses prérogatives de Premier ministre
  • Navin Ramgoolam garde le suspense sur le calendrier électoral, soit la date des Snap Elections, en se prévalant de ses prérogatives de Premier ministre
  • Le leader du PTr : « Nous évoluons du système westminstérien vers des pouvoirs additionnels  alloués au président de la République »
  • Paul Bérenger : « Le départ de la République à la Jugnauth li ti tout da lamé Premyer minis ek pena okenn partaz »
  • Le président de la République, élu au suffrage universel, détiendra le pouvoir de dissoudre de l’Assemblée nationale comme en Inde et décidera de la politique étrangère en collaboration avec le Premier ministre
  • Création d’un portefeuille de l’Intérieur alloué au PTr avec également l’Economie, les Finances et les Services financiers, l’Attorney General’s Office et les Affaires étrangères
  • Le Front-Bench de la IIe République verra Paul Bérenger en tant que PM avec un travailliste No 2, un MMM au No 3 et un travailliste au No 4
  • Le Speaker et le Chief Whip nommés des rangs du MMM et confirmation de Jayen Cuttaree en tant qu’éventuel vice-président de la République
  • Nominations constitutionnelles : pouvoirs additionnels au président de la République avec le choix du directeur général et des membres du Board de la MBC de même que la composition du Serious Fraud Office en devenir

Après cinq mois de tractations intenses entre le PTr et le MMM portant sur la concrétisation d’une alliance électorale, une étape décisive a été franchie en fin de semaine. Même si à ce stade, le Premier ministre, Navin Ramgoolam, gardant jalousement ses prérogatives constitutionnelles, n’a rien dévoilé quant à la date de la dissolution de l’Assemblée nationale en vue des prochaines Snap Elections, la route vers la IIe République avec un président élu au suffrage universel et un partage des pouvoirs au plus haut échelon de l’Etat entre celui-ci et le Premier ministre a été balisée. Intervenant lors d’un point de presse conjoint à Clarisse House, hier en fin de matinée, Navin Ramgoolam et Paul Bérenger ont dévoilé les grandes lignes de cet accord politique écrit tout en reportant au 20 septembre la publication in toto du document après une cérémonie de signature officielle.

Entre-temps, les spéculations gagnent en intensité quant à la date des prochaines élections générales avec le jeudi 6 novembre prochain donné comme étant la plus propice pour le Polling Day.Aucune confirmation officielle ou officieuse à ce stade. Le suspense demeure de mise quant à la dissolution de l’Assemblée nationale vu que Paul Bérenger a déjà confirmé son intention de démissionner en tant que leader de l’opposition dès le lundi 15 septembre, soit au lendemain de la ratification de l’accord par l’assemblée des délégués des mauves.

Difficile à prévoir si le président de la République, Kailash Purryag, décrétera la dissolution sur les conseils du Premier ministre au cours de cette même semaine de septembre ou si un nouveau leader de l’opposition sera nommé officiellement. De son côté, le Premier ministre a fait état de ses engagements sur le plan international, avec notamment la Gandhi Memorial Lecture à l’Inner Temple de Londres le 1er octobre prochain.

Une certitude : les préparatifs en vue des prochaines élections générales pourraient alors connaître une nette accélération sur le terrain avec le retour de Navin Ramgoolam de Londres à la fin de la première semaine d’octobre. Toutefois, un autre indicateur du calendrier électoral se traduit sous la forme de la rédaction des amendements constitutionnels pour donner force de loi au projet de la IIe République et de la réforme électorale avec l’introduction de la représentation proportionnelle. S’appuyant sur une clause de l’accord PTr/MMM à ce chapitre, Paul Bérenger a souligné que le comité de légistes des deux partis devra se mettre au travail pour la rédaction de ces amendements dès la signature de l’accord le 20 courant et que le State Law Office s’est déjà attelé à la tâche. Le panel d’experts étrangers ne devrait tarder pour être constitué car ces nouveaux textes de loi, portant sur l’élection au suffrage universel du président de la République et du vice-président aussi bien que sur la réforme électorale, devront être prêts avant les prochaines élections générales pour être présentés à l’Assemblée nationale dès la prochaine session postélectorale.

Face à la presse, hier, le Premier ministre s’est appesanti sur le fait que “l’accord politique conclu entre le PTr et le MMM découle d’une vision commune en vue de permettre à l’île Maurice de franchir une deuxième étape. C’est un accord global basé sur un programme commun en faveur de la réformeélectorale et constitutionnelle et un programme d’actions. Cet accord constitue une nouvelle étape politique”.

Les principales composantes de l’alliance

Le leader du PTr s’est félicité du fait que “cet accord électoral représente un grand changement visant à consolider l’unité nationale dans le pays arc-en-ciel avec un gouvernement stable, approfondissant la démocratie aussi bien qu’un partage bien équilibré avec des spécificités uniques. Nou bizin tourné vers la modernité”.

Ensuite, Navin Ramgoolam a énuméré les principales composantes de l’alliance PTr/MMM : réforme électorale avec le maintien des 20 circonscriptions et la délimitation en vigueur actuellement et du First Past The Postpour trois élus par circonscription, y compris Rodrigues ; introductionde la représentation proportionnelle avec des Party Lists de 20 candidats pour intégrer le Best Loser System ;seuil de qualification de la représentation proportionnelle fixé à 10%, un tiers de candidats de chaque parti venant de sexe opposé et possibilité de double candidature.

“Sur le plan de la réforme constitutionnelle avec le projet de la IIe République, nous évoluons du système westministérien vers des pouvoirs additionnels alloués au président de la République. Nous sommes parvenus à un équilibre (balance) des pouvoirs et responsabilités entre le président de la République et le Premier ministre”, ajoute le Premier ministre, qui confirme que le mandat du président et du vice-président de la République sera de sept ans.

Avant d’aborder les pouvoirs dévolus au président de la République, Navin Ramgoolam a rappelé que l’une des premières attributions présidentielles est de procéder à la nomination du Premier ministre. Les autres pouvoirs alloués au président sous la IIe République et évoqués par le chef du gouvernement sont : le président de la République détient la prérogative de procéder à la dissolution de l’Assemblée nationale, la possibilité pour le président de présider à des réunions du Conseil des ministres quand le besoin se fait sentir, le chef de l’Etat détient des pouvoirs additionnels pour ce qui est des nominations constitutionnelles, et il sera responsable de la politique étrangère en consultation avec le Premier ministre.

Navin Ramgoolam s’est également attardé sur les pouvoirs du président de la République pour des nominations sous la Constitution, soit du commissaire de police par la Disciplined Forces Service Commission après consultation avec le président et le Premier ministre ; les promotions au plus haut niveau du service civil, soit du Secretary to Cabinet aux Assistant Secretariesen passant par les secrétaires permanents et autres chefs de Cabinet sans oublier le poste de Directeur de l’Audit.

Suffrage del’électorat pour les postes deprésident etde vice-président

Le Premier ministre précise que lechoix du directeur général et des membres du Board de la MBC reviendra au président de la République après consultations avec le Premier ministre. Même scénario constitutionnel prévu pour la nouvelle institution dans la lutte contre la fraude et la corruption, soit le Serious Fraud Office.En passant, il a confirmé que les trois commissaires britanniques pour la commission d’enquête sur les courses hippiques organisées par le Mauritius Turf Club ont déjà été choisis.

L’accord électoral prévoit un partage 50/50 des investitures pour les prochaines élections générales avec chaque parti plaçant au moins un candidat dans chacune des circonscriptions. Pendant la période de transition entre les prochaines élections et l’avènement de la IIe République, Navin Ramgoolam assumera les fonctions de Premier ministre et Paul Bérenger celles de Deputy Prime Minister. Un vice-Premier ministre travailliste et un VPM du MMM complètera la nouvelle hiérarchie gouvernementaletransitoire en cas de victoire aux prochaines élections.

Avec l’adoption des amendements constitutionnels, Navin Ramgoolam et Jayen Cuttaree brigueront le suffrage de l’électorat pour les postes de président et de vice-président de la République. Le nouveau Cabinet dirigé par Paul Bérenger aura pour Front-Benchun travailliste en tant que No 2, un MMM au No 3 et un travailliste au No 4 et comprendra 24 ministres, répartis équitablement entre les deux formations politiques. Le Speaker sera nommé des rangs du MMM et le Deputy Speaker du Labour. Le Chief Whipsera un MMM.

L’Attorney General sera nommé des rangs du PTr, de même que le ministre qui occupera le portefeuille de l’Economie, des Finances et des Services financiers. Le nouveau ministère de l’Intérieur sera attribué à un membre du PTr. Le ministre des Affaires étrangères sera choisi des rangs du PTr.

Un comité permanent de la coalition, soit un “comité des éléphants” revisité, sera mis sur pied, avec des membres du Labour et du MMM pour assurer le suivi de la mise à exécution du programme gouvernemental, ou encore pour désamorcer tout litige qui pourrait surgir entre les deux partenaires.

Pour sa part, le leader du MMM a choisi de souligner d’emblée que “pou mwa, ene lallyans li avan tout ki nou pou feret ki nou le fer. Li avan tout ène kestyon de program guvernmental. Pa kestyon ditout dintérêts personnels”.En prélude aux quatre points cardinaux de l’accord PTr/MMM, il a voulu se montrer rassurant.

“Pena nanyen àcraindre. Dimoune po rod fer per. Meme avek 60/0, pa pou éna arogans car pou ena respe des otres partis”,a soutenu Paul Bérenger. Pour ce dernier, les quatre points fondamentaux sont la consolidation de l’unité nationale en faisant de Maurice un modèle d’unité dans la diversité, le renforcement et l’approfondissement de la démocratie “avec une bonne réforme”, une relentless fight against fraud and corruptionavec la mise sur pied du Serious Fraud Office, un cadre légal à toute épreuve, la question de financement des partis politiques et de nouveaux règlements pour une déclaration des avoirs plus effective et le développement de l’économie“dans la justice sociale”avec la lutte contre la pauvreté et les inégalités économiques tout en propulsant le pays dans la ligue des High Income Economy.

Le leader du MMM est revenu sur la question du partage des pouvoirs et des responsabilités entre le président de la République et le Premier ministre en parlant d’un “partage équilibré”.“Avec la (première) République, je n’étais pas d’accord avec sir Anerood Jugnauth. Li ti ouvle ki tout reste dans lamé Premye minis Le départ de la républik à la Jugnauth li ti tout da lamé Premyer minis ek pena okenn partaz. Par contre, nous avons pris la décision d’octroyer le pouvoir de dissolution de l’Assemblée nationale au président de la République comme c’est le cas en Inde”,a-t-il dit. Il a rappelé qu’en 1983, il était en faveur de la création d’un ministère de l’Intérieur et que dans le cadre de l’accord PTr/MMM, le nouveau ministre sera nommé par le PTr.

Faisant état de la « Sincerity of Purpose » animant les deux leaders politiques, Paul Bérenger a conclu son intervention liminaire en faisant ressortir que “li ène moma istirik. Se ki nou ouvle fer ansam se fer de Maurice ène pei far, ène model. Se sa nou responsabilité vis-à-vis de l’Histoire, de la population et de la zeness. Pena okenn sekre. Nou ouvle travay à livre over. Donne ène kud main nou pei”.



AMBIANCE À CLARISSE HOUSE, HIER : Alchimie retrouvée

Exactement trois mois après leur dernière conférence de presse commune à  Clarisse House, le Premier ministre et le leader de l’opposition ont réitéré l’exercice, hier. Cette fois, non pour revenir quelques heures plus tard en mode “off” sur leur propos mais pour dévoiler et expliquer les modalités de l’alliance PTr-MMM. Une alliance qui sera scellée par un accord signé le 20 septembre. C’est ce qu’ont annoncé fièrement les deux leaders politiques dans un mood complice reflétant “l’alchimie” retrouvée entre Navin Ramgoolam et Paul Bérenger.

7 juin 2014, Clarisse House, 11h – 6 septembre 2014, Clarisse House, 11h. Même lieu, même heure, mêmes dispositions. Pour la deuxième fois, cette année, Navin Ramgoolam et Paul Bérenger ont ensemble réuni la presse. Sauf que, cette fois, la conférence de presse commune prévue à 11h a, à quelques minutes près, commencé à l’heure, contrairement au 7 juin dernier où, en raison des différends survenus lors de leur rencontre, un peu plus tôt, les deux leaders s’étaient entretenus plus longuement, la conférence de presse décalée à 13h.
Hier donc, c’était la bonne. Et la presse n’a pas eu besoin de lire entre les lignes pour comprendre que l’alliance PTr-MMM est définitivement on. Les deux leaders s’étaient même accordés vestimentairement, Navin Ramgoolam portant une veste bleu marine, une chemise à rayures blanches et bleues, ainsi qu’une cravate rouge, Paul Bérenger arborant, lui aussi, une veste bleu marine et une chemise bleu pâle.
Tout le long de la conférence de presse, longue d’une heure et demie, sous un ciel gris, pluvieux et venteux, les deux complices ont affiché un respect mutuel. Comme pour le partage équilibré des tickets, le Pm et le leader de l’opposition ont pris 15 minutes chacun pour expliquer à la presse les détails sur l’accord qui sera conclu pour une alliance PTr-MMM. Et à l’heure des questions, chacun a poliment attendu son tour pour prendre la parole et répondre aux journalistes. Si Paul Bérenger n’a pas nommé le PM “mon camarade Navin”, comme il le fait habituellement, et si Navin Ramgoolam n’a utilisé l’expression “mon camarade Paul” qu’à 2 ou 3 reprises, aucune boutade n’a été lancée par les deux camps, si ce n’est la réponse de Paul Bérenger à un journaliste pour dire qu’il espérait que le prochain président de la République ne souhaitera pas présider le Conseil des ministres tous les vendredis.
Paul Bérenger a été plus loquace quant à la nouvelle démarche du MMM dans le camp gouvernemental, soulignant même qu’il vaut mieux oublier le passé et regarder l’avenir, alors que Navin Ramgoolam a été plus sur la défensive, surtout en ce qui concerne les réactions à l’intérieur du PTr et les “éventuels sacrifiés” en marge de l’alliance PTr-MMM et du calendrier autour de la tenue des prochaines élections.
S’il révélait, le 7 juin dernier, “être amoureux de l’histoire du PTr”, le leader du MMM, devant le sourire ébahi de Navin Ramgoolam, a confié, hier, que 20 ans après la dernière alliance PTr-MMM, il pense qu’en 1995, il devait être “trop exigeant”, “trop rigide parfois.” Une phrase qui a fait sourire jusqu’aux oreilles le Pm, affichant sa joie d’“une complicité” retrouvée avec le leader des mauves. La conférence de presse s’est conclue par une chaude poignée de mains échangée entre les deux leaders, posant fièrement devant l’objectif des photographes. Les deux hommes se sont quittés en haut des marches de Clarisse House, posant une nouvelle fois pour les photographes. “Allez, tout correk!”, devait dire Paul Bérenger, sur un “Bon week-end!” de Navin Ramgoolam.



Anil Gayan (Muvman Liberater) : “Unworkable”

“Nous allons vers une paralysie institutionnelle”, estime Anil Gayan, membre dirigeant du Muvmen Liberater. L’allaince PTr-MMM est une alliance contre nature et ne durera pas, dit-il, insistant que vu les modalités de l’alliance présentées hier par les deux leaders politiques, le projet de société présenté est “unworkable”.
Si Ivan Collendavelloo, absent du pays, n’a pas souhaité faire de commentaire sur les explications fournies par le leader du MMM et le leader du PTr quant aux modlaités d’alliance, Anil Gayan, contacté par Week-End, n’a pas mâché ses mots quant à l’avenir de cette nouvelle alliance. Selon lui, l’alliance PTr-MMM n’a été contractée que dans le seul but “d’assouvir le désir de pouvoir de deux personnes, le Premier ministre et le leader de l’Opposition.” Il s’agit d’une alliance anti-patriotique qui entérinera tous les scandales depuis des années, dit-il. Selon lui, par-dessus cela, “c’est un aveu de taille de la part du Pm quant au manque de réussite de son programme gouvernemental pendant deux mandats et il a besoin de faire appel à un parti de l’opposition pour relever les défis qui s’annoncent.” Et de se demander pourquoi lorsque Paul Bérenger était Pm et disposait des 3/4 de la majorité, il n’a pas pris les décisions qu’il prend aujourd’hui.
S’agissant des modalités présentées, Anil Gayan estime de c’est “unworkable”. “On ne peut pas avoir deux centres de pouvoir dans un pays”, dit-il, ajoutant que “nous allons vers une paralysie institutionnelle.” Anil Gayan note, par ailleurs, que “selon les modalités avancées, le PTr disposera de tous les ministères régaliens, notamment les Finances, l’Intérieur, les Affaires Étrangères. Ce qui reste pour Bérenger, c’est peanuts.”
Il rappelle que, récemment, Navin Ramgoolam a lui-même révélé qu’il n’aime pas partager le gâteau. “Je ne crois pas qu’il est disposé à le partager aujourd’hui. Et le peuple, en temps et lieu, saura le priver de ce gâteau à tout jamais car il a trop fait pour enrichir ses amis et proches avec l’argent de l’État”, dit-il.
Ce membre dirigeant du Muvmen Liberater met en garde la population contre “l’argent du PTr et du MMM qui sera utilisé pour acheter la conscience des Mauriciens.” Son parti conseille aux Mauriciens de prendre l’argent sale mais de ne pas vendre leur conscience. Et de mettre également en garde l’Electoral Supervisory Commission pour veiller aux transferts d’argent qui se font de l’extérieur et destiné aux proches du pouvoir.
Souhaitant une unité de l’Opposition pour contrer cette alliance, Anil Gayan dit prendre note de la déclaration de SAJ à Roche-Bois et indique être du même avis. “SAJ était leader du Remake et il n’y a aucun problème à ce qu’il continue à être le leader d’un Remake recomposé”, dit-il. Si les partis de l’Opposition n’ont pas encore discuté de coalition ou de modalité d’alliance, le Muvmen Liberater envisage, cette semaine, de rencontrer les dirigeants du MSM et du PMSD pour en discuter. “Maintenant que l’alliance PTr-MMM a été annoncé et ratifée, les choses vont s’accélérer”, dit Anil Gayan. “Notre parti fera campagne pour démontrer que ce gouvernement a été pendant 9 ans un gouvernement qui a traité le pays comme sa propriété privée, nommé les proches du PTr à tous les postes importants dans le pays et politisé toutes les institutions et aujourd’hui, le MMM fait un discours soi-disant pour consolider la démocratie. C’est une mascarade et le peuple donnera une leçon  à cette alliance”, dit Anil Gayan. Il confie, de même, que dans la conjoncture, il ne serait pas étonné de voir Paul Bérenger présenter le budget en novembre. “Dans leur déclaration, ils ont dit qu’ils travaillent ensemble. C’est une préparation de l’opinion publique pour que Paul Bérenger entre au gouvernement et pour que Navin Ramgoolam procède au limogeage de ses ministres pour faire de la place à des ministres MMM”, dit-il.



Au Square Guy Rozemont, vendredi : Un comité exécutif rouge qui s’éternise

Si tous ceux présents s’accordent à dire que “les modalités de l’alliance PTr-MMM ont été approuvées à l’unanimité par les membres”, le comité exécutif du PTr a duré plus d’une heure et demie, démontrant que les explications ont été longues pour le chef du gouvernement.
En effet, contrairement au Bureau politique qui a duré une quarantaine de minutes, le comité exécutif s’est éternisé, vendredi après-midi, au Square Guy Rozemont où plusieurs partisans du PTr étaient venus exprimer leur soutien à leur leader. Et si, à son arrivée à 16h12, le PM a affiché la sérénité et le sourire, ne manquant pas son bain de foule à sa sortie, peu avant 19h, c’est un Navin Ramgoolam peu loquace qui s’est adressé à la presse avant de s’engouffrer rapidement dans sa voiture, au grand étonnement de ses partisans, furieux de n’avoir pu approcher leur leader.
Mais Navin Ramgoolam ne souhaitait pas rester plus longuement sur place, renvoyant les journalistes à la conférence de presse du lendemain. Sa déclaration fut ainsi toute brève, affirmant que “le Bureau politique et le comité exécutif du PTr ont approuvé à l’unanimité les détails de l’accord électoral avec le MMM.” Une donne qui ne dit pas pourquoi (même si, selon le président du PTr, en raison de l’importance de cet accord, il a fallu le détailler) le comité exécutif du PTr a duré plus longuement que le Comité central du MMM et qu’à la sortie, plusieurs membres du PTr sont restés avares de commentaires.



Xavier Duval (PMSD): «Choqué par l’hypocrisie et les fausses promesses»

Le Parti Mauricien Social Démocrate (PMSD) a réuni, hier après-midi, son Bureau politique (BP). Les membres ont passé en revue et décortiqué la conférence de presse de Paul Bérenger et de Navin Ramgoolam. Peu de temps avant le BP, le leader du parti, Xavier Duval, a fait la déclaration suivante à Week-End: «Cette alliance est synonyme d’une instabilité constante. Une guerre des clans permanente qui ne peut qu’être néfaste pour le pays. Cela se traduit par l’exemple constitutionnel qu’ils proposent tous deux et le partage de pouvoir entre le Président et le Premier ministre. Paul Bérenger ne sera qu’une marionnette entre les mains de Navin Rmagoolam. Il n’y a qu’à voir : la police et les Finances, deux secteurs-clés, ne seront pas sous la bannière MMM. Les mauves n’auront que la Sécurité sociale et l’Environnement. Tout cela démontre, une fois de plus, la guerre constante des clans», dit l’ancien ministre des Finances sous le gouvernement travailliste et leader du PMSD.
Xavier Duval se dit, par ailleurs, choqué par tant d’hypocrisie et de fausses promesses des suites de la conférence conjointe de Navin Ramgoolam et de Paul Bérenger. 
S’agissant de ses intentions en tant que membre de l’opposition, le leader des bleus confirme qu’il y aura un ralliement de l’opposition avec le PMSD, le MSM et le Muvman Liberater d’Ivan Collendavelloo. «Ce sera un accord partagé, équilibré et équitable où tout le monde sera à l’aise», dit-il avec conviction.


 

Xavier Duval (PMSD): «Choqué par l’hypocrisie et les fausses promesses»

Rezistans ek Alternativ, dont les pressions politiques en vue d’éliminer l’obligation de déclaration d’appartenance ethnique des candidats à des élections générales ont provoqué des bouleversements sur l’échiquier, tire à boulets rouges contre l’alliance PTr-MMM. Ian Jacob, au nom de ce groupe, soutient que « c’est une alliance de méfiance qui a été conclue ».

« Il n’y a aucun environnement de confiance entre les deux leaders politiques. Ils ont été jusqu’à annoncer un comité conjoint (Joint Permanent Committee for Implementation of Programme) pour les surveiller. Pire encore ! À plusieurs reprises, Navin Ramgoolam et Paul Bérenger ont parlé de programme. Mais nous constatons qu’il n’y a aucune trace de programme de transformation économique et de société. Qui assurera le contrôle des diverses institutions d’État et des ministères ? C’esttout simplement un manque total de respect vis-à-vis de la population et de la démocratie », ajoute-t-il.

Rezistans ek Alternativ tourne en dérision les quatre axes de l’alliance. Au chapitre de la consolidation de l’unité nationale, Ian Jacob regrette l’absence de courage des deux leaders pour faire adopter « une vraie réforme électorale non-communale ». En ce qui concerne l’approfondissement de la démocratie, il dénonce la bipolarisation électorale avec le seuil de 10% pour la représentation proportionnelle et ajoute que « Ramgoolam ek Bérenger pe koze koumadir zot fini gagn eleksyon, koumadir ena zis zot ki fer politik ».

Rezistans ek Alternativ est encore plus virulent sur le plan de la lutte contre la fraude et la corruption en trouvant que « le MMM cautionne les différents scandales que Bérenger vient de condamner ». La logique néolibérale en matière économique du PTr et du MMM est aussi condamnée.

 


Rezistans ek Alternativ : « Une alliance de méfiance »

Rezistans ek Alternativ, dont les pressions politiques en vue d’éliminer l’obligation de déclaration d’appartenance ethnique des candidats à des élections générales ont provoqué des bouleversements sur l’échiquier, tire à boulets rouges contre l’alliance PTr-MMM. Ian Jacob, au nom de ce groupe, soutient que « c’est une alliance de méfiance qui a été conclue ».

« Il n’y a aucun environnement de confiance entre les deux leaders politiques. Ils ont été jusqu’à annoncer un comité conjoint (Joint Permanent Committee for Implementation of Programme) pour les surveiller. Pire encore ! À plusieurs reprises, Navin Ramgoolam et Paul Bérenger ont parlé de programme. Mais nous constatons qu’il n’y a aucune trace deprogramme de transformation économique et de société. Qui assurera le contrôle des diverses institutions d’État et des ministères ? C’est tout simplement un manque total de respect vis-à-vis de la population et de la démocratie », ajoute-t-il.

Rezistans ek Alternativ tourne en dérision les quatre axes de l’alliance. Au chapitre de la consolidation de l’unité nationale, Ian Jacob regrette l’absence de courage des deux leaders pour faire adopter « une vraie réforme électorale non-communale ». En ce qui concerne l’approfondissement de la démocratie, il dénonce la bipolarisation électorale avec le seuil de 10% pour la représentation proportionnelle et ajoute que « Ramgoolam ek Bérenger pe koze koumadir zot fini gagn eleksyon, koumadir ena zis zot ki fer politik ».

Rezistans ek Alternativ est encore plus virulent sur le plan de la lutte contre la fraude et la corruption en trouvant que « le MMM cautionne les différents scandales que Bérenger vient de condamner ». La logique néolibérale en matière économique du PTr et du MMM est aussi condamnée.

 


Sheila Bunwaree, (Parti Justice Sociale): «La démocratie est inexistante dans l’âme de Bérenger et Ramgoolam»

Le Pr Sheila Bunwaree, leader du dernier né des mouvements politiques, le Parti Justice Social, soutient que contrairement à ce que Navin Ramgoolam et Paul Bérenger ressassent, ils sont tous deux contre l’approfondissement de la démocratie. «En vérité, ils ne portent pas la démocratie dans leur cœur et leur âme», dit-elle sans langue de bois.

«La conférence de presse conjointe a été une perte de temps, un gaspillage d’énergie et de ressources. La teneur de leurs propos à l’effet qu’ils souhaitent un 60-0, donc un gouvernement sans opposition, prouve qu’il ne sont pas pour la démocratie. Ce qui est très grave! D’ailleurs, en 2010, nous avions eu droit au même discours», rappelle-t-elle. Selon elle, Paul Bérenger aurait pu s’épargner tout ce mal en intégrant tout simplement le Parti travailliste. «Paul Bérenger n’avait qu’à oublier le MMM au vu de cette parfaite alchimie qui existe entre lui et Navin Ramgoolam», ironise Sheila Bunwaree.

En raison de la tournure des événements, elle insiste qu’il est important que l’île Maurice réfléchisse à l’après Ramgoolam et Bérenger, surtout qu’ils prétendent représenter la sagesseet la maturité. «Qu’adviendra-t-il après eux? N’y aurait-il pas d’instabilité car il n’y aura pas de parfaite alchimie entre les partis émergents?», dit-elle. Et de poursuivre : «Parlant d’instabilité, ces deux personnages sont instables rien que par leurpersonnalité et leur histoire politique.»


Eliezer François (MAM) : «La plus grande mascarade politique»

«Le Premier ministre et Paul Bérenger prennent les Mauriciens pour des bourriques. On n’a vu dans aucun pays westministérien un Premier ministre et un chef de l’opposition conclurent une alliance»,dit d’Eliezer François, président du Mouvement Authentique Mauricien (MAM).

Pour lui, «Navin Ramgoolam et Paul Bérenger ont agi d’une façon très cavalière. Ils se méfient et se détestent l’un l’autre. Ils font semblant pour atteindre leurs objectifs, pour cela il n’y a qu’à voir leur body language. Paul Bérenger est le chef d’orchestre et Navin Ramgoolam fait son jeu. On comprend que Navin Ramgoolam soit sous pression et qu’il a fini par céder».

Selon lui, Paul Bérenger aurait dû démissionner par respect pour la Constitution et le peuple. «L’on peut se demander si l’accord conclu entre les deux sera respecté. Ce n’est pas un acte de notariat et il n’y a aucune garantie d’une séparation», insiste l’interlocuteur. Et de poursuivre : «Tout n’est que farce. La plus grande mascarade politique de l’histoire du pays. Je ne vois pas Navin Ramgoolam accorder 30 tickets et 12 sièges au MMM. Cette alliance ne fait que détourner l’attention et Paul Bérenger est mené en bateau.» Eliezer François soutient que, «Paul Bérenger est aveuglé par sa soif de pouvoir afin d’accéder au poste de Premier ministre. Mais j’ose penser que c’est plutôt le poste de Président de la République qui l’intéresse. Il ne faut pas oublier que Paul Bérenger a été Premier ministre et vice-Premier ministre. Il veut finir sa carrière en beauté comme président de la République avec ou sans pouvoir».

Pour le président du MAM, il est impératif que le peuple réagisse et dise non à la IIe République, au Sénat, à une hausse du nombre de députés ou au système duparty list. «Le pays n’as pas besoin d’un Président avec un mandat de 7 ans. Je me demande comment  Paul Bérenger a pu accepter cela. Barack Obama n’a qu’un mandat de quatre ans et François Hollande, cinq»,fait-il observer.

 

George Ah Yan (Forum Citoyens Libres):«Le peuple n’a pas son mot à dire»

«L’accord n’est pas très clair. L’on se demande comment deux formations politiques avec deux philosophies différentes cohabiteront ensemble. En cas d’une victoire, c’est à se demander si l’on n’aura pas des élections générales après 12 mois», dit Georges Ah Yan, président du Forum Citoyens Libres. Il est, toutefois, dommage, ajoute-t-il, que dans tout cela, le peuple n’ait pas son mot à dire.«Ils auraient dû faire un référendum pour décider d’une deuxième République. De plus, l’on se sait pas très bien quels sont les pouvoirs qui reviennent au président de la République. N’y aura-t-il pas de conflit dans le day-to-day running of the Prime minister’s business? Nous ne pouvons, donc, qu’attendre et voir», conclut George Ah-Yan.