— Tu comprends quelque chose à ce qui se passe dans cette affaire-là, toi ?

— De quelle affaire tu es en train de parler ?

— De quelle affaire ? de quelle affaire ? mais de l’affaire de la présidente, toi.

— C’est pas fini cette affaire-là ? Elle n’a pas dit à son avocat qu’elle allait démissionner ?

— Oui, mais selon le Premier ministre, elle lui avait dit qu’elle allait démissionner, puis elle a changé d’idée et a voulu rester.

— Tu crois qu’elle va changer d’idée encore une fois ?

— Ce ne serait pas la première fois, en tout cas.

— Je ne comprends pas ce que tu veux dire ?

— Ecoute, quand l’affaire de la carte bancaire a commencé, elle a donné un ultimatum au journal l’Express et puis plus rien. Ensuite, elle a donné un ultimatum à la banque et puis plus rien.

— Tu es en train de dire qu’elle n’a pas de suite dans les idées. Tu sais ce que tu es en train de faire là, tu sais ça ?

— Je suis en train de faire quoi ?

— Tu es tout simplement en train de dénigrer la cause de la femme.

— Hé toi-là, qu’est-ce qui t’arrive ? Tu es devenue une fan de la présidente dernier l’heure ! ?

— Jamais de la vie. Je dis simplement que tout le monde, et surtout les hommes, profi tent de l’occasion pour dire qu’elle a fané, qu’elle est ceci, qu’elle est cela, qu’elle n’aurait pas du avoir fait ci

— Même le leader du Mouvement Liberater, qui l’a fait nommer au Réduit, a déclaré qu’il fallait reconnaître que la présidente avait fané ! Autrement dit qu’elle avait fait des abus

— en ce qui concerne les gens du gouvernement qui font des abus, le leader du Mouvement Liberater devrait regarder dans son propre parti. En commençant par lui-même !

— Manman, on dirait que tu défends la présidente malgré ce qu’elle a fait !

— Quand tu m’as entendu dire ça ? Seulement, je trouve qu’on est en train de tout mettre sur le dos de la présidente en oubliant qu’on l’a laissé faire ce qu’elle voulait.

— Mais tout de même, toi : 60 voyages pendant trois ans. C’est-à-dire plus d’un voyage par mois avec les per diem tout ça. Elle a mari exagéré quand même !

— C’est vrai, mais on l’a laissé exagérer ! Ils ont été ses complices dans ces affaires la.

— Kisenla ?

— Mais le gouvernement et surtout le Premier ministre et ministre des Finances. Il doit approuver tous les voyages de la présidente et il l’a fait à chaque fois. Et c’est d’avoir signé plus soixante fois qu’il est scandalisé. Et puis, quoi encore !

— OK, ils ont fané eux aussi. Mais l’essentiel c’est ce qu’elle a fini par quitter Le Réduit. Tu crois qu’un jour on fi nira par savoir toute la vérité sur l’affaire Sobrinho, les cartes de crédit, les accès VIP à l’aéroport, les berlines, les villas de luxe tout ça. La commission d’enquête va servir a ça, non ?

— Je ne crois pas.

— Pourquoi ?

— Tu n’as qu’à voir comment le gouvernement fait pour ne pas nommer cette commission d’enquête.

— Mais l’opposition va forcer le gouvernement à nommer cette commission d’enquête-là, toi.

— Quelle opposition ? Pour une fois le PMSD, le PTr et le MP sont d’accord, mais le MMM fait cavalier seul.

— Pourquoi le MMM fait comme ça ?

— Ça il faut aller poser la question à son leader. Il y a sûrement dedans une stratégie que lui seul comprend.

— Tu crois que comme le PMSD le dit, le MMM est en train de négocier une alliance avec le MSM ?

— C’est bien possible. Mais il ne faut pas oublier que le PMSD lui-même est dans le coin de la porte du gouvernement et attend que le ML part, pour le remplacer.

— Ne me dis pas toi. ! Ils sont tous pareils. Heureusement que le PTr n’est pas comme ça.

— Tu trouves ? Après avoir insulté la présidente pendant trois ans, on dirait que depuis quelques jours Ramgoolam ait changé d’avis sur elle.

— Aio, pourquoi ils sont comme ça ces partis politiques ?

— Parce qu’ils ont chacun une stratégie politique pour les prochaines élections, c’est tout. Au lieu de s’unir pour obliger le gouvernement à nommer une commission d’enquête, ils font le contraire.

— Qu’est-ce qui va se passer selon toi ?

— Il ne va rien se passer du tout, comme d’habitude. Tu vas voir que le gouvernement va jouer sur les dissensions de l’opposition pour ne pas nommer une commission d’enquête sur l’affaire Sobrinho.

— Si je suis ton raisonnement, on pourrait dire que et le gouvernement et l’opposition n’ont pas trop envie d’avoir cette commission d’enquête sur l’affaire Sobrinho ?

— C’est en tout cas une question qui mérite d’être posée.