Méconnue du grand public mauricien, Rachel Magon est une chanteuse professionnelle qui évolue dans le circuit hôtelier depuis un quart de siècle. Des milliers de chansons en tête, un répertoire s’étalant des standards des années 40 jusqu’aux succès du jour, elle chante en 18 langues, avec cette envie perpétuelle de plaire et de s’améliorer. Le tout dans un bel écrin chic par lequel elle se distingue.

Elle s’est habituée à l’anonymat, même si parfois certains ont comme un déclic en entendant son nom ou lorsqu’ils se souviennent l’avoir déjà vue à la télé. Rachel Magon n’est pas une star aux yeux des siens. Mais, sans le moindre doute, elle aurait dû l’être. Cela fait quand même un quart de siècle que cette chanteuse de 43 ans occupe la scène de sa voix haute aux accents soul. Un look jazzy classy connu et reconnu dans le circuit hôtelier, où la chanteuse professionnelle a fait carrière.

Une voix, un style pour faire danser, vivre des émotions, rire, sourire, pleurer, en voguant à travers les souvenirs et les genres. Quelque 25 ans que cela dure. Elle ne compte plus le nombre de spectacles donnés. Difficile aussi de préciser la quantité de chansons apprises, maîtrisées et stockées dans sa mémoire. “2000”, répond-elle pour la forme : “Ou peut-être plus. Je n’ai jamais compté.”

Des milliers d’applaudissements.

Ça va des années 40 à ce jour. Piaf, Sinatra, Lennon et tous les autres. En français, en anglais, en allemand, en italien, en russe, en espagnol, en portugais, en swahili. Récemment, elle s’est classée quatrième au concours de chants en mandarin Singing for Sino-Mauritian Friendship. Dix-huit langues jusqu’ici : “J’ai une mémoire qui me permet de retenir les paroles facilement. J’ai aussi appris à développer mon ouïe pour prendre l’accent qu’il faut.” Venus de par le monde, ils ont été des milliers peut-être à l’avoir acclamée. Voilà pourquoi Rachel Magon mériterait d’être traitée comme une star.

Vivant dans le Nord, où elle nous reçoit, la chanteuse bataille gentiment avec ses chiens pendant que ses cheveux dansent dans le vent. Le décor chic de sa maison est à son image : “Je suis perfectionniste dans la vie et je cherche toujours à m’améliorer”, dit-elle en parlant de sa carrière. Venant d’une famille où l’art, la musique et la créativité ont toujours été favorisés, elle débute dans la chorale de l’église, comme beaucoup d’autres. Des cours de violon au Conservatoire l’aident à acquérir des connaissances techniques par rapport à la musique. À 17 ou 18 ans, elle sent qu’elle en fera son métier. Quelques concours télévisés, des shows ici et là, des cours de vocalise…

Les trésors du dressing.

C’est dans le circuit hôtelier qu’elle trouve ses repères pour continuer. Là, cependant, les exigences sont particulières. Les approximations ne sont pas autorisées, chaque sortie doit être un show afin de conquérir les spectateurs, dont les exigences sont légitimes. Rachel Magon s’intègre rapidement dans ce paysage, apprenant à se plier aux règles de la scène pour toujours donner le meilleur d’elle-même. “Le public n’en est pas toujours conscient, mais ce travail demande beaucoup de préparations, la maîtrise de plusieurs chansons, de longues répétitions, etc.”

La manière de se présenter est capitale. Nous entraînant à l’étage de sa maison, elle nous fait découvrir les trésors de son dressing. Des rangées de robes de soirée et de costumes chic multicolores. “Si je vous montre ma collection de chaussures, ce sera pire”, lance-t-elle en riant. Dans cet univers de strass et de paillettes, l’apparence joue un rôle primordial, souligne-t-elle. “Il me faut constamment investir dans mes tenues de scène pour garantir la qualité du spectacle. Cela m’a demandé de grands sacrifices pour constituer ma garde-robe.”

Réinventer la même chanson.

Depuis six ans, Rachel Magon est accompagnée des Black Velvet. Une formation qu’elle a constituée et qui se présente en format élargi, en petit groupe, mais qui peut aussi bien se limiter à la formule piano-bar. Cette flexibilité répond à la demande de la clientèle et s’adapte aux spectacles recherchés. Dans le milieu, le répertoire n’est jamais le même. La chanteuse confie qu’il lui fait toujours savoir improviser. “Durant le spectacle, j’observe et j’écoute le public afin de m’adapter à chaque personne présente. Je fais évoluer le spectacle afin que chacun soit touché par la musique et les chansons proposées”, explique-t-elle. “Je peux reprendre une même chanson régulièrement, mais elle n’est jamais présentée de la même manière. J’improvise pour le public. À chaque fois, c’est une nouvelle version qui est jouée.” Autant de petites choses apprises durant cette carrière où elle a toujours été à l’écoute des conseils et des observations du public.

Il y a quelques années, Rachel Magon a cru décrocher. Elle a pris une pause de deux ans et posé ses valises en France, où elle croyait ouvrir un nouveau chapitre. Car derrière les lumières, les beaux rythmes, le strass et les paillettes, il y a parfois une réalité moins glamour qui jette de l’ombre sur le tableau. Les conditions de travail dans le circuit hôtelier sont parfois très contraignantes et font appel au courage et à la patience. “Au départ, j’ai beaucoup galéré pour progresser. Souvent, les cachets ne reflétaient pas les investissements personnels et les sacrifices faits. Il m’est arrivé de jouer dans des tenues et des accessoires qui coûtaient plus cher que le cachet qu’on me donnait. Mais il fallait bien que je fasse cela pour progresser.”

“J’ai senti que j’avais mûri”.

Rachel Magon regrette aussi le manque de considération auquel sont confrontés les artistes qui évoluent dans le même domaine qu’elle. Si ces derniers sont salués et reconnus par des spectateurs du monde entier, leurs pairs locaux et le public mauricien ne semblent pas encore prêts à leur accorder la place qui leur revient. Les occasions pour eux de jouer devant les locaux sont rares, voire inexistantes. “Nous avons de très bons artistes qui sont complément méconnus dans le milieu. L’ironie est que nous voyons parfois des promoteurs investir gros pour faire venir des artistes étrangers qui n’en valent même pas la peine.”

Les deux années loin de la scène lui ont donné l’occasion de comprendre que, malgré les contraintes, elle ne pouvait vivre loin de ce monde. À son retour, elle s’est remise sous les lumières pour se rendre compte que le métier avait changé et qu’il fallait rapidement qu’elle se remette à niveau. “J’ai senti que j’avais mûri. Je me suis perfectionnée pour faire mieux.”

La décoration est un passe-temps, tout comme elle se plaît à faire des arrangements floraux. Depuis quelques années, elle donne aussi des cours de chant à des enfants. Elle considère que cette approche pédagogique les aidera à s’épanouir et à se développer.

Pour être toujours au mieux de sa forme, Rachel Magon tend l’oreille vers les nouvelles tendances musicales et n’arrête pas d’élargir son répertoire.