Alors que le réchauffement climatique est sur toutes les lèvres, certains se posent la question de savoir si les objectifs fixés par le monde en matière de réduction de gaz à effets de serre serviront à quelque chose. Une récente étude vient apporter un éclairage peu réjouissant.

Le monde se dirigerait-il vers sa fin ? Si l’on ne parle (pas encore) de l’extinction de notre espèce, les alertes, lancées régulièrement par les scientifiques, laissent en tout cas penser que notre planète voit se profiler devant elle de grands dangers, non pas pour elle en tant que tel, mais pour les espèces qu’elle abrite, dont la nôtre. Pourtant, le problème est connu depuis plusieurs décennies déjà. En polluant notre atmosphère, dans notre course effrénée vers la croissance et le bien-être, nous creusons chaque jour un peu plus notre propre tombe. C’est en tout cas ce qui ressort d’une récente étude, où les auteurs estiment qu’une réaction en chaîne irréversible pourrait transformer au final la Terre en véritable étuve.

A-t-on franchi le point de non-retour ? Plus que probablement, affirment-ils. Ainsi, même en réduisant les émissions, on risque en effet de franchir le fatidique point de rupture… Notre planète fonce vers ce scénario, qui déboucherait sur une catastrophe irréversible. Tel est l’avertissement lancé récemment par des chercheurs internationaux dans une nouvelle étude sur le climat, publiée dans la revue Proceedings of   National Academy of Sciences. Selon eux, un effet domino pourrait transformer la Terre en étuve d’ici quelques décennies, même si l’humanité parvient à limiter la hausse des températures à 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels – l’objectif fixé par l’Accord de Paris.

Une réaction en chaîne en trois temps

Si les calottes polaires continuent de fondre, les forêts d’être décimées et les émissions de gaz à effet de serre de battre chaque année des records, la Terre “va franchir un point de rupture”, concluent des chercheurs de l’université de Copenhague, de l’Université nationale australienne et de l’Institut de recherche de Potsdam sur les effets du changement climatique en Allemagne. Ces chercheurs ont ainsi identifié une dizaine de facteurs de risques interconnectés qui pourraient provoquer une réaction en chaîne en trois temps.

Avec des puits de carbone affaiblis, des forêts qui rétrécissent et une hausse des températures comprises entre 1 et 3 °C, la calotte glaciaire recouvrant la terre de l’Antarctique ouest et du Groenland, les glaciers des Alpes et la Grande barrière de corail seraient les premiers menacés. “Quand un seuil critique est atteint, le processus de réactions s’auto-entretient”, note l’étude. La machine s’emballerait alors jusqu’à une hausse des températures de 5 °C, menaçant l’Antarctique Est, ce qui libérerait le méthane et le CO2 emprisonnés dans le permafrost, sol censé être gelé en permanence en Russie ou au Canada, et qui correspondent à environ 15 années d’émissions humaines.

La mer, on le sait depuis longtemps déjà, s’élèvera inévitablement, du fait de la fonte des glaces. Pour autant, les projections émises jusqu’alors ne laissaient entrevoir que des variations du niveau de la mer de trois à quatre mètres seulement. Mais les auteurs de cette dernière étude semblent bien plus pessimistes sur la question, revoyant à la hausse le nombre des conséquences du réchauffement, dont celle justement de la hausse du niveau de la mer, qu’ils prédisent comme étant “dévastatrices”.

Scénario catastrophe

La fonte des glaces de l’Antarctique Ouest et du Groenland conduirait en effet à une hausse du niveau de la mer de 13 mètres. La calotte de l’Antarctique Est, plus sensible au réchauffement qu’estimé précédemment, représente, elle, 12 mètres potentiels supplémentaires. Or, deux tiers des mégalopoles sont installées moins de 10 mètres au-dessus du niveau de la mer, tout comme les plaines agricoles qui les nourrissent. Inutile de dire que Maurice n’échapperait pas à cette catastrophe, à commencer par ses côtes, comprenant donc notre capitale.

La question principale demeure donc de savoir comment empêcher ce scénario catastrophe ? C’est un fait, affirment les auteurs de l’étude, réduire les émissions ne suffira pas. Mais alors que faire ? Selon eux, la réponse est claire : il faut changer immédiatement de mode de vie pour protéger la Terre, avertissent les chercheurs. Ils préconisent ainsi une meilleure gestion des sols, des pratiques agricoles plus respectueuses de l’environnement, la protection des terres et des côtes ou encore le développement de techniques de capture du CO2. De même, il s’agit de planter des arbres – et surtout pas d’en éliminer, quand bien même ils s’avéraient gênants au développement, comme pour le tracé d’un métro/tram. En d’autres termes, il faut arrêter immédiatement toute déforestation.

En cas d’échec, Hans Joachim Schellnhuber, coauteur et directeur du Potsdam Institute for Climate Impact Research, avait précédemment estimé qu’une Terre à +4 ou +5 °C ne pourrait pas abriter plus d’un milliard de personnes. Or, nous sommes déjà plus de 7 milliards. Autant dire que si nous ne faisons rien, nous ferons face à la pire catastrophe humanitaire de l’histoire.


Rapport 2017, année de tous les records

Rien ne semble pouvoir enrayer l’emballement climatique. A l’échelle du globe, 2017 a été l’une des trois années les plus chaudes de l’histoire moderne, se classant, selon les données utilisées, à la deuxième ou à la troisième place sur un podium où figuraient déjà, dans l’ordre, 2016 et 2015. Mais la surchauffe planétaire est d’autant plus notable que, cette fois, elle ne doit rien au phénomène El Niño, ce cycle naturel de réchauffement des eaux du Pacifique. Les 12 mois de 2017 se hissent donc au rang d’année sans El Niño la plus torride depuis le début des relevés.

C’est ce qu’indique le rapport sur l’état du climat en 2017, publié le 1er août dernier par la National Oceanic and Atmospheric Administration, l’agence fédérale américaine chargée de l’observation des océans et de l’atmosphère. Une synthèse annuelle établie en collaboration avec l’American Meteorological Society et à laquelle ont contribué plus de 500 scientifiques de 65 pays, qui ont compilé plusieurs dizaines de milliers de mesures.