REZA UTEEM: « Pravind Jugnauth me déçoit »

Dans une interview accordée au Mauricien, le porte-parole de la commission économique du MMM, Reza Uteem, dit sa déception du Premierministership de Pravind Jugnauth, d'autant plus qu'il « est jeune et a une majorité confortable au parlement ». S'alignant sur les propos de son leader, Paul Bérenger, Reza Uteem estime que le MMM « pourra certainement relever Maurice de la situation économique désastreuse vers laquelle elle s'achemine si le gouvernement continue dans cette direction ». Selon lui, « le destin du MMM a toujours été d’être dans un gouvernement dans une situation économique difficile », avant d'affirmer que « le seul “premierministrable” compétent et qui n’a jamais fait l’objet d’aucune allégation de corruption, c’est Paul Bérenger ». Et d'espérer que le prochain budget, que présentera Pravind Jugnauth, également ministre des Finances, soit un « un budget de relance ».

Qu’est-ce qui vous a poussé à vous engager en politique ?
Quand vous êtes fils de politicien, vous ne pouvez être indifférent à la chose politique. À la maison, on parlait souvent politique, mais aussi en dehors. Je savais qu'un jour ou l'autre je ferais de la politique. Je me suis joint au MMM en 2007 à la suite du décès de mon frère. Des activistes de la circonscription No 2 m'ont alors demandé de continuer le travail qu'avait commencé le Dr Uteem, et je dois dire que ce n'était pas facile d'avoir comme adversaire le vice-Premier ministre, le Dr Rashid Beebeejaun. D’autant que le MMM venait de perdre 3-0 en 2005. Mais j'ai été très bien accueilli par les électeurs du No 2. Et dix ans plus tard, je suis toujours là.

Votre père, Cassam Uteem, a été un dirigeant du MMM, ainsi que ministre et président de la République. En quoi vous inspire-t-il ?
Papa ne nous a jamais poussés vers la politique. Bien au contraire : il a toujours essayé de préserver notre vie familiale. C’est quelqu’un qui “lead by example”, comme dirait l’Anglais. C’est un modèle qui m’inspire beaucoup. Quelqu’un de très posé et de sage.
 
Est-ce que le fait d'être son fils constitue un avantage au sein du MMM ? Cela ne crée-t-il pas des frustrations au sein du parti ?
J'ai commencé comme tout le monde en 2007, en m’adhérant comme simple membre au régional No 2. Après plusieurs mois, j’étais coopté au comité central. J’y allais toutes les deux semaines. Ensuite, on m'a coopté au bureau politique. Hiérarchiquement, n'ayant pas eu d'élection du comité central depuis 2007, je n'ai occupé aucune fonction constitutionnelle du parti. En 2015, pour la première fois, je me suis présenté aux élections du comité central et du bureau politique, et j'ai été élu. On m'a nommé premier Deputy leader. Je ne pense pas que le fait d'être le fils de Cassam m'ait avantagé outre mesure. Avant moi, c'était pareil pour mon frère. Il avait commencé comme simple membre du régional. Il n’a jamais eu l’occasion de devenir membre du bureau politique.

Depuis les dernières élections générales, le MMM a connu plusieurs scissions. À quoi attribuez-vous cette désaffectation ?
Après la défaite de 2014, il était tout à fait normal d’avoir un mouvement de protestation. D’autant qu’on ne s’attendait pas à perdre les élections. Alors que tout le monde avait voté pour une alliance avec le Parti travailliste, on a essayé de faire croire que certaines personnes devaient porter la lourde responsabilité de cette alliance rejetée par la population. On a essayé de renverser Paul Bérenger et ceux qui n'ont pas réussi leur coup ont logiquement quitté le parti. On a perdu certains militants de grande date, mais il y a aussi d'autres personnes qui, par pur opportunisme, ont préféré partir.

Pourquoi êtes-vous resté ?

Je soutiens le MMM parce que les valeurs que le parti prône rejoignent les miennes : la méritocratie, la lutte contre le communalisme, la lutte pour plus de justice sociale, une distribution plus équitable des biens, et aussi, et surtout, la propreté et la moralité. Le MMM est aujourd’hui le seul parti à être propre et dont le leader n'a jamais fait l’objet d'aucune poursuite pour cas de corruption ou trafic d'influence. Et les gens le reconnaissent. Il est dommage que, pour plusieurs raisons, le MMM n'ait pas pu mettre au service de la nation toutes ses compétences. La raison principale étant que notre système électoral et le découpage des circonscriptions favorisent une confrontation entre deux blocs politiques et, forcément, des considérations communales rentent en jeu.

Le leader du MMM insiste pour se rendre seul aux prochaines législatives...
Ce n’est pas le leader qui insiste, c’est l’assemblée des délégués, qui est l’instance suprême du MMM et qui regroupe des représentants de quelque 500 branches, qui a voté cela à l’unanimité l’année dernière, avec Paul Bérenger comme Premier ministre pour les prochains cinq ans. Paul Bérenger lui-même a, à plusieurs reprises, dit qu’il aurait préféré qu’il y ait un partage au niveau des responsabilités du Premier ministre. Mais, pour l’instant, c’est une décision de l’assemblée déléguée. On en a discuté au sein du bureau politique il y a deux mois et on avait renvoyé les débats pour travailler sur la mobilisation du 1er mai. Rien ne presse.

Présenter Paul Bérenger comme Premier ministre, est-ce réaliste ?
Si je ne pensais pas que Paul Bérenger serait le meilleur Premier ministre pour l’île Maurice, je ne serai pas toujours à ses côtés. Je pense qu'il est dommage que les électeurs, en général, n’aient pas donné à Paul Bérenger l’occasion d’être Premier ministre pour une période suffisamment longue. Je suis convaincu que si tel avait été le cas, Maurice aurait été un autre pays aujourd’hui.

Pensez-vous que la population est prête ?
Aujourd’hui, on a trois leaders politiques et deux d'entre eux ont des démêlés avec la justice. Le seul “premierministrable” compétent et qui n’ait jamais fait l’objet d'allégation de corruption, c’est Paul Bérenger.

Est-ce que la foule accueillie par le MMM lors du meeting du 1er mai est suffisante pour dire que le parti remonte la pente ?
Le 1er Mai a été la première sortie publique du MMM depuis la défaite de 2014. On est plus que satisfait de la foule qu’on a pu recueillir à Rose-Hill, malgré le mauvais temps. Mais au-delà du nombre, ce qui nous a fait le plus plaisir, c’est de voir dans la foule de nombreux militants qui nous avaient quittés suite à l’alliance qu’on avait passée avec le Ptr. Notre électorat est revenu et est constitué de toutes les composantes de la population. Cela démontre la confiance que les Mauriciens ont dans le MMM et le ras-le-bol que la population a vis-à-vis de ce gouvernement.

Dans le cas d'un éventuel gouvernement MMM, est-ce cela vous donnerait automatiquement, en tant que porte-parole économique et numéro deux au sein du parti, droit au poste de ministre des Finances ?
Pas forcément, parce que la politique est dynamique. On se souviendra par exemple que notre porte-parole économique au parlement entre 2010 à 2014 était Kee Cheong Lee Kwong Wing et que le président de la commission économique était Vishnu Lutchmeenaraidoo. Et aucun des deux n’avait été présenté comme ministre des Finances aux élections de 2014.

Tout le monde a sa chance alors…
L’attribution des ministères est la prérogative du Premier ministre, qui a toujours été jalousement gardée par tous ceux ayant occupé ce poste.

Seriez-vous prêts à partager ce poste avec le leader si l’occasion se présentait ?
Je n’ai aucune ambition d’être Premier ministre de Maurice. Je serai très content si, demain, je pouvais faire partie d’un cabinet ministériel, mais si ce n'est pas le cas, alors je continuerai à servir mon pays en n’importe quelle capacité.

Vous êtes le porte-parole économique du MMM. En quoi consiste cette responsabilité ?
La commission de l'économie et des finances doit faire des rapports régulièrement au bureau politique sur la situation économique du pays tout en proposant un programme pour les prochaines élections. On a aussi la responsabilité de réagir par rapport aux événements économiques et sociaux. Par exemple, on a fait une conférence de presse pour faire le bilan du gouvernement un an après le budget de l’année dernière. Et on en est arrivé à la conclusion que c’était un catalogue de promesse non tenues.

N'y a-t-il vraiment rien de bon qui a été fait par ce gouvernement ?
Vous savez, quand vous présentez un budget, vous venez avec un plan de travail devant le parlement pour dire “voilà, j’ai tant d’argent et voilà ce que je vais faire pour avoir tels résultats”. Un an après, ce gouvernement n’a pas dépensé ce qu’il devait. Il n’a pas fait ce qu’il avait promis. Il n’y a toujours pas de grands chantiers à Maurice, pas de grands projets d’infrastructures publiques et toujours un gros problème d’eau.

Le Brexit et la politique de Donald Trump pour l’Afrique, qui toucherait donc aussi Maurice, ne jouent-ils pas contre nous ?
Effectivement, il y a des facteurs qu’on contrôle et d'autres qu’on ne contrôle pas. Ainsi, on ne contrôle pas la montée du protectionnisme qu’entraînera le Brexit et Donald Trump, quoiqu'aujourd’hui, ce dernier est beaucoup plus nuancé par rapport à ce qu’il avait dit lors de sa campagne électorale. On sait qu’au niveau international, il n’y a pas que de bonnes nouvelles. Alors qu’est-ce qu’on fait ? On attend ou on réagit ? Ce que je reproche au gouvernement, c’est de ne pas prendre les mesures nécessaires pour diversifier l’économie. Aujourd’hui, Maurice, de par sa position géographique, devrait être la passerelle pour l’Afrique, mais qu’est-ce qu’on fait de concret ? Est-ce que les Mauriciens, notre élite, les étudiants de l’université ou des collèges connaissent l’Afrique ? Est-ce que Maurice se positionne comme une passerelle vers le continent ? Et au-delà de la rhétorique, qu’est ce qui se fait dans la pratique ? On devait ouvrir des bureaux aux quatre coins du continent, est-ce que cela a été fait ?
On ne prend pas avantage du fait d’être membre de la SADC et du COMESA. On aurait pu attirer des investisseurs à Maurice pour faire l’assemblage des ordinateurs ou des téléphones portables pour la réexportation vers les pays africains. Alors qu’on dort sur nos lauriers, d’autres pays nous dépassent. Dans l’Afrique de l’Est, des portes s’ouvrent. Nous essayons de moderniser notre port alors que les pays africains se positionnent avec des ports plus modernes. On a un gros retard. Aujourd’hui, je suis convaincu que ce gouvernement n’a aucune politique par rapport à l’Afrique.
 
Pourquoi, selon vous, ce gouvernement n’a pas cette politique africaine ? D’où vient cette faiblesse ?
Je pense que, malheureusement, on n'a probablement pas les compétences voulues au sein de ce gouvernement et qu'il y a un manque de leadership.

Quel bilan faites-vous des quatre mois passés par Pravind Jugnauth à la tête du gouvernement ?
Pravind Jugnauth me déçoit. Il est jeune et a une majorité confortable à l’assemblée nationale. Je m’attendais donc à mieux de lui. Malheureusement, il s’est entouré de passéistes et de conseillers qui sont impliqués dans des transactions douteuses, voire même des cas de corruption. L'image qu'il projette, c'est de quelqu'un qui est l'otage de son entourage.
 
Dans son entourage, il y a aussi sir Anerood Jugnauth, ex-Premier ministre et actuel ministre mentor...
Tout d’abord, si sir Anerood Jugnauth, en raison de son âge avancé, pense qu'il n'est pas apte à diriger ce gouvernement en tant que Premier ministre, il aurait dû avoir la décence de démissionner du parlement. Il ne le fait pas soit parce qu'il a peur d'une élection partielle au No 7, soit parce que, honnêtement, il pense que son fils n'est pas apte à diriger le pays seul. En tant que mentor, il est là pour conseiller et soutenir son fils. Je n'aurais pas aimé être à la place de Pravind Jugnauth avec la présence constante de sir Anerood Jugnauth, qui lui fait de l'ombre dans son cabinet.

Vous déplorez que le projet de métro n'ait pas été enclenché comme d'autres projets majeurs. Quel est la position du MMM sur ce projet ?
Le MMM n'est pas contre l’idée d’un métro léger. D'ailleurs, entre 2000 et 2005, il y a eu pas mal d'études faites sur la faisabilité de ce projet. Par contre, si le gouvernement, après deux ans et demi, n'a pas été en mesure d'ouvrir le tronçon Terre-Rouge–Verdun, il n'a certainement pas la compétence nécessaire pour implémenter un projet d'une telle envergure. On déplore aussi le fait que, jusqu'à présent, Nando Bodha ait refusé de publier le rapport des consultants singapouriens sur le nouveau tracé du métro express. Il y a une opacité totale entourant ce projet. Il y a des questions sur son coût réel.
 
En quoi la politique économique du MMM diffère-t-elle de celle des autres partis, surtout avec la globalisation ?
Le MMM est passé d’un parti de gauche à un parti de centre gauche. II reconnaît l’importance des investissements et du secteur privé pour générer la croissance mais, en même temps, il reconnaît le rôle social du gouvernement, qui est d'assurer les services publics, tels la santé, l'éducation, les logements sociaux et la redistribution des richesses. Ce qui le diffère fondamentalement des autres, c'est la manière de mettre en œuvre ses projets. Prenons l'exemple de l'éducation : entre 2000 et 2005, sous l'impulsion du MMM, le gouvernement avait créé une trentaine d'écoles parce que pour nous, l'école est importante pour rendre la population autonome, pour que chacun puisse trouver un travail et s'épanouir personnellement. Aussi, le MMM a une discipline de travail, une culture contre le gaspillage. Par exemple, on aurait jamais dépensé Rs 7 millions pour le lancement du métro. Je ne crois pas qu'un gouvernement MMM aurait payé Rs 19 millions au beau-frère d'un ministre pour une affaire en cour.

Le leader du MMM estime que si le gouvernement poursuit dans la direction prise, ce sera au prochain gouvernement de gérer un lourd héritage. Est-ce qu’un éventuel gouvernement MMM est prêt à le faire ?
Le destin du MMM a toujours été d’être dans un gouvernement dans une situation économique difficile. On se souviendra de 1982, alors que le pays était au bord de la banqueroute avec deux dévaluations successives de la roupie. C’est Paul Bérenger, en tant que ministre des Finances, qui a, dans un budget discipliné et rigoureux, redressé la situation économique. En 2000, le gouvernement MMM-MSM avait une nouvelle fois hérité d’une situation économique difficile. Dans l’adversité économique, le MMM a pu redresser le pays et le gouvernement suivant a récolté les investissements faits notamment dans le domaine de l'ICT. Aujourd’hui, l’histoire se répète avec le démantèlement de la BAI, en plus des défis économiques extérieurs. C’est notre destin de venir sauver le pays.

Le Premier ministre présente son budget dans une semaine. Qu’en attendez-vous ?
J’attends surtout un budget finalement de relance pour les PME, pour leur donner les moyens d’investir dans le développement, de créer de l’emploi et de favoriser la croissance, mais j'attends aussi que le gouvernement prenne des mesures pour éradiquer la pauvreté. Beaucoup de promesses ont été faites l’année dernière. Cependant, quand le ministre est venu au parlement pour donner des chiffres, on s'est retrouvé, tout à coup, avec moins de personnes enregistrées sur le registre social. On est passé de 13 000 à 8 000. Alain Wong vient dire qu’il y a 14 000 familles qui ne sont plus éligibles. Pourtant, beaucoup de personnes de ma circonscription vivent dans des situations difficiles mais ne sont pas sur ce registre. Ce n’est pas faute d’avoir essayé mais, à chaque fois, les fonctionnaires leur demandent toutes sortes de papiers, et lorsque ces familles n’arrivent pas à donner les justificatifs, elles se retrouvent exclues du registre.

On parle d’éradication de la pauvreté... N’est-ce pas utopique ?
Il y a deux termes : l'éradication de la pauvreté absolue et la lutte plus générale contre la pauvreté relative. Le gouvernement définit la pauvreté absolue comme un couple avec trois enfants touchant moins de Rs 3 250 par mois. Je pense qu'il est tout à fait possible, et même nécessaire, d'éradiquer la pauvreté absolue, mais ce n'est pas suffisant. Il ne s'agit pas de donner de l'argent aux pauvres : il faut aussi les encadrer, leur donner un logement décent, un emploi, et qu'il y ait un suivi avec les enfants. On ne peut pas vivre dans des ghettos. L'exclusion est une cause majeure de la prévalence des autres fléaux, comme la drogue et la prostitution. La situation a dégénéré au fil des ans et j'espère qu'il y aura une enveloppe importante pour les plus démunis dans le prochain budget.

Si vous étiez ministre des Finances, quelles seraient vos priorités ?
En dehors de nos plages, notre seule ressource naturelle est nos ressources humaines. Pourquoi les Mauriciens doivent-ils quitter le pays pour pouvoir briller ? Quand on entend un ministre dire que la méritocratie et la compétence n'ont jamais été des critères de recrutement pour ce gouvernement, on peut comprendre que les jeunes désespèrent. Personnellement, dans un gouvernement MMM, je donnerai la chance à tous les Mauriciens. La  méritocratie et la compétence avant tout. C'est ainsi que le pays prospérera.

Pendant plusieurs semaines, l’affaire Alvaro a défrayé la chronique. Mais on n’entend plus rien aujourd’hui...
C’est pire. Est-ce que vous savez que ce monsieur est aujourd’hui propriétaire d’une management company dont la licence n’a pas été suspendue, contrairement aux autres licences qu’il détient ? Cela veut dire qu’il a le pouvoir d’immatriculer des compagnies à travers le monde et peut ainsi potentiellement blanchir de l’argent. S’il y a une société qui aurait dû être suspendue, c'est bien Taysun. Cela démontre un manque de sérieux de la FSC. Selon mes renseignements, au mois de février 2017, la FSC a approuvé l'acquisition de cette compagnie par Alvaro Sobrinho. En mars 2017, elle suspend la licence de quatre sociétés, qui sont liées à Sobrinho mais ne suspend pas celle de la management company en question, alors qu'il est clair qu’elle était en présence des informations concernant les démêlés de Sobrinho. Pourquoi la FSC n'a-t-elle pas suspendu cette licence ? Est-ce qu'il y a eu ingérence politique ? J'ai même posé une question parlementaire à ce sujet mais, malheureusement, Pravind Jugnauth a choisi de fermer le parlement pour un mois. Le Premier ministre a dit qu'il allait voir avec l'Inde pour payer les souscripteurs du SCBG...

Les séquelles du démantèlement de la BAI perdurent depuis début 2015. Qu'en pensez-vous ?
Pour moi, il est clair qu'il s'agissait d'un règlement de compte politique. Le gouvernement avait le choix entre sauver le groupe ou le détruire. Il a choisi de le détruire. Une fois la licence révoquée, il a mal géré toute l'affaire. Il s’est mis à démanteler le groupe et à vendre ses actifs séparément avec, pour résultat, qu'il n’a pas eu la valeur réelle de chacune de ses compagnies. Au lieu de gérer ces compagnies et de les vendre à un meilleur prix, on a l’impression que les actifs ont été bradés et des conseillers et des intermédiaires ont bénéficié de gros paiements de commission. Aujourd'hui, le gouvernement se retrouve avec un problème dont il est lui-même entièrement responsable. Le ministre du secteur financier, Sudhir Sesungkur, a dit au parlement que 5 000 personnes n'ont pas été payées et qu'on doit trouver Rs 9 milliards pour le faire. En plus, il faut rembourser Rs 3,5 milliards à la Banque centrale. Il a en outre déjà investi plusieurs milliards de roupies dans la MauBank, qui a fait l'acquisition de la Bramer Bank.
Le gouvernement utilise les fonds publics pour payer sa mauvaise gestion de l’affaire BAI. C'est pourquoi, au niveau du MMM, on a toujours préconisé l'introduction d'une Fiscal responsability Act pour que les gens abusant des biens publics soient redevables. Ce gouvernement ne peut pas hypothéquer le développement économique pour des règlements de compte de basse politique.

Comment voyez-vous le pays dans les 10 à 20 prochaines années ?
Je crois dans ce pays et dans les Mauriciens. On est une nation débrouillarde. Ce qu'il nous faut, c'est tout simplement que le gouvernement donne les conditions propices à l'épanouissement des Mauriciens. Il doit croire dans sa population et lui donner les moyens de créer de la nouvelle richesse. On a perdu beaucoup de temps. Les autres pays ne dorment pas sur leurs lauriers. On a vu comment Singapour est devenu aujourd'hui un concurrent direct de Maurice pour les investissements vers l'Inde. Demain, un autre pays sera un compétiteur direct de Maurice pour les investissements en Afrique. Ne pas prendre des décisions équivaut à faire reculer le pays. Ce n'est pas une coïncidence que Maurice ait perdu 17 places dans le classement « Ease of doing business » de la Banque mondiale.