Le concours proposé par Scope à ses lecteurs pour cette fin d’année nous a permis cette belle rencontre. Employée de banque, Roobeena Motay, 26 ans, est une jeune femme bien de son temps. Dynamique, coquette, se décrivant comme une party animal, notre gagnante porte aussi un regard aiguisé sur la société. L’émancipation des femmes la préoccupe, tout comme le bien-être des enfants défavorisés, auprès de qui elle a été engagée à un moment. Attachée aux valeurs héritées de sa famille, Roobeena retient le positif pour avancer dans une vie qu’elle espère complète afin de faire la fierté de ses parents.

Relookée et maquillée par Dominique Raya, de Raya Cosmetics, coiffée par Jennifer Teckson et habillée par Mashooda Cassim, elle a joué le jeu pour faire notre couverture de cette semaine.

Pour l’occasion, elle sera en saumoné. Ce sera vraiment exceptionnel, cette couleur n’étant pas vraiment sa préférée. Mais l’idée d’une robe chic relevée par des broderies turquoise et roses et des perles ne lui déplaît pas. Dominique Raya a pris les dispositions pour la transformer en Barbie girl, le temps d’un relooking et d’une séance photo. Disposée à jouer le jeu, la banquière de 26 ans se laisse faire, attentive aux conseils qui lui sont donnés par la responsable de Raya Cosmetics en matière de soins de peau et de maquillage.

Elle s’y connaît aussi. Coquette à souhait, elle se moque un peu d’elle-même quand elle nous concède que son entourage tend parfois à lui reprocher de trop en faire. Elle est du genre à attirer les regards sur son passage. Mais elle n’en demeure pas moins une femme bien de son temps à la personnalité affirmée. “Une boule d’énergie toujours motivée”, à la tête solidement ancrée sur les épaules pour toujours avancer.

La liberté d’être.
Les présentations faites alors que Jennifer Teckson s’occupe de sa coiffure, Roobeena Motay fixe les règles de la conversation : “Me vouvoyer ? Moi ?” Ce ne sera pas à nous de trouver une parade pour briser la glace. Pour cette “Beaubassinoise de pure souche”, le contact humain est aussi vital que l’air. “J’aime discuter et faire de nouvelles rencontres”, confie-t-elle. Se décrivant comme une party animal, elle sort régulièrement dans les endroits branchés et sa présence est souvent sollicitée par ceux qui lui sont proches.
Parallèlement, les liens avec la famille demeurent forts pour cette cadette d’une famille de trois enfants. “Me retrouver autour d’une table avec mes parents, mon frère et ma sœur à discuter, boire, manger et rire est la plus belle chose qui puisse m’arriver”, répond-elle lorsqu’elle est interrogée sur ses meilleurs souvenirs. Il ne fallait vraiment pas aller chercher plus loin. En ce moment, elle se prépare pour le retour de sa sœur, qui rentre au pays pour des vacances. Elle parle régulièrement de sa mère, qui leur a inculqué les valeurs de la vie, la patience et le goût de l’effort pour avancer, même face à l’adversité.

“Ma mère nous a montré qu’il ne faut jamais baisser les bras et qu’il faut toujours sourire à la vie, même si certains épisodes sont parfois tristes.” Roobeena ajoute : “Elle a veillé à ce qu’il n’y ait pas de barrière ou de restriction pour encourager notre épanouissement et nous a encouragés à voir où sont les limites à ne pas franchir pour que nous vivions bien.” C’est aussi de sa mère qu’elle a hérité un esprit libre et indépendant. Ce n’est pas demain la veille que quiconque lui imposera ses choix ou son mode de vie.

La métamorphose d’un garçon manqué.
Roobeena Motay est fière de son image et se montre méticuleuse quand il s’agit de se présenter. Féminine jusqu’au bout de ses orteils colorés à deux tons, elle raconte que la girly attitude ne l’a pas toujours habitée. Durant son enfance, elle était le garçon manqué de service. Cheveux courts, toujours prête pour les folles aventures d’enfant turbulent. Les choses finiront par changer durant son adolescence. À la fin de ses années d’études au collège Bon et Perpétuel Secours (BPS) de Beau Bassin, la métamorphose commence et la nouvelle personnalité finit par s’imposer.

Mais il ne faut pas se tromper. Alors qu’elle s’affirme dans toute sa féminité, Roobeena Motay s’oppose farouchement aux clichés. Surtout quand il s’agit d’empiéter sur les droits des femmes au nom de pratiques désuètes qui encouragent les disparités. “Nous sommes en 2017 et les choses ont évolué. Mais il faut reconnaître que la femme reste toujours en deuxième position, même si on parle d’émancipation. Il y a encore une différence qui persiste entre les hommes et les femmes. On juge toujours une femme à son apparence. Sa manière de s’habiller lui attire des critiques et des remarques. Les mentalités machistes sont très présentes. Ce qui explique que la violence physique et psychologique à l’égard des femmes est toujours là. Ceux qui en sont coupables ne réalisent pas les dégâts qu’ils causent et toute la souffrance qu’engendrent leurs actes.”

Changer le présent pour l’avenir.
Si vous voulez lui faire faire la grimace, parlez-lui de politique. Non, Roobeena Motay ne mange pas de ce pain-là. Trop rassis à son goût. Et c’est précisément parce que les affaires du pays l’intéressent qu’elle semble avoir fait ce choix. La pauvreté et les conditions difficiles des enfants dans le besoin l’interpellent. Si les moyens lui étaient donnés, elle créerait une structure d’encadrement à l’intention de ces derniers. Elle se serait basée sur les expériences acquises à l’époque où elle aidait à l’école complémentaire pour réaliser ce projet. Notre invitée a aussi été engagée dans des ONG militant pour les droits humains et pour la préservation des cultures ancestrales.

Ces temps-ci, le problème des drogues synthétiques l’interpelle. Roobeena Motay estime que les autorités doivent agir pour protéger les jeunes. Elle pense aussi que ceux de sa génération doivent faire cause commune pour améliorer les choses dans le pays. L’unité et la solidarité sont des valeurs à mettre en avant pour vaincre les maux qui nous rongent. Le travail doit se faire dès maintenant pour que ceux de sa génération puissent ressentir un assainissement plus tard.

 Mo kontan Moris.
Son intérêt pour le pays est réel. Notre invitée a fait le choix de poursuivre sa route ici. “Mo kontan res dan Moris.” Elle avait le choix de rejoindre sa sœur ailleurs. “Mais je préfère rester. Nous avons un beau pays, de belles plages, un temps clément. Nous vivons aussi dans une certaine harmonie et nous côtoyons plusieurs cultures.”

Si on la complimente pour son poulet au miel, elle craque facilement pour la cuisine mauricienne dans toute sa saveur, surtout que si c’est sa mère qui s’est mise aux fourneaux. Côté musique, le séga, la pop, le RnB et tous les genres se mélangent sur sa playlist. En ce moment, un son revient en boucle : Leve de Jason Heerah et Laura Beg. Roobeena Motay avoue avoir une admiration pour le sens de créativité du chanteur/batteur, qu’elle espère voir en live un jour.

Si le choix lui était donné de recevoir une personnalité du pays pour prendre le thé chez elle, elle inviterait Jason Heerah. Ou peut-être Stephan Buckland, un athlète qui a fait flotter haut le quadricolore, mais qui reste hélas hors de la scène depuis qu’il n’est plus en piste.

Vivre.
Ça y est, on a fait le tour. L’expérience de relooking et la séance de photos vécues dans la boutique de Raya Cosmetics à Trou aux Biches lui resteront longtemps en mémoire, dit-elle. Sensible à l’approche de Dominique Raya à son égard, elle espère que la rencontre aura été le début d’une longue relation. Roobeena Motay raconte qu’elle s’était inscrite au concours proposé par Scope “sans trop y croire. Surtout que je suis du genre à ne jamais rien gagner”. Cette fois, le sort en a décidé autrement.

Aujourd’hui, quand le magazine sortira avec sa photo en couverture, quelque chose changera dans sa vie. Mais elle reste fixée vers ses objectifs, espérant profiter de chaque instant qui lui est accordé pour vivre d’autres expériences, dans l’espoir de faire la fierté de ses parents.