STEPHAN TOUSSAINT, ministre de la Jeunesse et des Sports : « Préparer l’après-2019 »

Nommé au poste de ministre de la Jeunesse et des Sports depuis le 23 janvier dernier, Stephan Toussaint s'est mis au travail dès sa prise de fonction, effectuant des constats, retravaillant sur les bases déjà jetées par son prédécesseur. Pourtant, il sait que le sport mauricien représente un grand chantier, avec l'organisation des JIOI en 2019. Par ailleurs, les indicateurs, comme dans le cas du football, ne sont pas au vert, avec l'élimination du Club M dès la phase préliminaire de la CAN. Stephan Toussaint veut croire en des lendemains meilleurs pour la sélection nationale. Tout comme il souhaite que les JIOI 2019 servent de tremplin pour les JO 2020 à Tokyo.

Stephane Toussaint, vous avez été nommé ministre au début de l'année. Quel est votre première évaluation en prenant les commandes du ministère de la Jeunesse et des Sports ?
Comme je l'ai dit précédemment, il y a eu de bonnes bases qui ont été jetées par mon ami et prédécesseur Yogida Sawmynaden. Parmi lesquelles ont retrouve la Sports Act. C'est pour moi un plaisir de reprendre là où il l'avait laissée, car j'avais participé aux débats autour de la nouvelle loi.

Vous êtes entré très vite dans le bain à vous entendre...
Oui. Dès le premier jour. Il fallait y mettre bon ordre. Et il reste encore du chemin à parcourir.

Est-ce difficile de partir sur les bases établies par la nouvelle loi ?
Pas du tout ! Cela n'a pas été difficile parce que, d'une certaine façon, j'étais au courant de ce qui se passait. Je fais partie de ce gouvernement, donc, je savais à quoi m'attendre.

Et votre touche personnelle dans tout ça ?
Oui, je construis sur les bases qui ont été mises en place. Mais je compte apporter ma touche personnelle au fur et à mesure.

La nouvelle loi a été implémentée en janvier. Quelles sont les difficultés rencontrées à partir de la mise en application de cette version de la Sports Act ?
Le plus gros défi auquel nous ayons eu à faire face reste ces quelques fédérations qui se sont retrouvées en difficulté, qui ont besoin de se remettre en question et par la suite de se reconstruire en respectant la ligne directrice de la Sports Act.

Vous parlez de fédérations en difficulté. Peut-on savoir lesquelles ?
Déjà, il y a le cas du judo, qui est désormais géré par le caretaker comittee. Le football, par exemple, est régi par les lois de la FIFA. J'ai donc nommé un officier du MJS qui travaille avec la MFA pour voir comment respecter le cadre de la Sports Act et les règlements de la FIFA.

Vous parlez du football. Justement, Maurice ne participera pas aux éliminatoires de la CAN 2019. Est-ce la goutte d'eau qui fait déborder le vase ?
Je dois dire que j'ai vu un football amélioré de la part des Mauriciens. Il y a toutefois une information que le public doit savoir...

Laquelle ?
La plupart des joueurs comoriens évoluent dans des équipes françaises ! Il n'y a qu'une petite minorité qui évolue dans la ligue comorienne. Et cela a été un avantage extraordinaire pour eux.

Le Club M n'est pourtant pas dépourvu de moyens...
C'est sûr. Tout comme c'est sûr qu'il faut construire et qu'il faut améliorer beaucoup de choses. Nous avons des échéances très importantes, dont les JIOI 2019. Mais il ne s'agit pas uniquement du football.

C'est-à-dire ?
Je suis en contact permanent avec les représentants des disciplines concernées par les Jeux de 2019. Je compte mettre tout en œuvre pour que chaque discipline qui sera aux JIOI se prépare afin de produire des résultats.

Pour le football, le chantier semble encore plus important. Vous avez vous-même fait de la médaille d'or une priorité...
Pour le football, il faut s'asseoir autour d'une table, avec tous les partenaires concernés, pour définir une stratégie qui fera progresser le football et, éventuellement, gagner l'or aux JIOI.

Vous semblez convaincu que l'or est à la portée du Club M. Qu'est-ce qui vous renforce dans vos certitudes ?
Oui, je suis confiant, même très confiant que nous pourrons décrocher l’or aux JIOI. Comme vous le dites, avec les facilités, avec les joueurs de qualité que nous avons, nous avons vu une équipe qui a joué au football. Ensuite, il y a des personnes de bonne volonté qui m’ont appelé, qui ont proposé de soutenir la sélection.

Dans quelle optique ont-elles proposé leur aide ?
Ces gens connaissent le football, ils veulent aider. Je ne sais pas pour les Seychelles ou Madagascar. Mais à Maurice, c’est une tradition de gagner les Jeux et avec la cerise sur le gâteau, soit remporter l’or au tournoi de football.

Vous avez parlé des expatriés comoriens. Maurice ne dispose pas de cette diaspora. Nous ne pouvons que nous appuyer sur une meilleure formation. Est-elle remise en perspective ?
Ma réponse risque de me faire accuser de faire de la politique, alors que je n’aime pas mélanger sport et politique. Mais je suis tout à fait d’accord. D’abord, parce que le football était léthargique. Rendez-vous compte : personne dans les stades. Si on avait assuré un suivi de la formation au cours des dix dernières années, on serait loin aujourd’hui. Depuis 2014, nous nous attelons à la reconstruction.

Vous parlez des supporters au stade. Or, le Club M n’arrive pas à mobiliser ses partisans. Seulement trois équipes du championnat remplissent les gradins. Qu’est-ce qui explique, selon vous, cette absence de sens d’appartenance ?
Il faut d’abord un travail de recherche pour identifier ce qui fait que les gens ne s’identifient pas à une équipe. Mais je suis encore une fois d’accord avec vos propos. Mais en même temps, ce qui m’intéresse, c’est ce qui pourrait être fait pour améliorer les choses. Par exemple, demander aux dirigeants des équipes de Port-Louis quelle stratégie ils ont adoptée. Je sais que c’est la proximité des joueurs, des dirigeants, du public, des conseillers de la ville et du lord-maire qui aide beaucoup. Je dois le saluer pour ces efforts consentis.

Est-ce à dire que le concept même de la régionalisation a échoué ?
Qui suis-je pour juger du succès ou de l’échec d’un concept ? Échec est un grand mot. Mais je vous accorde qu’il faudra revoir certaines choses avec tous les partenaires. À Maurice, c’est la MFA qui est chargée d’organiser les activités liées au football. Il faut un brainstorming. Ma porte est ouverte.

N’avez-vous pas peur de voir brandir la pancarte de l’ingérence ?
Pas du tout ! Il ne s’agit pas d’ingérence. S’il faut que je m’implique personnellement, je le ferai.

Pourtant, après trois ans, la professionnalisation devrait commencer à produire des résultats...
Quand on voit ce que l'ASPL 2000 a fait au cours de ses deux matches à domicile en Ligue des Champions d'Afrique, et même la performance du Pamplemousses SC en Coupe de la CAF, on ne peut que se dire que les choses vont dans la bonne direction. Il y a certes encore beaucoup de travail à abattre. Dans une certaine mesure, oui, la professionnalisation commence à porter ses fruits.

Nous approchons des JIOI 2019. Doit-on voir ces Jeux comme un Graal ?
Non ! En fait, à chaque intervention, je fais ressortir qu’il faut préparer les JO 2020. Entre aujourd'hui et 2019, il y a des compétitions où les Mauriciens sont alignés. Tout cela mène vers l'après 2019. Les prochains JIOI doivent servir de tremplin pour les JO de Tokyo.

Vous vous retrouvez avec l'organisation des prochains JIOI après votre collègue Yogida Sawmynaden. Quelle sera votre stratégie autour des prochains Jeux ?
Je vous parlais au début de bases qui ont déjà été jetées, tout en apportant ma touche à moi. Il faut savoir que le Coji (Comité d’organisation des Jeux des îles) a déjà été formé et a déjà abattu un travail très important. Maintenant, en tant que nouveau ministre des Sports, je continue dans la même lignée, tout en apportant ma touche et mes idées.

Le Coji n'a plus de CEO après la démission de Georges Chung et vous avez fait appel à un patriote volontaire. Est-ce que cela ne jouera pas dans la nomination du prochain patron du Coji ?
Georges Chung, en bon gentleman, est venu me voir à ma nomination et m'a signifié son intention de partir. Il comprend qu'un ministre vient avec ses idées. M. Chung a fait ce travail volontairement, sans aucune rémunération. Maintenant, pour recruter un nouveau CEO pour le Coji, il faut que ce soit quelqu'un qui connaisse le sport, même s'il n'en a pas fait. Après, si la personne qui reprendra le Coji nous demande une rémunération, on le comprendra parfaitement. Je lance donc l'appel pour ceux intéressés.

Que reste-t-il à faire en termes d'infrastructures et de préparation en amont des JIOI 2019 ?
Le projet le plus ambitieux reste le complexe sportif de Côte d'Or, qui comprendra la natation et le gymnase. C'est en très bonne voie. Les préparatifs seront finalisés très vite par une équipe chinoise qui a établi un constat. Je peux dire que nous serons dans les temps. Nous attendons, dans la foulée, les rénovations des infrastructures existantes.

Dans bien des cas, les sportifs n'arrivent pas à se reconvertir une fois leur heure de gloire passée. Avez-vous défini un plan pour les encadrer à la fin de leur carrière ?
Au niveau du MJS, j'ai demandé à mon arrivée à lancer une National Policy on Sports. Cet item prendra en considération les grandes lignes du sport mauricien, par rapport à l'entraînement, la formation, l'accompagnement et l'après-carrière des athlètes.

Deux athlètes, et pas des moindres, Bruno Julie et Arnaud Casquette, ont connu bien des déboires. Dans le cas de Bruno Julie, trouvez-vous normal qu'il attende plus de cinq ans pour être enfin reconnu ?
Je suis vraiment triste pour Arnaud Casquette. Quant à Bruno Julie, je ne trouve pas évident qu'il se batte contre le système pour être reconnu. Avec du recul, le gouvernement actuel n'était pas là. J'ai rencontré Bruno Julie récemment et j'ai pu constater qu'il avait des idées et qu'il veut les développer.

Vous avez évoqué le cas du judo. Vous avez réglé la question rapidement...
Oui. J'ai effectué une visite surprise au dojo de Grande Rivière. Et je n'ai pas été satisfait de ce que j'ai vu. J'ai donné les directives nécessaires pour que cela s'arrange. Ce n'est pas normal que des athlètes préparent une compétition aussi importante que des championnats d'Afrique dans de mauvaises conditions.

Le mot de la fin ?
Depuis ma prise de fonction, j'ai répété que la porte de mon bureau est ouverte à tous, qu'ils soient entraîneurs, athlètes ou dirigeants. C'est le rôle du MJS d'être à l'écoute, de faciliter la vie des acteurs du monde sportif. J'ai par ailleurs un souhait. Que tout le monde travaille dans l'optique de faire de l'édition de 2019 des JIOI inoubliables pour cette génération qui y sera.