Quand il décolle à l’aide de sa voile, tous les regards se fixent sur lui, son corps de rêve et son regard d’un vert aussi intense que la mer sur laquelle il surfe. Terry Lamarque, 30 ans, porte plusieurs casquettes : mannequin, instructeur et champion de kitesurf. Son parcours se raconte entre Le Morne et La Gaulette, entre les eaux, les airs et les catwalks.

Le char du soleil du dieu grec Hélios emporte les dernières lueurs de ce jeudi. Avant que la pénombre ne s’installe sur la plage du Morne, un halo de lumière se faufile entre les filaos et illumine Terry Lamarque. Vêtu d’un jean, cet Apollon du kitesurf enfile les bottes rattachées à sa lourde planche et, d’une force herculéenne, bondit dans les airs. Comme porté par les sandales ailées d’Hermès, messager des dieux, Terry Lamarque surfe sur les monts en arrière-plan. En apesanteur, il prend la pose et démontre toute son expérience dans le mannequinat. Clic, c’est dans la boîte !

𝐓𝐞𝐫𝐫𝐲 𝐋𝐚𝐦𝐚𝐫𝐪𝐮𝐞 𝐞𝐧 𝐚𝐩𝐞𝐬𝐚𝐧𝐭𝐞𝐮𝐫

𝕿𝖊𝖗𝖗𝖞 𝕷𝖆𝖒𝖆𝖗𝖖𝖚𝖊 𝖊𝖓 𝖆𝖕𝖊𝖘𝖆𝖓𝖙𝖊𝖚𝖗Quand il décolle à l’aide de sa voile, tous les regards se fixent sur lui, son corps de rêve et son regard d’un vert aussi intense que la mer sur laquelle il surfe. Terry Lamarque, 30 ans, porte plusieurs casquettes : mannequin, instructeur et champion de kitesurf. Son parcours se raconte entre Le Morne et La Gaulette, entre les eaux, les airs et les catwalks.À 𝐝é𝐜𝐨𝐮𝐯𝐫𝐢𝐫 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐥𝐞 𝐦𝐚𝐠𝐚𝐳𝐢𝐧𝐞 𝐝𝐞 𝐜𝐞𝐭𝐭𝐞 𝐬𝐞𝐦𝐚𝐢𝐧𝐞 !

Posted by SCOPE – magazine on Thursday, July 12, 2018

La découverte du kite.

“Kave Rodrige !”, lance le serveur à Terry Lamarque qui, attablé au restaurant Enso, lui rétorque : “Akot nou ale taler ?” La nouvelle de sa victoire dans la catégorie Overall au Festival international de Kitesurf de Rodrigues, tenu fin juin, a parcouru La Gaulette et ses environs, où Terry Lamarque a grandi.
Le fils suit les traces du père. Turenne Lamarque était “un skieur professionnel et un champion de ski nautique barefoot”, confie Terry Lamarque, en sirotant une boisson énergisante en cette nuit fraîche. “Je voulais être un champion pour mon père parce qu’il était lui-même un champion mais n’avait pu le prouver.”

Son dévolu se porte cependant sur le kitesurf. S’essayant au ski nautique à l’âge de 12 ans, Terry Lamarque n’y adhère pas en raison du nombre important d’équipements. “J’étais aussi trop gros”, relate celui qui, une heure plus tôt, révélait ses abdos sculptés dans du marbre. Le jeune Terry imagine en ce temps une planche tirée par un cerf-volant. Ce n’est que bien des années plus tard qu’il découvre l’existence du kitesurf.

La première expérience a lieu en 2010. Employé comme skipper dans une boat house, il a l’occasion de s’essayer au kitesurf, que l’on apprend aux touristes. La première session se déroule sur le sable, pour apprendre le maniement de la voile. C’est le déclic. “Mo ti mari bon dan pilotaz”, confie Terry Lamarque qui, une semaine plus tard, achète des équipements d’occasion. Sa progression est fulgurante : il parvient à remonter le vent seulement un mois après. Le moindre conseil lui permet de s’améliorer. Trois ans plus tard, Terry Lamarque entame sa carrière comme instructeur de kitesurf.

Rebel de la liberté.

“J’aime cette sensation de freedom”, explique Terry Lamarque en parlant du sentiment ressenti lorsqu’il va à la conquête de l’eau et des cieux. À 30 ans, la liberté a toujours guidé ses mouvements. Enfant rebelle, il choisit de suivre ses cousins, natifs de Rivière Noire, auprès desquels il apprend le kreol à 6 ans. “Dan zenes mo ti mari rebel kont tou bann reg”, se rappelle-t-il. “Kan bann-la dir koumsa : “to enn blan”, mwa mo dir non, mo enn blan an kouyonad” , lance-t-il en riant. Entre la mer et les montagnes qui subliment la région, Terry Lamarque développe sa propre personnalité. “Je préfère être avec mes cousins. Avec les blancs… nous n’avons pas la même culture. Je ne m’identifie pas à eux. Mo pa pou al lasas, mwa !”

Une succulente pizza trône au milieu de la table. Le parfum du thon frais s’élève et titille les narines. Terry Lamarque n’y prête pas attention. Après l’interview, direction la gym. Le léger rhume attrapé en ce changement de saison n’atténue en rien sa motivation, acquise à un très jeune âge. “J’ai suivi un régime à l’âge de treize ans à cause d’une fille. Je l’ai regardée discuter avec d’autres gars et me suis demandé ce qu’ils avaient de plus que moi. Ils n’étaient pas gros; moi, j’étais potelé. J’ai fait un régime, je suis allé à la gym et j’ai pu sortir avec elle. Mais je l’ai quittée par la suite parce qu’elle avait grossi.”

Jusqu’à ses 23 ans, ses entraînements se déroulent la plupart du temps à la maison. Puis, ce seront quatre années sans, avant qu’il ne reprenne de plus belle vers 28 ans. Terry Lamarque cumule alors jusqu’à trois heures de gym par jour. L’intensité des entraînements n’apporte pas les résultats escomptés : il maigrit trop et se retrouve constamment fatigué.

Mannequinat.

Le 1er juin 2017, Terry Lamarque soumet sa candidature à un concours de beauté et est sélectionné. Son amie Irina Novozheeva l’encourage à tenter sa chance, lui qui “pa ti anvi ale”. Le mannequinat, il connaissait un peu pour avoir travaillé auparavant avec une agence, mais “ce n’était pas du sérieux”. À ce concours, Terry Lamarque accumule de l’expérience et, surtout, commence à se faire un nom.

C’est toutefois suite à sa participation à Mr Eco International Mauritius, au début de cette année, qu’il commence à être connu. Les coaches Jerry Nayna et Manav Heerooa lui montrent comment mieux s’habiller. Claudia Morris lui partage notamment des astuces diététiques pour prendre du muscle et perdre du gras, tout en ayant de l’énergie. La fondatrice de Raya Cosmétiques, Dominique Raya, qui agit comme l’une des coaches de la compétition, lui apprend l’importance du maquillage et comment en appliquer lui-même. “Elle m’a aussi expliqué comment me faire remarquer en public et m’a inculqué plus de savoir-vivre.” Grâce à ses astuces, Terry Lamarque est finaliste de la compétition.

La mer visible de la terrasse donne vie aux étoiles, qui scintillent et valsent paisiblement à sa surface. Ces eaux ont failli emporter Terry Lamarque en 2010 quand, déchaînées, elles ont fait chavirer son bateau. Il se souvient encore de l’incident qui lui coûta son emploi à la boat house. Malgré le drapeau rouge signifiant l’interdiction formelle de naviguer, Terry Lamarque prend un bateau pour tenter de secourir des kitesurfeurs en difficulté dans l’eau. “On aurait dû être deux – un pour tenir la barre et l’autre pour aider ceux en difficulté. Mais j’y suis allé seul.” Il est incapable de tenir la barre. Les fils du kite s’emmêlent à l’hélice du bateau qui, à la merci d’une mer démontée, chavire. “J’ai juste eu le temps d’attraper un gilet de sauvetage avant d’être projeté à l’eau.”

“Pourvu que rien n’arrête le voyage”.

Terry lutte dans l’eau durant deux heures. “J’ai commencé à prier et je me suis mis à crier, à hurler. C’est là qu’on m’a retrouvé. Le skipper qui m’a sauvé m’a dit qu’il aurait navigué dans l’autre sens s’il n’avait pas entendu mes cris.” Après avoir été remercié de la boat house, “on m’a proposé du travail sur un bateau de sécurité”.
La sécurité se révèle primordiale en kitesurf. L’une des premières leçons inculquées : détacher son harnais de la voile pour éviter d’être emporté contre son gré par le vent. L’année dernière, Terry Lamarque se retrouve témoin d’un grave accident de kite qui coûte la vie à un touriste. Ce dernier, élève d’un moniteur étranger, a été traîné la tête dans l’eau sur plusieurs centaines de mètres. Après l’accident, “le moniteur s’est enfui et a quitté le pays le lendemain sans être inquiété”, raconte Terry Lamarque, qui fulmine contre “bann instrikter maron”.

Pour l’avenir du kitesurf, il espère que la discipline fera partie des épreuves des Jeux Olympiques. Entre-temps, Terry Lamarque se prépare pour la sélection, en août, en vue des Jeux des Îles. Une première pour le kitesurf. Peut-être se retrouvera-t-il une nouvelle fois sur le podium, pour lequel il s’entraîne sans relâche. “Je suis aussi des cours pour être Personal trainer”, confie-t-il.

Entre mannequinat et kitesurf, comme le chante Calogero dans En apesanteur, “pourvu que rien n’arrête le voyage”.