Ce n’est pas ici que nous allons faire semblant de découvrir que l’arbre Maurice, du haut de ses cinquante ans, est pourri de la base au sommet. La raison en est très simple, c’est que les protagonistes de toutes les affaires qui remontent à la surface sont inextricablement liés entre eux. Ils sont tous coupables. A commencer par le Premier ministre, que certains veulent présenter sous un nouveau jour. Il n’y a qu’à voir les récentes nominations pour se convaincre du contraire.

Pravind Jugnauth n’aurait pas été fait Premier ministre après une annonce de Sir Anerood Jugnauth à la télévision le 21 janvier 2017, si Ameena Gurib- Fakim n’avait pas accepté de voir ses prérogatives piétinées et ses pouvoirs usurpés. Oui, c’est bien lui qu’elle était obligée de nommer, mais elle n’a pas su faire respecter ses obligations constitutionnelles, ni n’a-t-elle su au moins sauver les apparences.

Mais comme elle pense tout devoir à ceux qui l’ont nommée, madame n’a jamais montré qu’elle était à la hauteur de ce qui est attendu d’une présidente de la République, à part se faire le porte-voix du gouvernement. En trois ans de présidence, on n’a jamais eu droit à une réflexion en profondeur sur les grands maux de la société mauricienne et aux remèdes qu’il faut pour que le pays s’améliore aux points de vue politique, économique et social.

En fait, il y avait quelque chose de déjà vicié dans sa nomination. D’appât de campagne électorale, Ameena Gurib-Fakim était devenue le symbole d’une communauté. Il faut revenir à 2015. Le gouvernement Lepep est confronté aux terribles séquelles du démantèlement de la British Amercan Investment et il doit organiser des municipales. Elles sont fixées au 14 juin 2015.

Gros problème. Comment gagner la confiance d’un certain électorat des villes très remonté des méthodes utilisées par les autorités pour traquer les membres de la famille Rawat ? Demander à Kailash Purryag de partir pour faire de la place à Ameena Gurib-Fakim. Elle prête serment le 5 juin 2015. Même si ce scrutin est boudé, Lepep est suffisamment encore en état de grâce pour le remporter dans les cinq villes.

A l’enthousiasme qui néanmoins accompagne la nomination de la scien- tifique, malgré son instrumentalisation manifeste, suit rapidement une énorme déception. Madame développe vite le goût des voyages. Tant et si bien que, lors de la présentation d’un budget supplémentaire en 2016, il est constaté qu’un des postes à avoir explosé est justement les déplacements de la chef de l’Etat.

Puis démarrera la saga Alvaro Sobrinho/Planet Earth Institute. C’est en février 2017 que Week-End révèle qu’un investisseur douteux, et qui est au coeur d’une énorme fraude bancaire au Portugal, avait été, le 25 novembre 2016, le tout premier heureux bénéficiaire d’un nouveau produit, la Investment Banking Licence. La banque de Maurice ayant clairement fait comprendre à l’ami d’Ameena Gurib-Fakim, lors d’un dîner à la State House, qu’il était hors de question de lui octroyer une licence bancaire.

Nous précisions alors que cela avait été rendu possible par un amende- ment apporté à la loi par le ministre des Finances Pravind Jugnauth retirant certains pouvoirs entre les mains du gouverneur de la Banque de Maurice pour les mettre sous la responsabilité de la Financial Services Commission. C’est Dev Manraj qui, tout en étant le Financial Secretary, assurait aussi la présidence de la FSC. Les événements paraissent suffisamment troubles pour que, dès cette époque, l’opposition en choeur, PMSD, MMM et PTr, sauf Roshi Bhadain, réclament le départ de la présidente.

Au fil de nos propres enquêtes et celles de nos confrères, on découvrira le degré d’intimité entre Alvaro Sobrinho et Ameena Gurib-Fakim à travers le Planet Earth Institute. On sait que c’est le conseiller de Roshi Bhdaian, Akilesh Deerpalsingh, alors aussi vice-président de la FSC, qui fait le lien entre la présidence et le régulateur pour que la licence soit délivrée à Sobrinho dans le meilleur délai. L’affaire prend une tournure décisive lorsque ce n’est nul autre que Dhiren Dabee, également de la FSC, qui réclame une enquête sur l’usage de faux pour obtenir la licence. Enquête qui a abouti à l’inculpation d’un des collaborateurs de Sobrinho.

Ce sera dès lors la spirale des révélations. Dans la presse, comme à l’As- semblée nationale. Qu’à cela ne tienne, Ivan Collendavelloo, qui a regardé Alvaro Sobrinho droit dans les yeux, assure à la nation que l’ami de sa présidente est un investisseur crédible. Sauf qu’on apprend en même temps que l’investisseur s’est montré particulièrement généreux avec la présidente, qu’il était devenu un intime au secrétaire de la State House, Dass Appadoo, qui avait même approché en trente et une occasions le PMO pour que l’Angolais puisse bénéficier de l’utilisation de l’aéroport lors de ces déplacements.

Et, entre autres informations remontant à la surface, il y a l’affaire des berlines offertes à ses soutiens, parmi lesquels Dass Appadoo qui avait même choisi sa plaque personnalisée avant de prendre un congé sans solde de la fonction publique pour aller s’occuper de la compagnie immobilière de Sobrinho, Vango Property. Il est ensuite revenu tranquillement à son poste auprès d’un ministre du Muvman Liberater, Eddy Boissézon.

Les acquisitions immobilières sont un autre mystère sur lequel le gouver- nement ne veut pas faire la lumière. S’il a été confirmé qu’il est personnelle- ment devenu acquéreur d’une villa au coût de Rs 45 millions, la rumeur veut que, suite à une virée à Royal Park en compagnie du démarcheur Bernard Maigrot — accessoirement un ancien client de l’avocat Ivan Collendeveloo dans l’affaire Vanessa Lagesse — sa compagnie aurait acheté plus d’une centaine d’unités au sein de ce complexe.

Quiconque, au bout du rappel de cette triste saga qui a connu un dernier épisode avec la carte Platinum, peut en seul instant penser qu’au sommet de l’Etat et du gouvernent il y a certains plus responsables et d’autres, moins coupables. Comme le dit si bien la publicité de L’Oréal, ils se valent bien tous autant qu’ils sont.