La question est sur toutes les lèvres : avec toutes ces saisies de drogues qui défraient la chronique, combien de consommateurs y a-t-il donc à Maurice, actuellement ? Quel nombre de Mauriciens est devenu accro des produits ? Combien d’héroïnomanes, de cocaïnomanes, et d’autres dépendants de substances, dont l’ecstasy et le haschisch compte l’île ?

Ces interrogations s’inscrivent dans la logique des récentes saisies, dont celle, record, du 7 juin, à Madagascar, impliquant trois Mauriciens, en sus des étrangers. Sans oublier l’autre saisie record, en matière d’héroïne spécifiquement, celle-là, et qui remonte à novembre 2016, à l’île de la Réunion. Ces questions restent sans réponse, dans l’absence de données concrètes, mais invitent à la réflexion, voire très certainement l’élaboration d’une étude détaillée et approfondie. De sorte que l’on sache où nous en sommes réellement. Les enquêtes policières détermineront, on l’espère, qui sont les commanditaires de tous ces cargos qui font l’objet des saisies. Mais il convient tout aussi bien de savoir qui sont les consommateurs de ces produits. Car autrement, dans quelque temps, nous pourrions nous retrouver avec une société gravement malade, car accro, sur les bras ! Et cela entraîne, on le sait, des coûts sociaux et économiques importants, car le gouvernement en place à ce moment aura à investir massivement dans les soins pour ces citoyens qui traîneront des pathologies multiples, autant qu’onéreuses.

Comment et pourquoi est-ce qu’autant de drogues se retrouvent sur la petite surface qu’est notre île ? Maurice estelle devenue le paradis des camés ? À égrener les détails des saisies on y trouve plus que les substances prohibées dites régulières : gandia et héroïne de mauvaise qualité, baptisée Brown sugar. Et voilà qu’en moins d’une semaine, de la cathinone synthétique (2.6 kilos d’une valeur de Rs 39 millions) et de la méthamphétamine (crystal meth, 4.8 kilos d’une valeur de Rs 38,4 millions) ont été saisis par les unités de la CANS de la MRA. Sans oublier que l’ecstasy, le haschisch ainsi que la cocaïne ont également été trouvés lors des exercices similaires… Maurice serait-elle une plaque tournante, si le pays ne compte pas autant de consommateurs de ces produits ?

Pravind Jugnauth, le PM non-élu qui sera face à son destin dans quelques mois, a pris quelques mesures dans son budget 2018/19 : Rs 10 M à la prévention contre les Nouvelles Drogues Synthétiques (NDS) et Rs 30 M pour la réhabilitation des alcooliques et les dépendants de produits. Et tout autant d’investissements, de l’argent injecté dans la répression, pour que les unités de la police, en l’occurrence, l’ADSU, et celles de la douane, la CANS, puissent continuer le bon boulot. Devrait-on pour autant le féliciter ?

Encore une fois, et au risque de se répéter : réprimer, c’est bien; mais qu’advient-il des soins ? Qui va traiter les nouveaux malades accros de cathinone synthétique, communément appelé Flakka ? Et comment cela va-t-il se faire ? Sur ce plan, pas un mot dans le budget ! Et on se souvient que dans son message de début d’année, Pravind Jugnauth s’était targué de créer un HIV & Drug council. Sauf que six mois et quelques poussières après, on est en toujours à… zéro ! Tandis qu’en contrepartie, les saisies se succèdent. Ce qui veut dire que la demande pour ces produits est sinon existante, voire croissante !

Et qui va s’en occuper, de cela ? De ces jeunes qui pourraient tomber par grappes quand les séquelles des Flakka et consorts vont commencer à les affecter. Pour ceux qui sont un tant soit peu avertis, le Flakka, nouvelle drogue surtout populaire aux Etats-Unis, entraîne des réactions parfois très dangereuses dont la paranoïa, la délusion, les délires extrêmes, poussant ceux qui en consomment à agir avec violence et de manière totalement irréfléchie, quitte à mettre leur propre vie et celle des autres en danger…

Si jusqu’ici ceux qui se sont engagés dans le combat contre la toxicomanie, hommes de sciences comme travailleurs sociaux, savent à quoi s’attendre avec le gandia et le Brown Sugar, voire les psychotropes ou le Subutex, en revanche l’avènement des Flakka et autres nouvelles substances psychoactives les rend perplexes. Car ces nouveaux produits peuvent entraîner de graves répercussions.

Quelle sera la réponse de Pravind Jugnauth à ces parents qui vont paniquer si l’on en arrive au point où leurs gosses vont tomber, les uns après les autres ? Pratiquera-t-il la politique de “après moi, le déluge” ? Prions que non !