Du 13 au 29 septembre prochain, Gaël Froget présente l’exposition Transpozision au Dock 13 sur la rade de Trou Fanfaron à Port-Louis. Rencontré dans son atelier à Quatre-Bornes, il exprime sa nouvelle approche, son désir de montrer une nouvelle version de lui. Une version plus réfléchie et qui a comme objectif de déclencher des questionnements à travers ses toiles.

Des tableaux qui traînent par terre, portant des traces de pas, voilà la vue qui s’offre à nous lorsqu’on entre dans l’atelier de Gaël Froget. Une signature dont l’artiste ne souhaite pas se défaire, quoi qu’on en pense et quoi qu’on en dise. Ces traces de pas n’ont pas été réalisées exprès mais témoignent plutôt du travail de l’artiste, des positions qu’il a prises lors de son processus créatif. “J’ai commencé à peindre au sol dans ma chambre d’étudiant et j’ai continué à le faire depuis. Si je commence à peindre sur un chevalet, ce n’est pas pareil. Tout comme chacun attache ses lacets d’une certaine façon, chacun peut peindre d’une certaine façon. Je reçois beaucoup de critiques, on me reproche de marcher sur mes tableaux. La trace de chaussure fait partie du processus. Comme je peins en grand format, automatiquement je me retrouve à être sur la toile, c’est devenu ma signature. Toutes mes pièces ont toujours été créées comme ça. Quand tu regardes la toile tu vois où je me suis attardé. Si c’est quelque chose qui apporte une autre dimension à mon travail, pourquoi l’enlever ?”

Peaufinage.

Pour Gaël Froget, “l’art est une nécessité. Si je ne peins pas pendant quelques jours, je me sens mal, je ne me sens pas moi-même. Pour moi, la peinture est une façon de respirer ce que tu inspires.” Depuis cinq ans maintenant, il vit de son art. À travers Transpozision, Gaël Froget dévoile une autre version de lui, un risque qu’il veut volontiers courir. Une recherche de soi qui lui a pris trois années, depuis sa dernière exposition. “L’idée est de prendre tout ce que j’ai fait depuis le début et remettre tout ça en question sans me dire que je veux avoir une autre identité. C’est plus un peaufinage. Je pense qu’après dix ans, c’est comme un point que je suis en train de faire sur mon propre travail. Je me suis perdu pendant trois ans pour ensuite me retrouver. C’est un risque énorme de venir présenter Transpozision, qui est un peu à l’opposé de ce que j’ai fait jusqu’ici, mais je pense que j’ai su garder l’essentiel.” 

Il délaisse ainsi cette explosivité qui l’avait fait connaître pour être plus réfléchi. “Avant je ne me posais aucune question, ça donnait quelque chose d’explosif, c’est comme ça que je me suis fait connaître. Je peignais un tableau en trois heures, aujourd’hui une toile qui a l’air beaucoup plus simple, épurée, ça me prend deux semaines. Mes tableaux, avant, étaient toujours très spontanés, j’ai voulu conserver cette énergie-là. Ils sont toujours spontanés, mais construits d’une manière différente.” De la même façon, il a fait gros travail de recherche qui lui permet aujourd’hui de retranscrire ce qu’il veut en utilisant beaucoup moins de couleurs. “J’ai toujours utilisé beaucoup de couleurs, mais j’ai commencé à utiliser une palette plus restreinte. Avant j’utilisais 40 couleurs sur une toile, maintenant j’en utilise dix, cinq ou même trois, tout en essayant de conserver l’impact de mes précédentes œuvres.”

Questionnement.

En sus d’épurer ses tableaux, Gaël Froget essaye de mettre plus d’accent sur le questionnement qu’ils peuvent susciter. “Je voulais proposer une autre version de Gaël Froget, qui essaye de réfléchir à l’impact que l’art peut avoir. J’espère déclencher des questionnements sur divers sujets. Je pense que si aujourd’hui un artiste peut apporter une contribution, c’est en suscitant des dialogues et de la réflexion. J’ai souvent eu des réflexions sur le sujet de l’égalité des sexes, je n’apporte aucune affirmation ni aucune position. Je n’apporte qu’une réflexion. Involontairement, j’ai commencé à traiter ce thème. Quand j’étais plus jeune, c’était des questions qui me trottaient dans la tête et naturellement je peignais des créatures mi-hommes mi-femmes, ni homme ni femme. J’ai commencé à décortiquer et essayer de me poser des questions, je me suis dit que ce serait bien d’emmener les gens dans cette réflexion-là.”

De la vingtaine de toiles qui composeront l’exposition, une bonne partie sont toujours au sol, d’autres sont déjà attachées à leurs cadres. En bout de salle, un tableau grand format est debout, contrastant avec son habitude de peindre sur le sol. “Je mets l’œuvre debout pour savoir si elle est terminée ou avoir une autre perspective.”

Une bonne partie des tableaux illustrent des personnages fictifs, de couleur noire. “Le personnage principal représente le Mauricien avec toutes ses qualités et ses défauts. C’est un grand tableau qui fait 3m60 par 3m10. J’ai essayé de créer le type d’image qui reste ancré dans la tête des gens.” Sur quelques tableaux, des mots en kreol attirent le regard. Un mot, des bouts de phrases qui sont en fait tirés de poèmes de son ami d’enfance Radjiv Dave.

L’exposition sera ouverte du lundi au vendredi de 10h à 17h et le samedi de 10h à 15h.