Cet après-midi, syndicats et patronat prendront connaissance des propositions chiffrées du gouvernement concernant la compensation salariale 2016, cela après que le ministre des Finances et du Développement économique Vishnu Lutchmeenaraidoo aura consulté les membres du cabinet ministériel et obtenu leur aval. Il présidera, à 15 h, une deuxième réunion tripartite au sir Harilall Vaghjee Hall, où il communiquera la décision gouvernementale aux partenaires sociaux.
Lors de la première réunion tenue hier après-midi et qui aura duré environ deux heures, le ministre des Finances a d’abord fait un survol de l’économie mauricienne, expliquant la vision du gouvernement pour que le pays puisse sortir du « middle income trap ». Il a parlé des mesures enclenchées pour relancer la croissance et rendre l’économie encore plus résiliente surtout dans un environnement économique mondial difficile. Vishnu Lutchmeenaraidoo, qui était entouré de plusieurs membres du cabinet, dont le ministre du Travail et des Relations industrielles, Soodesh Callichurn, a ensuite pris note des interventions des représentants de la classe syndicale et du représentant du patronat, Raj Makoond, de Business Mauritius. Le Grand argentier ne s’est pas hasardé à faire des commentaires sur les revendications des différents partenaires, laissant entendre que la réunion s’est déroulée dans une bonne atmosphère. Il a ensuite réuni ses collaborateurs pour discuter des options concernant la compensation à être payée fin janvier 2016.
Du côté des syndicats, on insiste sur le paiement d’une compensation minimale de Rs 500 à l’ensemble des travailleurs du pays qu’ils soient du secteur public ou privé. Les représentants syndicaux se sont mis d’accord pour réclamer le paiement d’une compensation additionnelle de Rs 200 à tous les salariés touchant moins de Rs 14 000. Les syndicalistes avaient justifié cette demande dans un document soumis aux autorités et, hier après-midi, à l’issue du premier round des tripartites, Ashok Subron de la General Workers Federation est revenu sur la question pour faire ressortir que les centrales syndicales considèrent que le minimum vital est d’environ Rs 14 000 et qu’il est impérieux de rétablir la perte de pouvoir d’achat des travailleurs.
Ashok Subron a laissé entendre que sous le précédent gouvernement, les travailleurs ont subi un manque à gagner de Rs 1 284 sous forme de compensation et que, malgré les Rs 600 accordées en janvier 2015, il y a un gros rattrapage à réaliser. Les Rs 500 demandées par les syndicats pour l’ensemble des travailleurs ne représentent, selon la classe syndicale, qu’une partie du montant à accorder réellement, cela même si le taux d’inflation n’est que de 1,3 % en 2015. Du côté des syndicats de la fonction publique, on soutient que les fonctionnaires doivent également obtenir une compensation salariale en 2016 en attendant que les réajustements de la grille salariale soient proposés par le Pay Research Bureau. « Nous espérons que le cabinet nous propose une compensation décente. Le moindre faux pas sera très mal vu », fait-on comprendre dans les milieux syndicaux.
Du côté du patronat, on faisait remarquer, hier après-midi, qu’on « attendait de prendre connaissance de la décision gouvernementale avant de se prononcer sur le mérite du paiement d’une compensation ». Le taux d’inflation pour 2015 sera d’environ 1,3 % comme l’a affirmé le ministre des Finances à l’Assemblée législative. Or, la condition préétablie pour l’octroi d’une compensation sous le mécanisme tripartite est que l’inflation doit être d’au moins 5 %. C’est une convention acceptée et datant du Rapport PRB de 1987 et du Rapport Chesworth de 1988. La compensation de Rs 600 accordée en janvier 2015 était exceptionnellement élevée vu que le taux d’inflation en 2014 était de 3,2 %. « Employers agreed the quantum on the assumption that Government Budget was to span over a period of 18 months », souligne un document préparé par le patronat.
Dans les milieux de Business Mauritius, on réaffirme que l’inflation ne doit pas être l’unique facteur à considérer pour le paiement d’une compensation salariale, qui a un sens plus large que celui d’une compensation pour perte de pouvoir d’achat. Pour décider d’une compensation salariale, il faut aussi, soutient le patronat, prendre en compte les facteurs tels que l’investissement, la croissance et la productivité. « Competitiveness is not improving and as much any salary increase not matched by productivity gains will be a major obstacle for job creation », indique le patronat qui réaffirme que les conditions préalables ne sont pas réunies pour discuter d’une compensation salariale.