Mardi 22 décembre, il recevait du Commissaire des Prisons sortant, Jean Bruneau, une récompense très convoitée, le Gallantry Award : une distinction conférée à ceux qui ont contribué efficacement à l’amélioration des prestations offertes. Lui, c’est le DCP Jaganaden Rungadoo, qui, à compter de ce lundi 28, assurera la suppléance à la plus haute fonction de l’univers carcéral, avec le départ à la retraite aujourd’hui de Jean Bruneau. Jaganaden Rungadoo assumera la suppléance comme CP jusqu’à ce que le gouvernement officialise le nom de celui qui restera en poste. Humble et très dévoué à son métier, le DCP Rungadoo, responsable depuis son inauguration de la prison de haute sécurité de Melrose, la Eastern High Security Prison (EHSP), compte 34 ans de service et un solide parcours…
Homme qui s’investit pleinement dans son métier, le DCP Jaganaden Rungadoo est de ces carriéristes qui maîtrisent tant l’aspect rude et parfois violent du métier d’officier de prison que les tâches administratives. En effet, fort de ses 34 ans passés au sein de l’univers carcéral, l’homme, qui a travaillé dans toutes les prisons du pays, en a vu des vertes et des pas mûres ! Dernière grosse frayeur vécue : la tentative de prise d’otage d’un détenu particulièrement perturbé de la prison de Melrose, le 15 octobre dernier… « Ça a été un grand moment de travail d’équipe et de sang-froid », reconnaît notre interlocuteur s’agissant de ce triste incident. Le responsable de la Eastern High Security Prison (EHSP) ne l’avouera pas, par modestie, mais son entourage rappelle que « c’est lui qui a établi une ligne de communication avec le détenu qui faisait la prise d’otage et qui a su lui parler, le raisonner. Le DCP Rungadoo a fait preuve de beaucoup de maîtrise. Il a eu cette touche humaine qui manque cruellement souvent dans nombre d’incidents qui surviennent dans nos prisons… »
Le principal concerné admet que « le passage de Jean Bruneau et l’accent qu’il a placé sur l’importance d’avoir une approche humaine de la détention, ont beaucoup changé les choses pour le meilleur. Mais il reste encore beaucoup de chemin à faire… » Il convient de savoir que le DCP Rungadoo est lui-même un adepte d’une philosophie qui prône la valorisation par les efforts des détenus et des officiers de la prison. « La prison a, durant de longues années, été pénalisée par une image négative. Et cela perdure encore. Il existe hélas des officiers véreux ou d’autres qui refusent de bien faire leur travail et qui font du tort au métier. Et bien entendu, l’opinion publique retient surtout le côté négatif des choses… C’est dommage. »
Cependant, dans la veine du Gallantry Award qui lui a été décerné mardi qui, dans le jargon est une récompense conférée « as a recognition to some select Prison officials who contribute efficiently and effectively for achieving the goals of the service », le DCP Rungadoo compte poursuivre dans la voie déjà empruntée. Il donne comme exemple les projets d’Unit Management et de Self Care Unit de Melrose puis répliqués à Beau-Bassin, dont il a personnellement veillé à l’élaboration et la mise en application. C’était dans le sillage d’une formation d’un mois en Australie : « J’y ai beaucoup appris sur les nouvelles méthodes de gestion des détenus. À mon retour, j’ai souhaité apporter ma pierre à l’édifice, en contextualisant la philosophie innée de ces projets visant à rendre plus fluide la gestion des détenus et améliorer les liens entre ces derniers et les officiers. »
Jaganaden Rungadoo ne se destinait pas à une carrière dans l’univers carcéral. Ancien prof de sciences du Curepipe College, il lorgnait davantage l’uniforme bleu de la force policière. Mais le destin en décida autrement… Le fils aîné de Savitri Rungadoo s’est tôt retrouvé avec les rennes de la fratrie de huit. Originaire de New Grove, le jeune homme qui a perdu son père il y a 11 ans a fait ses études secondaires au Presidency College et Eden de Rose-Hill.
À ses débuts avec l’uniforme kaki des officiers de la prison, les conditions étaient très rudes : « Ce n’était pas comme maintenant où les officiers travaillent à des heures convenables. De mon temps, je prenais le service à 6 heures. Je devais donc quitter la maison à 4 heures. Quand je terminais, à 20 heures, il n’y avait plus de bus pour rentrer à la maison. Il me fallait alors dormir à la prison et rentrer le lendemain… Aujourd’hui les officiers ont plus de chance, mais ils ne le réalisent pas. » La formation également était très intense, « physique et psychologique. D’autant qu’on travaillait dans un secteur mal vu à cause des détenus, les criminels, et tous les préjugés qui vont avec ».
Humble et simple, le DCP Rungadoo souhaite « faire de mon mieux pour aider à revaloriser la prison, ses officiers et offrir aux détenus une chance de réhabilitation ».