G20 : pour le prestige de l’Inde

L’actualité internationale est dominée cette semaine par le sommet du G20, soit des 20 pays les plus développés, et qui se réunit ce week-end en Inde. Tous les chefs d’États concernés, à l’exception de Vladimir Poutine, occupé par la guerre à la suite de l’invasion de l’Ukraine, et du président chinois Xi Jinping, qui a délégué son Premier ministre, se trouvent actuellement à Delhi.

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Pour nous, Mauriciens, ce sommet retient notre attention en premier lieu parce qu’il se tient chez notre « notre partenaire naturel » qu’est la République de l’Inde. Mais aussi, en deuxième lieu, parce que Maurice y est représentée par le Premier ministre, Pravind Jugnauth, du fait que notre pays est un “special guest” du gouvernement indien, aux côtés du Bangladesh, de l’Égypte, du Nigeria, d’Oman, de Singapour, de l’Espagne et des États Arabes Unis. À ce titre, des représentants mauriciens, dont des membres du secteur privé, ont eu la chance de participer à toute une série de réunions aux côtés de ceux des grandes puissances de ce monde tout au long de l’année.

Certes, l’évaluation de la performance indienne dépend de la position d’où on se place. En Inde, cette présidence a définitivement rehaussé le prestige dont jouit le Premier ministre Narendra Modi à quelques mois des élections générales, prévues pour l’année prochaine. Cette présidence le place naturellement dans une position avantageuse, et il en est conscient, puisque depuis le début de sa présidence, les rues de toutes les grandes villes du pays sont couvertes d’affiches et de banderoles géantes à son effigie, Narendra Modi martelant la devise de cette présidence : « Une terre, une famille, un avenir ».
Il bénéficie aussi du soutien des médias indiens. Le Premier ministre a en outre beaucoup voyagé et été accueilli au plus haut niveau à Washington. On l’a aussi vu sur les Champs-Élysées observant le défilé militaire aux côtés du président Emmanuel Macron. Et pas plus tard que la semaine dernière, il était en Afrique du Sud pour le sommet des BRIC qui, comme on le sait, a été élargi.

Dans une opinion publiée dans Le Mauricien cette semaine en marge de cette réunion, le Premier ministre, Narendra Modi, inscrit cette présidence dans une nouvelle approche de la politique internationale. « First, there is a growing realisation that a shift away from a GDP-centric view of the world to a human-centric view is needed. Second, the world is recognizing the importance of resilience and reliability in global supply chains. Third, there is a collective call for boosting multilateralism through the reform of global institutions. Our G20 Presidency has played the role of a catalyst in these shifts », affirme ainsi le Premier ministre indien.Plus important, il se projette comme le porte-parole de ce qu’il appelle le « Sud global » et effectue une ouverture sans précédent vers l’Afrique. « Presidency has not only seen the largest-ever participation from African countries but has also pushed for the inclusion of the African Union as a permanent member of the G20. » Pour lui donc, c’est mission accomplie. Les observateurs européens voient, eux, les choses avec une pincée de sel. L’absence de Xi Jinping est ainsi interprétée comme un camouflet. Ils considèrent que rien de concret ne sortira de ce sommet.

Et l’île Maurice dans cette réunion des géants ? Ce sommet devrait être l’occasion pour le Premier ministre, Pravind Jugnauth, de faire avancer des dossiers majeurs, dont celui des Chagos. Il reconnaît d’ailleurs qu’avec l’influence de l’Inde, ayant déjà la carte d’Agalega en main, le dossier a progressé. Pourra-t-il accomplir les “last miles” lors de ses rencontres avec son homologue britannique, Rishi Sunak, et profiter de la présence du président américain Joe Biden ?

Alors que le Premier ministre indien accentue son ouverture sur l’Afrique, le CEO De Deloitte South Asia, Romal Chetty, de passage à Maurice, estime que Maurice peut jouer un rôle de plaque tournante entre l’Inde et l’Afrique, qui à eux deux représentent un marché de deux milliards de consommateurs. Il se dit ainsi prêt à apporter son aide en matière de formation, et de transformation technologique et digitale, de manière à donner au secteur des services ainsi qu’au centre financier international une dimension plus compétitive. Ce qui permettra de renverser la tendance de fuite des cerveaux pour attirer les compétences à Maurice. Si nous ne réussissons pas cette avancée, notre participation au G20 n’aura servi à rien.

Jean Marc Poché

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