Musée de l’esclavage : pour qu’on n’oublie pas  

Alors que l’actualité est dominée par les débats politiques autour du dernier remaniement ministériel, la démission de Rajanah Dhaliah comme PPS et son interrogatoire par l’Icac, l’ouverture officielle du Musée de l’esclavage intercontinental nous invite à tourner notre attention sur ce qui constitue le fondement de notre identité mauricienne. Tous ceux qui sont intervenus lors de la cérémonie protocolaire ce vendredi ont été unanimes à reconnaître que la présence de ce musée dans le paysage culturel local vient rétablir une justice, comme souhaité dans les recommandations de la Commission Vérité et Justice, qui ont été publiées en 2009.

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Comme le souligne Jimmy Harmon dans l’interview qu’il a accordée au Mauricien cette semaine, il faut chercher la vérité et vérifier les faits afin d’arriver à une certaine justice dans la vie d’aujourd’hui. Tout en faisant cela, le musée n’est pas animé d’un esprit revanchard et veut promouvoir l’importance de la réconciliation. Réconciliation avec notre histoire et nos origines diverses, mais aussi réconciliation avec tout ce qui compose la société mauricienne.

Cette réconciliation passe aussi par une prise de conscience que la presque totalité des Mauriciens, toutes communautés et origines confondues, a, dans son arbre généalogique, un ancêtre arrivé à Maurice en provenant d’Afrique, d’Asie ou d’Europe dans des conditions atroces, que ce soit à bord d’un bateau ou d’un négrier. Ils ont été confrontés à tous les dangers de la mer. Dans la majorité de cas, ceux ayant réussi leur voyage jusqu’à Port-Louis sont des survivants. Il est vrai que si les Européens qui ont choisi de venir jusqu’à Maurice ou l’Isle de France pour sortir des conditions de misère dans lesquelles ils vivaient dans leurs pays à l’époque, ce sont surtout les esclaves noirs et les travailleurs engagés qui seront les plus mal traités à leur arrivée dans l’île.

Le Musée de l’esclavage intercontinental, à l’instar de l’Aapravasi Ghat, vient nous rappeler les conditions difficiles et déshumanisantes dans lesquelles nos ancêtres ont évolué. Comme le souligne le Premier ministre, ces institutions viennent accomplir un devoir de mémoire envers les victimes de l’esclavage. Il rappelle avec justesse : « Les esclaves ont bien souffert. Ils ont fait des sacrifices. Nous n’avons pas le droit de les oublier, et le Musée de l’esclavage aura pour tâche de garder en mémoire cette période sombre de l’histoire de l’humanité, lorsque les humains étaient traités comme des marchandises. Il nous permet de prévenir l’avenir pour que de telles situations ne se reproduisent plus. »

Comme le souhaite la Commission Vérité et Justice, les séquelles de cette époque subsistent toujours aujourd’hui. Le musée nous permet de mieux comprendre ce qu’il s’est passé afin de trouver des solutions aux problèmes auxquels les descendants d’esclaves sont confrontés de nos jours. La question d’une forme de compensation, comme l’ont toujours souhaité les frères Michel et Les Verts fraternels, est toujours d’actualité.

L’ouverture du musée, comme le souligne le ministre Teeluck, vient enrichir ce qu’il appelle le « Cultural Heritage District » de cette région de Port-Louis. Les nombreux touristes qui visitent chaque année l’Aapravasi Ghat pourront désormais découvrir la traite des esclaves dans toutes ses dimensions, non seulement à Maurice, mais sur tout le continent africain. Comme l’a souligné Pravind Jugnauth dans son discours, souhaitons que ce musée soit un lieu de recueillement et puisse préserver l’histoire, la culture et l’identité mauriciennes.

 

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