COVID-19 : Ludvilla témoigne contre la banalisation du Coronavirus

Les jours passent et les Mauriciens sont, de plus en plus, bouleversés par les nouvelles qui affluent du côté de chez ceux qui sont testés positifs à la Covid-19 et mis en isolement ou envoyés à l’hôpital. Parfois, l’expérience vire au drame.

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L’épisode 3 du Online Schooling semble être la meilleure solution pour endiguer la propagation du virus, du moins dans le milieu scolaire qui compte une population relativement importante. Le Mauricien a récemment recueilli le témoignage poignant de Ludvilla, une enseignante, mère de famille qui donne la pleine mesure d’une réalité que d’aucuns ignoreraient sauf s’ils la vivent. `

Elle a voulu témoigner contre la banalisation de ce virus mortel. « J’ai l’impression que les gens prennent le coronavirus à la légère. Dans leur tête, ils se disent, s’il y a autant de cas asymptomatiques, ‘je serais parmi si je l’attrape’ et ils baissent la garde. Or le virus est bien présent, et on ne se rend pas compte que chacun réagit différemment face à lui. En le banalisant, ils se mettent en danger et ainsi que leurs familles », confie-t-elle.

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Tout a commencé par cette mère de famille avec une douleur au ventre et une transpiration froide alors qu’elle faisait tranquillement sa classe pendant la journée de jeudi, il y a deux semaines. « Rien ne laissait présager que j’avais contracté le virus puisque je prends toujours toutes les précautions d’usage… Par la suite, ça allait mieux. J’ai terminé ma journée normalement et je suis rentrée chez moi », se souvient-elle encore.

Plus tard dans l’après-midi, elle commence à avoir des frissons. « J’ai pris un paracétamol et avant de me coucher, j’en ai pris un deuxième. Vers 3 heures du matin, je me suis réveillée avec des crampes. Je tremblais, j’avais très froid mais je transpirais. J’ai pris un autre paracétamol. Quand je me suis réveillée le matin, j’étais un peu faible et j’avais des courbatures. J’ai fait un test antigène rapide qui s’est révélé négatif. On m’a conseillée d’attendre lundi pour faire un test PCR mais comme cela allait de mal en pis – je n’avais plus de goût, plus d’odorat, une toux sèche et la bouche très sèche, une fatigue anormale et pas d’énergie du tout – je me suis dit qu’il faut que je fasse le test. J’ai appelé une clinique privée qui m’a dit si je venais avant 10 heures du matin, ils pourront envoyer l’échantillon au laboratoire le jour même. Je me suis hâtée et le lendemain, à 7h30 du matin, la clinique m’a appelée pour me dire que je suis positive à la Covid-19.

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Entre temps, depuis vendredi, j’étais déjà en isolement chez moi ». Elle admet cependant que lorsqu’elle parle d’isolement, elle ne pouvait s’y souscrire à 100 pour cent. « C’est quasiment impossible pour la plupart des familles mauriciennes d’être en isolement total puisque la plupart partagent les mêmes toilettes, lavabos, salles de bain avec les autres membres de la famille », concède-t-elle.

Ludvilla – qui allaite encore son bébé de 15 mois – ne sait quoi faire. « J’ai demandé à la personne au téléphone la marche à suivre pour me faire soigner. Elle m’a dit qu’il n’y a rien à faire, il faut que j’attende, le ministère va m’appeler. Elle m’a informé que la clinique ne prenait pas des patients positifs même pas pour me prescrire du sérum ». Une nouvelle qui accable psychologiquement notre interlocutrice déjà mal en point.

« J’ai commencé à paniquer : on entend tellement de cas de personnes qui meurent en isolement. Des appels à l’aide qui demeurent vains. Je me suis sentie seule au monde d’autant que j’ai deux enfants, une de six ans et l’autre 15 mois. J’ai continué à prendre mes Paracétamol, du sirop contre la toux et des tisanes de grand-mère – baume du Pérou, citronnelle, safran au lait, gingembre ».

Ludvilla a du mal à dormir et à se reposer. « D’une, j’allais tellement mal, et de deux, c’est comme si on attend, on attend que ce virus descende et attaque les poumons. On se dit : çcela peut arriver à n’importe quel moment». Elle poursuit : « ce n’est que mardi soir que le ministère m’a appelée et c’était seulement pour les formalités concernant les cas contacts et mon adresse. Mercredi, on m’a rappelée pour confirmer toutes ces informations mais toujours pas de soins ».

Le calvaire se poursuit avec cette fois-ci une infection au sinus. Elle cherche vainement un médecin. Elle rappelle la clinique. On lui dit qu’elle ne peut pas venir. Elle commence à prendre des antibiotiques par elle-même sans prescription. « Ça n’allait toujours pas ! Je pense que ma tension artérielle avait baissé, les narines complètement bloquées ». Après plusieurs tentatives, elle finit par convaincre un médecin de Médecins à Domicile – qu’elle trouve sur Facebook –, qui accepte de la voir. « Je leur ai dit que je n’avais vu aucun médecin depuis que je suis malade. Il m’a auscultée et m’a donné un traitement. Il m’a également fait une injection ».

Elle se remet doucement de cette douloureuse expérience. Elle n’est pas tout à fait rétablie. « Outre cette souffrance physique, ce qui était difficile, c’était que je devais repousser mes enfants qui voulaient un câlin. Je restais en isolement dans ma chambre. Mon mari m’amenait le bébé pour que je l’allaite. On prenait toutes les précautions – je portais un masque – mais je ne pouvais pas rester plus longtemps avec lui. Quand il voulait un câlin, je devais le repousser. Pour une maman et pour les enfants, c’est très dur ».

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