De nombreux salariés sont des consommateurs réguliers de drogues »
— Selon le « Drug Use Survey » de 2022 : 111 500 Mauriciens consomment des drogues et 29% sont âgés entre 18 et 24 ans
— L’âge moyen des People Who Use Drugs (PWUD) est de 30 ans et 71% ont plus de 25 ans
Addictologue et psychologue, comptant de longues années auprès des usagers de drogues ainsi que des personnes vivant avec le VIH, Kunal Naik était l’un des intervenants, la semaine dernière, de la conférence axée sur la santé mentale dans le cadre du travail. Une activité organisée par Gestalt Training & Consultancy. Abordant spécifiquement la consommation et l’addiction à des substances nocives telles le Brown Sugar, les drogues de synthèse, le cannabis, mais aussi l’alcool, certains psychotropes, entre autres, Kunal Naik explique, données à l’appui, que « les consommateurs de drogues ne sont pas seuls ceux qui traînent les rues. Nous en comptons également dans nos bureaux ainsi que parmi ceux qui sont employés à leur compte.»
S’appuyant sur les données contenues dans la Drug Use Survey 2022, réalisé par les services du gouvernement, Kunal Naik relève que « l’étude mentionne que 111 500 Mauriciens sont des usagers de drogues (PWUD : People who use drugs). Ce sont donc des substances illicites où l’on peut inclure, parmi, les drogues de synthèse, le cannabis, en plus des drogues injectables; de même que l’alcool et certains médicaments, comme des psychotropes.» Citant le IBBS (Integrated Biological & Behavioral Surveillance Survey) de 2020, les drogues injectables concernent 6 000 à 8 000 personnes, a-t-il aussi spécifié.
«Le Drug Use Survey note que l’âge moyen des PWUD est de 30 ans, sur un échantillonnage de 18 à 69 ans. C’est une information très importante, car cela veut dire qu’il y a un nombre conséquent de Mauriciens qui vont travailler normalement, qui ont un comportement insoupçonnable et qui sont, en même temps, des consommateurs de substances nocives et addictives», constate-t-il. Il ajoute que « cette situation requiert que l’on s’y attarde. Ceux qui évoluent dans ces sphères, qu’ils soient employeurs ou collègues, doivent pouvoir détecter, d’une part, ceux des leurs qui ont un problème d’addiction. Et deuxio, sont appelés à travailler de pair afin d’aider et de soutenir ces personnes affectées par ces problèmes. »
Une chose est claire, soutient Kunal Naik, « il faut absolument arrêter de penser que ceux qui consomment des drogues sont uniquement ou principalement des personnes qui Pena Rol, qui n’ont pas de travail ou qui traînent les rues ! Ce survey démontre bien que des Mauriciens, de jeunes adultes, tantôt poursuivant des études et travaillant en Part Time, tantôt d’autres qui sont déjà Fully Employed, et d’autres encore qui sont employés à leur propre compte, sont tout autant des usagers réguliers de drogues multiples.»
« Un comportement normal et habituel »
Pour l’addictologue et psycholoque, « ces personnes ont un comportement tout à fait normal : elles se réveillent le matin pour aller travailler. Se rendent dans leurs lieux de travail, justement, et vaquent aux occupations professionnelles comme tout le monde autour d’eux. Elles déjeunent, sortent avec les amis, font les courses… Bref, rien sinon le fait qu’elles ont concédé, dans le cadre de l’exercice pour recueillir des données pour l’étude, qu’elles consomment des produits, des substances illicites, ne trahirait cela !»
Au Hit-Parade des substances consommées, le Brown Sugar, dérivé de l’héroïne, arrive en tête, suivi de très près par les drogues synthétiques, le cannabis et l’alcool. « Nous avons donc une Workforce à Maurice, qui est accro à ces substances. Ce qui est inquiétant, c’est qu’avec le temps, la situation des uns et des autres ne va pas aller en s’améliorant. Certains ressentiront des effets néfastes des produits sur leur santé physique, pour commencer. De nombreuses répercussions sont à anticiper autant sur la production et la productivité, mais également sur l’ambiance au travail, le Mindset des uns et des autres. Tout cela impacte, forcément, l’environnement où évoluent ces personnes. Et, avec le temps, les choses peuvent inévitablement se dégrader. Mais si des mesures adéquates sont prises à temps, rien de négatif n’arrivera », dira-t-il encore.
Le propos de l’intervention de Kunal Naik à la conférence sur la santé mentale sur le lieu de travail, organisé par Gestalt Training & Consultancy, était ainsi axé sur « comment identifier les signes précurseurs des collègues ayant des problèmes avec des substances nocives et addictives, dans un premier temps. Et surtout, que faire une fois qu’on a détecté ces collègues, pour leur venir en aide, quels structures et espaces mettre en place pour les accompagner, les soutenir et les sortir de là . »
Il s’appesantit sur le fait que l’éducation et la prévention vont évidemment de pair; ce sont les rudiments désormais. « Il convient d’aider chaque employé à comprendre et réaliser pourquoi il devient essentiel d’établir un climat de confiance et de sécurité pour que le/s employé/s ayant un problème d’addiction se sentent à l’aise, et acceptent d’entreprendre un travail sur eux-mêmes. Ces éléments contribuent à la fois pour les personnes affectées que les employés qui n’ont aucun problème de substances car l’équilibre vie/profession en dépend beaucoup », dit-il.
« Une relation « peer to peer »est indispensable »
 L’addictologue et psy a aussi donné aux chefs d’entreprises et employés présents à la conférence, les « moyens d’identifier ceux et celles ayant des soucis avec des produits addictifs. Sur ce point, avoir un système de Peer to Peer est absolument recommandé, car on sait qu’une personne se sentira surtout à l’aise pour se confier à un collègue, davantage qu’à un supérieur hiérarchique.»
Il vote qu’à partir de là , « il est important d’établir un climat de confiance et d’aide, orienter, accompagner et soutenir le ou les employés deviennent capital. Tout comme, également, de mettre en place, ou tout au plus, d’inclure dans le lieu de travail, des mesures de Réduction de Risques. Cela aide énormément déjà pour l’employé; comme, lui donner des exemptions pour aller prendre sa dose de méthadone.»
En conclusion, il rappelle que de telles attitudes et approches contribuent à améliorer le climat au sein du personnel, et permet à tout un chacun de grandir.» « L’idée est de ne pas laisser tomber ceux qui travaillent, car cela représente quand même une contribution importante dans la productivité du pays » concède-t-il.

