L’Ombudsperson for Children saisira incessamment le commissaire de police pour exiger l’ouverture d’une enquête formelle
Plus d’une semaine après la révélation publique des allégations d’abus sexuels visant un ancien enseignant de musique de la Loreto Junior School Curepipe, l’inquiétude a laissé place à une colère sourde. À la sortie des classes, les parents chuchotent, les regards sont graves, les téléphones crépitent. Les conversations se multiplient, les interrogations aussi. Comment une affaire d’une telle gravité a-t-elle pu rester si longtemps sans réponse pénale claire ? Car malgré la gravité des faits allégués, aucune arrestation n’a encore été effectuée et, jusqu’à tout récemment, aucune déposition formelle n’avait été consignée à la police. Or, ce dossier ne date pas d’hier — et précisément ce décalage entre la chronologie des révélations et la lenteur des démarches qui suscite aujourd’hui l’indignation.
Tout commence en juillet 2025. Une ancienne élève, aujourd’hui âgée de 26 ans et poursuivant des études en psychologie à l’étranger, formalise des accusations qu’elle affirme avoir évoquées de manière informelle auparavant. Dans son récit, les premiers comportements qu’elle qualifie d’inappropriés remontent à 2009, alors qu’elle n’avait que neuf ans. Elle décrit une attention particulière, des gestes perçus comme intrusifs, puis un rapprochement progressif au fil des années. Entre 2012 et 2014, les contacts se seraient intensifiés dans le cadre des cours de musique au Conservatoire de musique François-Mitterrand.
En 2015, alors qu’elle était toujours mineure, elle évoque des avances plus explicites. Elle affirme qu’un premier rapport sexuel aurait eu lieu en novembre de cette année-là. La relation se serait poursuivie jusqu’en 2020. Après la rupture, elle parle de pressions psychologiques, de harcèlement présumé et de tentatives de surveillance via les réseaux sociaux.
L’enseignant, quinquagénaire, s’est retranché derrière son avocat. À notre confrère Week-End, il a simplement déclaré : « je me suis remis à un avocat. Je ne dirai rien pour le moment. » En août 2025, l’enseignant est suspendu. L’institution scolaire de Lorette affirme avoir sollicité l’avis d’un Senior Counsel et diligenté une enquête interne. Mais étonnamment aucune déposition policière n’aurait alors été consignée. Le 11 février dernier, dans une correspondance adressée à l’ex-élève, l’Institut de Lorette lui indique que la transmission de sa plainte aux autorités judiciaires « ne relève pas de son ressort » et lui incomberait exclusivement. Une position qui soulève aujourd’hui de sérieuses interrogations.
Octobre : deux nouvelles mineures parlent
En octobre 2025, une enseignante aurait été mise dans la confidence par deux élèves de Grade 6, aujourd’hui âgées de 11 et 12 ans, qui formulent à leur tour de graves accusations à l’encontre du même enseignant. La mère de l’une d’elles affirme n’avoir été informée par l’école qu’en novembre, soit environ un mois plus tard. Or, la Children’s Act 2020 est sans ambiguïté. L’article 34 impose à toute personne exerçant des fonctions professionnelles auprès d’enfants de signaler immédiatement aux autorités policières toute situation où un enfant est exposé à un danger.
Le non-respect de cette obligation constitue une infraction pénale passible d’une amende et d’une peine d’emprisonnement pouvant affecter les cadres de l’institution scolaire. Pourquoi ce silence ? Pour la réputation du collège ? En tout cas il y a faute légale présumée et les responsables devront répondre de leur immobilisme, voire même de leur non-respect des lois en vigueur et leur manque de responsabilités.
Lundi dernier, des représentantes de l’école et de l’Institut de Lorette se sont finalement rendus au bureau de l’Ombudsperson for Children pour obtenir des éclaircissements. Selon l’Ombudsperson, Aneeta Ghoorah, ses enquêteurs ont expliqué en détail le cadre légal, notamment la notion de Grooming et les obligations en matière de signalement. « Je pensais qu’après notre rencontre, l’école aurait consigné une déposition à la police », a-t-elle déclaré.
Or, l’établissement s’est tourné vers le Family Support Service de Phoenix — structure d’accompagnement social — plutôt que vers la police. Une démarche qui, selon plusieurs sources, ne saurait remplacer l’obligation légale de signalement aux autorités compétentes. Face à cette situation, l’Ombudsperson a décidé de demander officiellement l’ouverture d’une enquête auprès du commissaire de police.
Parents remontés, comptes supprimés
Parallèlement, le contrat de l’enseignant incriminé au Conservatoire n’a pas été renouvelé en juin 2025. Ce n’est que maintenant que le ministère des Arts et de la Culture s’intéresserait à son passage dans l’institution. Certaines présumées victimes affirment qu’il encourageait de jeunes filles à s’inscrire au conservatoire et proposait de les y conduire. Là encore, il s’agit d’allégations qui devront être examinées par les autorités compétentes.
Jeudi dernier, une réunion a été organisée avec les parents d’élèves. Plusieurs d’entre eux estiment que la communication de l’établissement n’a pas été à la hauteur de la gravité des faits allégués. Ils s’interrogent notamment sur la profondeur de l’enquête interne menée. Entre-temps, l’enseignant mis en cause a supprimé ses comptes sur les réseaux sociaux.
Triple enjeu
L’affaire comporte désormais trois dimensions : des allégations d’abus sexuels et de manipulation sur mineures ; la question du respect du Mandatory Reporting prévu par la loi ; et la gestion institutionnelle d’une crise touchant des enfants dans un cadre scolaire.
À ce stade, les faits rapportés ne restent que des allégations et la présomption d’innocence doit primer pour l’enseignant indélicat même si le faisceau des accusations – qui s’amplifient de jour en jour – resserre l’étau autour de lui. En tout cas, une chose est certaine : la demande officielle d’enquête par l’Ombudsperson pourrait marquer un tournant décisif dans ce dossier aux ramifications multiples, qui dépasse désormais largement les murs d’une école qui a rejoint en ces temps de résultats scolaires, les affres de son silence et sa discrétion qui a malheureusement fait de ses élèves des victimes innocentes.

