Paul Bérenger, leader du Mouvement Militant Mauricien (MMM), est longuement revenu sur les circonstances de sa démission en tant que Deputy Prime Minister, tout en exposant les profondes divergences qui l’opposent désormais au gouvernement l’Alliance du Changement dirigé par Navin Ramgoolam. D’entrée de jeu, il a replacé les événements dans leur contexte, en remontant à la réunion du comité central du mercredi 18 mars. Selon lui, une large majorité des membres de cette instance était en faveur du maintien du MMM au sein du gouvernement. « Nous avons pris note de ce qui s’est passé », a-t-il déclaré, évoquant une fracture interne devenue difficilement tenable.
Le lendemain, jour férié, un élément déclencheur survient. « Dans la matinée, un ami commun m’a fait savoir que, vu la situation, il serait mieux que je me retire comme Premier ministre adjoint », a-t-il affirmé. Il dit avoir immédiatement pris contact avec Navin Ramgoolam pour clarifier la situation. « Je lui ai dit que si c’était le cas, je me retire tout de suite. Il m’a donné un démenti pas très convaincant », a-t-il poursuivi.
Un échange téléphonique dans la soirée était venu renforcer les doutes. « Parfois dans la vie, il faut comprendre ce qui se dit, même si ce n’est pas énoncé clairement », a-t-il confié. Le lendemain, il prend la décision de se retirer comme Deputy Prime Minister et de ne plus siéger au conseil des ministres. Sa lettre de démission est remise à la mi-journée de vendredi au président de la République, Dharam Gokhool, après un entretien qualifié de « franc ».
Dans la foulée, il n’a pas ménagé ses anciens collègues du MMM, dénonçant une conférence de presse « virulente et mesquine » tenue par des parlementaires du parti après leur rencontre avec le Premier ministre. « Ils ont été très bas dans leurs attaques à mon encontre », a-t-il déploré.
Paul Bérenger a tenu à clarifier sa position au sein du parti. « Je m’étais retiré comme Deputy Prime Minister, mais pas comme leader du MMM », s’est-il appesanti. Il a évoqué la réunion du bureau politique du lundi 23, lors de laquelle le président du parti, Reza Uteem, l’a invité à « retourner au MMM ». « Je n’ai jamais quitté le MMM », a-t-il déclaré.
Le leader des mauves a également critiqué sévèrement la constitution du MMM, qu’il qualifie de « document complètement dans les nuages. » Il en a attribué la rédaction à Steven Obeegadoo, dénonçant « un charabia inapplicable », notamment la clause interdisant au secrétaire général d’occuper un poste ministériel. Il poursuit : « Mo trouv sa bien amizan. Rajesh Bhagwan pe siz la. Reza Uteem pe interpret kopnstitision MMM. » S’appuyant sur les dispositions de ce document à l’effet que le secrétaire général ne peut cumuler les fonctions ministérielles lorsque le MMM se trouve au gouvernement, il laisse entendre que « mo gagn linpresion Rajesh Bhagwan mem pa kone… »
Il a révélé qu’un comité avait été mis en place depuis plus d’un an pour revoir cette constitution, sans que la nouvelle version ne soit ratifiée, faute d’assemblée de délégués. « La liste des délégués est complètement dépassée », dit-il, tout en précisant que les instances actives restent les régionales, le comité central et le bureau politique.
Dans ce contexte, Paul Bérenger a annoncé la tenue d’un rassemblement à la salle des fêtes du Plaza, ouvert aux militants ainsi qu’aux Mauriciens partageant ses positions. Prévue de 10h à midi, cette réunion se veut stratégique afin d’éviter toute coïncidence avec celle du bureau politique prévue à 14h30 dans l’après-midi, « pour éviter toute friction. »
« Graves dérives »
Sur le fond, Paul Bérenger a dressé un réquisitoire sévère contre l’action gouvernementale, évoquant « beaucoup de raisons » ayant motivé son départ. Il a notamment mis en garde contre un danger économique grandissant, évoquant les risques de dégradation de la notation financière et de retour de Maurice sur la liste grise. Il déplore l’absence de ministre des Finances et le blocage de nombreux projets d’investissement.
S’appuyant sur un rapport de l’Economic Development Board daté du 5 décembre, il affirme que près de Rs 47 milliards d’investissements à haute valeur ajoutée bloqués en raison de lourdeurs administratives. « Cela donne lieu à une bonne dose de corruption », a-t-il lancé, évoquant des pratiques consistant à « bloquer pour ensuite faire avancer les dossiers par derrière. » Il regrette également qu’un comité interministériel, inspiré du modèle de 2005 et présidé par le Premier ministre, n’ait jamais été mis en place.
Corruption et gouvernance
Très critique, Paul Bérenger a dénoncé une résurgence de la corruption. « Bebet-la pe leve », a-t-il affirmé, accusant le gouvernement de rattraper les dérives du précédent régime du MSM. « Un ministre travailliste est venu me voir pour me dire qu’un des membres du groupe des 5+ a accompagné une personne à son bureau afin de lui offrir un bribe. Je lui ai dit de mettre cette personne à la porte. Effectivement, la personne a perdu sa place au PMO, mais pour revenir deux semaines plus tard. Lorsque j’en ai parlé à Navin Ramgoolam, il a trouvé qu’il n’y a pas de preuves », révèle-t-il.
Le leader du MMM a également fait mention d’un enregistrement téléphonique entre une personne avec Mamy Ravatomanga que le Premier ministre attribue à l’intelligence artificielle. « Silver Bank continue avec le même administrateur judiciaire. À la Mauritius Investment Corporation, il y a lieu de faire un Forensic Audit pour savoir qui a fait quoi. Aujourd’hui, nous continuons comme avant », s’insurge-t-il.
Les nominations à la tête des corps parapublics ont également été pointées du doigt, notamment dans le secteur carcéral, où il évoque une situation préoccupante après des émeutes meurtrières.
Parmi les autres dossiers sensibles, Paul Bérenger a évoqué la situation critique d’Air Mauritius, dénonçant un « manque de parole » du gouvernement, notamment concernant la nomination Megh Pillay, un professionnel compétent.
Paul Bérenger est revenu sur la lutte contre la drogue, appelant à donner davantage de moyens aux autorités, regrettant que le chef de l’Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU) soit un homme compétent, mais n’ayant pas le grade nécessaire.
Au chapitre de la réforme électorale, le leader du MMM dit faire confiance à la parole de Navin Ramgoolam mais il s’étonne que dernier n’ait pas rappelé à l’ordre ceux de son parti qui critiquent cette réforme. Enfin, il a évoqué des promesses non tenues en matière de justice sociale et de redressement après les « injustices » du précédent régime.
Le port et l’économie en ligne de mire
Paul Bérenger a mis en avant l’importance stratégique du port, qu’il considère comme vital pour l’économie. Il regrette de ne pas pouvoir mettre en œuvre le plan approuvé par le conseil des ministres, alors que la concurrence régionale, notamment avec Tamatave, s’intensifie. « L’économie est en difficulté et le port peut faire la différence », laisse-t-il entendre.
Le leader du MMM a conclu son intervention liminaire en affaire qu’il ne regrette rien parce qu’il fallait aller ensemble avec le PTr pour extirper le MSM du pouvoir. « Le MSM de Pravind Jugnauth finissait ce pays. Si ce parti avait remporté les élections, l’économie du pays aurait été mise à plat. Il faut empêcher le MSM de relever la tête », prévient-il. Il a invité les jeunes à voir ce qui s’est passé de 2000 à 2005 lorque sir Anerood Jugnauth et lui étaient à la tête du gouvernement.
« Une époque comme cela peut se répéter. Lorsque nous voyons comment SAJ et moi avions gouverné ce pays, j’en suis fier. L’économie était gérée professionnellement sur la base de compétence et de méritocratie. Durant cette période, la corruption avait presque disparu. Le communalisme était inexistant. Toutes les communautés étaient à l’aise et jamais la démocratie avait autant fleuri, même à la MBC. Maurice peut revivre ces moments pareils », a-t-il dit.
Il a finalement évoqué la réunion prévue samedi matin au Plaza. « Nous sommes à la croisée des chemins. J’invite tous les militants et militantes et tous les Mauriciens qui souhaitent aller dans la même direction que nous. Nous discuterons des choix qui se présentent devant nous : rester dans le MMM, exercer notre droit de tendance minoritaire, demander une assemblée de délégués, créer un nouveau MMM. Nous voulons encore essayer de redresser la barre au MMM. C’est à la lumière de tout cela que nous déciderons ce que nous ferons au Parlement », affirme Paul Bérenger en renouvelant son appel au calme.
Répondant aux questions de la presse, Paul Bérenger a affirmé qu’il ne sera pas présent à la réunion du comité central de samedi. « Nous déciderons de la ligne à suivre lors du rassemblement de samedi matin. Je n’irai pas afin d’éviter tout risque d’affrontement », a-t-il dit.
Invité à dire si le problème ne réside pas dans le fait que le Deputy Prime Minister n’ait aucun pouvoir et dépende entièrement du Premier ministre, il affirmé que ce n’est pas le problème. « La quantité de travail que j’ai abattu à travers la présidence des comités est considérable. J’avais commencé à dire aux ministres de ne pas tout me confier. Le problème vient du fait que le Premier ministre est également ministre des Finances », a-t-fait comprendre.
Le leader du MMM a affirmé ne pas avoir l’enregistrement de Mamy Ramagolanga. « Les personnes qui ont parlé au Premier ministre lui ont donné tous les détails », précise-t-il dit. Il a avancé qu’il y a beaucoup de millions de roupies en jeu dans cette affaire.
Toujours face aux questions de la presse au sujet de la période 2000-05 lorsqu’il y avait un partage des pouvoirs et lorsqu’il est devenu Premier ministre, Paul Bérenger a indiqué que non seulement il y avait un partage des pouvoirs, mais que les investitures avaient été réparties équitablement.
Évoquant ses relations avec Rezistans ek Alternativ, il a affirmé avoir déjà rencontré les dirigeants de ce parti « compare notes » qui est indépendant. Concernant la pension à 65 ans, il maintient que le système n’était pas « sustainable » et indique que c’est lui a proposé un soutien aux personnes vulnérables. Paul Bérenger a finalement fait une remarque concernant la situation énergétique, relevant que beaucoup de temps a été perdu concernant le LNG et le Qatar, mais ce n’est pas la faute du ministre de tutelle, Patrick Assirvaden.
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Labaz; entre consultations et démissions des nominés
En attendant le double rendez-vous politique de ce week-end, notamment la réunion du comlté central, animée par les parlemntaires mauves encore au gouvernement du Changement et le rassemblement convoqué par le leader, Paul Bérenger, Labaz du MMM est très sollicitée. En parallèle, la série de démissions des nominés politiques du MMM des instances du gouvernement se poursuit.
D’autre part, la réunion du comité central du MMM, annoncée pour samedi, a été ramenée 24 heures plus tôt, soit demain, et se déroulera à l’hôtel Henessy Park au lieu de Rose-Hill, pour éviter tout risque avec le rassemblement de samedi du leader du MMM. C’est ce qu’a confirmé le secrétaire général du MMM , Rajesh Bhgawan.
Au cours de ces dernières 24 heures, les membres des régionales au niveau des différentes circonscriptions se multplient. Le président du MMM, Reza Uteem, était au comité régional du No 2, Ajay Gunesse au No 17 et Rajesh Bhagwan secrétaire général ,au No 20, dans le cadre de la campagne d’explications en faveur du mainien du MMM au sein du gouvernement de l’Alliance du Changement, dirigé par Navin Ramgoolam.
En parallèle, les démissions des nominés politiques au sein des instances publiques passe à une nouvelle étape. Ainsi, Atmah Critanand, qui fait partie du comité central, a soumis sa démission de la présidebce de la Mauritius Housing Company, de même que du Mauritius Marathi Cultural Centre Trust. Giovanni Catherine, membre du Politburo mauve, quitte le conseil d’administration du Price Observatory Committee et Iqbal Calcateea n’est plus le Chairman du Mauritius Sports Council (MSC). Ces démissions sont en guise de soutien au leader du MMM, qui a pris ses distances diu gouvernement de Navin Ramgoolam.

