ENQUÊTE JUDICIAIRE | Mort de John Martingale à la prison : Le représentant du DPP accuse un Prison Officer de mentir en Cour

Le Prison Officer Emmanuel Constant, de la Prison Security Squad (PSS) – et qui avait participé à une fouille de la cellule de John Martingale la veille de sa mort –, a été appelé à la barre des témoins hier. Devant le fait que le témoin s’était empêtré dans une série de contradictions, le représentant du DPP l’a, à un moment donné, accusé de mentir en Cour en ce qui concerne le temps que les Prison Officers ont passé dans cette cellule. C’était lors de la nouvelle séance de l’enquête judiciaire sur la mort suspecte de John Mick Martingale, survenue à la prison centrale de Beau-Bassin. L’enquête est présidée par le magistrat Denis Jonathan Vellien, siégeant en Cour de Rose-Hill.

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Le 7 septembre 2024, cinq officiers de la prison avaient effectué une fouille dans la cellule de ce détenu en vue de retrouver un téléphone cellulaire. Le lendemain, le détenu Martingale avait été retrouvé pendu aux barreaux de la lucarne de sa cellule. Emmanuel Constant, élément de la PSS, a été appelé à la barre des témoins, où il a été interrogé par Me Ricky Bhookhun, représentant du Directeur des poursuites publiques (DPP).
Ce samedi 7 septembre 2024, le gardien de prison avait été affecté à la Segregation Unit de la prison de Beau-Bassin quand le gardien Ghoorah est venu le voir pour lui dire qu’un détenu avait un téléphone portable en sa possession. Le gardien Constant lui avait demandé d’en informer l’Assistant Superintendent of Prisons (ASP) Ramtoolah. Ce dernier avait alors appelé le gardien Constant dans son bureau.

Me Bhookhun (RB) : Vous aviez quel équipement avec vous ?
Emmanuel Constant (EC) : Aucun équipement.
RB : Vous voulez me dire que vous n’aviez aucun équipement avec vous, même pas pour votre propre protection ? Et si un détenu vous agressait ?
EC : Normalement, nous n’avons aucun équipement le soir.
RB : Les autres gardiens avaient-ils leurs matraques avec eux ?
EC : Normalement, ils devaient avoir leurs matraques, mais je ne peux pas le confirmer. Je n’en ai pas vu.
RB : Avez-vous entendu parler de la Control Room ?
EC : Oui. C’est là où sont visionnées les images des caméras CCTV.
RB : Était-ce important d’informer la Control Room de cette fouille ?
EC : Oui. Pour qu’ils puissent voir ce qui se passait.
RB : Vous avez informé la Control Room de cette fouille ?
EC : Cela relevait de la responsabilité de l’ASP Ramtoolah.
RB : Mais vous ne lui avez rien dit ? Cela aurait permis d’assurer votre protection également. Vous êtes d’accord avec moi que c’est grave.
EC : …
Une équipe – comprenant l’ASP Ramtoolah, les Prison Officers Constant, Nundlall, Vythilinga et Ghoorah – s’était alors dirigée vers la cellule de Martingale. Le gardien Constant avait ensuite ouvert la porte de cette cellule.
RB : Qui est entré dans cette cellule ?
EC : Moi seul.
RB : Vous êtes sûr ?
Le témoin répond « oui » dans un premier temps, mais semble ensuite se raviser. Il devait ensuite dire qu’il n’était pas sûr.
RB : Nous avons là une autre contradiction de taille ! Il y a une possibilité que d’autres officiers soient entrés dans la cellule.
EC : La cellule est très restreinte.
RB : Mais il y a cette possibilité ?
EC : Oui.
Selon Constant, il avait alors parlé sur un ton « normal » au détenu pour lui demander s’il avait un portable en sa possession et de lui remettre ce portable. Martingale lui avait répondu qu’il n’avait pas de portable, avant de finalement dire qu’il l’avait jeté par la lucarne de la cellule, qui donne sur la cour de la prison. Constant avait alors dit au détenu que c’était impossible, vu qu’un gardien était posté en bas.
RB : Ce n’est pas ce que le gardien Vythilinga a dit. Selon lui, après que Martingale ait dit qu’il avait jeté le portable par la lucarne, tous les officiers, y compris vous, insistaient auprès de lui sur le fait qu’il avait toujours le portable en sa possession.
EC : Oui, il y avait une certaine insistance.
RB : Vous ne me dites pas tout ce qui s’est passé. Qui avait insisté auprès de Martingale qu’il avait toujours le portable ?
EC : Je lui ai demandé encore une fois. Il n’a démontré aucune résistance.
RB : Pourquoi quatre personnes insistaient s’il n’opposait aucune résistance ?
EC : …
RB : Pendant combien de temps a duré l’intervention dans la cellule ?
EC : 5 ou 6 minutes.
RB : J’ai demandé cela à tous vos collègues. Pourquoi cela a-t-il pris si longtemps ?
EC : (se ravisant) Cela a pris une environ minute dans la cellule.
RB : Ce que vous dites est faux ! Tous vos collègues disent que cela a pris environ 5 ou 6 minutes. C’est ce qu’avait dit le gardien Vythilinga. Il ment ? Qu’avez-vous à dire ?
EC : Il s’est peut-être mal exprimé. Je maintiens que nous avions passé entre une minute et demie et deux minutes à l’intérieur de la cellule.
Le témoin est invité à lire un document à haute voix en Cour. Il lit : « Proceed to Block B at 20h40. Left Block B at 21h. »
RB : Qui a consigné cette entrée ?
EC : L’ASP Ramtoolah.
RB : Vous avez pris cinq minutes pour aller du bureau de l’ASP Ramtoolah à la cellule 71. Mettons que vous ayez passé trois minutes dans la cellule, vous avez ensuite pris cinq minutes pour regagner le bureau de l’ASP Ramtoolah. Cela fait 13 minutes. Je vous accorde deux minutes de plus. Cela fait en tout 15 minutes. Or, selon l’entrée consignée par l’ASP Ramtoolah, toute l’opération a duré 20 minutes. Ça ne colle pas. Nous avons là un gros problème. Vythilinga et vos autres collègues ont affirmé que vous avez passé environ cinq ou six minutes dans cette cellule. Cela me paraît plus plausible. Il y a des détails spécifiques dont vous vous rappelez, d’autres pas…
EC : À ma connaissance, je n’ai pas passé plus d’une minute et demie dans cette cellule.
RB : Nous sommes en présence des images des caméras CCTV et savons exactement à quelle heure vous êtes entré dans le Block et à quelle heure vous en êtes ressorti.
EC : …
RB : Quelqu’un s’est échauffé dans cette cellule ?
EC : Non, personne.
RB : Vous êtes d’accord qu’il y avait eu une certaine résistance de la part de Martingale ?
EC : Oui.
RB : Vous avez alors tous commencé à insister. Le ton est monté…
EC : Non.
RB : Qui lui a fait peur ? Qui s’est servi de sa matraque ?
EC : Personne.
RB : Comment a-t-il réagi quand vous avez insisté ?
EC : Il a obtempéré. Il a retiré le portable sous son oreiller. En se relevant, il l’a brisé avant de me le remettre.
RB : Personne n’a pris cela comme un manque de respect ?
EC : Non. Pour moi, notre objectif, qui était de récupérer le portable, était atteint.
Vu l’heure tardive, le magistrat Vellien a mis fin à la séance. Une nouvelle séance est prévue pour le mercredi 6 mai. Le Prison Officer Constant sera alors rappelé à la barre des témoins.

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