HOMMAGE : Ras Natty Baby, Rebel till the End !

« Leve do mo pep ! », morceau emblématique de Ras Natty Baby & The Natty Rebels, restera à jamais gravé dans la mémoire des Mauriciens. Bruno Raya, membre fondateur d’Otentikk Street Brothers (OSB) précise que « Baby inn leg sa a tou Morisien ! Leve do mo pep, li pa zis sa tit sa sante ki zame pa pou kapav aret ekouter. Leve do mo pep, c’est un hymne que Baby a donné en héritage à chaque Mauricien. »
Ras Natty Baby n’a pas que marqué la scène locale. Producteur de Kaya, Percy Yip Tong, et Jean-Jacques Arjoon, artiste multi-disciplinaire, s’accordent pour souligner que « Baby/Kaya, se mem gabari! Nou pe zwe dan lakour bann gran-la ! Nos monstres sacrés ! Les deux ont des styles et des écritures, définitivement, qui se distinguent. Mais dans le discours, les revendications, l’engagement pour les causes, la défense des sans-voix… Les deux se rejoignent. »
Des témoignages, qui dérangent mais qui remettent en perspective le combat d’un artiste plus qu’engagé, Ras Natty Baby, Rebel till the End !

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Billygane : « La politesse d’un enfant de choeur flanqué d’une âme rebelle ! »

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« Nous travaillions ensemble sur un proje t; un morceau qui s’intitule Lepep na pa le leve. C’est ironique, la vie… Kan mo ti pe ekrir sa morso-la, mo ti ena zis Baby dan mo latet. L’homme qu’il est et qui me marquera toujours. Son oeuvre, sa musique, ses écrits, ses cris, ses coups de gueule, ses revendications… *

« Je me retrouve, bien entendu, dans l’oeuvre de Baby. C’est lui, dans sa grande sagesse et modestie, qui est venu vers moi, mais aussi vers Sayaa, The Prophecy. Nous qui représentons la jeune garde, la relève. Il nous encourageait, nous prodiguait des conseils. Fort de son parcours et de tout ce qu’il a vécu, il voulait nous encadrer et nous donner les chances d’offrir le meilleur de ce que nous sommes.
« Pour moi, Baby et Kaya sont nos prophètes. Ils sont venus avec leurs mots, leurs musicalités, leurs textes, et bien sûr, leurs combats. Certains se rejoignent, effectivement. Et c’est ce qui nous rapproche. Mais ces deux hommes, ces deux artistes, ces monstres de notre scène musicale locale, j’ai un respect énorme pour eux !
« Ce qui me frappait surtout avec Baby, c’est cette douceur de caractère, cette politesse naturelle qu’il avait. J’ai aussi été très bien élevé par ma maman. Elle m’a inculqué cette même politesse, cette simplicité et ces bonnes manières. Je retrouvais tout cela en Baby. Mais il a aussi ce côté rebelle ! Un enfant de chœur. Oui, mais armé, solide et avec des tripes ! Kan Baby ena enn zafer pou dir, ki li pa dakor, li pa get gos drwat !

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« Kan Baby entonne Leve do mo pep, ce n’est pas qu’un refrain. C’est un programme politique ! Un projet de société. Et quand on l’entend reprendre ces refrain, chaque parole sonne comme une gifle! Tout le symbolisme qui est contenu là nous fait penser au Rasinn pe brile de Kaya. Des références, des Landmarks.
Merci à eux ! »

Percy Yip Tong : « Skandal ! Linn bizin fer grev de lafen pou gagn enn pansion »

« C’est avec beaucoup de peine, de tristesse et d’amertume que j’ai appris le départ de Baby. Et quelle fin ! Dans tant de souffrances, la maladie, la misère. C’est écoeurant. Mo dir touzour, bann artis kouma Baby pe bizin menas fer grev de lafen pou gagn enn pansion, se enn skandal !
« C’est triste. Les artistes sont toujours pénalisés, en comparaison, par exemple, aux sportifs. Qui ont au moins des médailles et de l’argent ! Je rencontre Baby la première fois en 1986. Je venais de rentrer au pays après mes études. J’étais allé à un concert et… wow ! Son reggae, la musique que concoctait son groupe, les Natty Rebels, c’était du reggae roots de qualité internationale !
« J’étais émerveillé ! J’ai approché immédiatement Baby. Je dois dire qu’avant de me rapprocher de Kaya, j’ai fait un petit parcours avec Baby. Nous avons fait quelques concerts dans les villes et les villages. Mais comme Baby et les siens avaient déjà une machine bien rodée – encadrement de très bonne facture, écriture, arrangement, composition. Ils n’avaient pas besoin de moi.
« Je me suis donc investi avec Kaya. Je me lançais aussi avec Natir, Mo Mam Twa. Après un début d’aventure avec Kaya et quand j’ai entrevu l’ampleur que pouvait avoir le seggae, je devais repartir pour des raisons personnelles en Europe. J’avais une crainte : que si, seul Kaya défendait les couleurs du seggae, ce serait trop fragile. Baby se laissait finalement convaincre. Et là, quelle magnifique surprise!
« La qualité des textes, les arrangements, la puissance des morceaux… Mo kontan ki apre Kaya ek Baby, bann referans seggae, inn ena Berger Agathe, Les Vautours, Ras Ti Lang, Gerard Bacorilall. Je salue aussi Baby parce que – et je ne le savais pas jusqu’à récemment – sur une radio, il a publiquement dit que c’est moi qui avais forgé le terme seggae. »

Bruno Raya : « Enn militan, enn vre ziska lafen ! »
« Avec OSB, nous avions ramené Baby sur les devants de la scène dans le cadre de plusieurs festivals locaux et régionaux. Il y a eu les hommages au seggae, et il était parmi les artistes qui ont ouvert pour des artistes internationaux lors de deux festivals Reggae Donn Sa.
« Pour nous, Baby était un membre de la famille. Nous avons les mêmes revendications, les mêmes engagements, les mêmes combats. C’est l’unique artiste local qui, avec toute sa grandeur d’âme, bien qu’il était un grand monsieur de la scène locale, m’encourageait tout le temps. Kan li koz ek mwa kan ena bann polemik, li pou touzour dir mwa : Pa pran sa bann ninport-la kont twa. Zwe to reggae.
« Du début jusqu’à la fin, Baby a été et est resté un militant. Celui qui peut être très effacé et discret. Me kan ena pou tap lor latab ek dir ase aster, il n’avait pas son second.
« Baby avait le courage, le coeur et l’audace. Pena lot kouma li. Avec Kaya, nous perdons deux de nos plus vrais militants de coeur. Bann vre militan, pa sa bann ki ena zordi zour-la dan politik.
« Quelques jours avant son décès, il communiquait toujours régulièrement avec moi. Je lisais ses messages justement. Oui. Leve do mo pep, se pa zis enn sante ki linn konpoze. C’est un hymne qu’il a légué aux Mauriciens. »


Jean-Jacques Arjoon : « Disciple de Marley, Malcolm X, Marcus Garvey…»

« J’ai connu et fréquenté Baby et ses musiciens des Natty Rebels. Nous nous appelions par des noms gâtés : Clédio, Bam, Pirog. Des musiciens costauds et de grands talents. Leve do mo pep de Baby et Mo pep to rasinn pe brile de Kaya représentent toute une réflexion et des revendications d’une génération qui ne voulait pas de division, de clanisation.
« Quand les deux chantent, ce sont des messages d’unité, de fraternité, de reconnaissance de leurs cultures et dans un but de fonder une identité mauricienne pluri-ethnique. Baby ti konn bann drwa doter par ker. Il était membre de la SACEM.
« Politiquement parlant, c’est un gars qui connaît les parcours et combats de non seulement Robert Nesta Marley (Bob), mais aussi de Malcolm X, de Marcus Garvey et de Martin Luther King. Surtout, toute la philosophie imprégnée de ces grands, le mode de vie prôné, la légalisation du gandia, le combat contre les injustices, la voix des sans-voix. Tout cela intégrait non seulement l’oeuvre mais aussi la personne.
« Mon cri, c’est que les revendications de Baby, autant que de Kaya, ne soient pas étouffées par les hypocrisies politiques ici et là pour réprimer la voix des jeunes. »

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