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…surtout à cause du conflit au Moyen Orient
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Alors que le début d’année 2026 avait été positivement porté par janvier et février
Les derniers chiffres touristiques montrent une situation à la fois encourageante et préoccupante pour Maurice. Encouragante parce que les recettes progressent fortement depuis le début de l’année 2026. Préoccupante parce que plusieurs signaux de ralentissement apparaissent déjà, notamment sur certains marchés européens traditionnellement essentiels pour l’industrie touristique mauricienne.
Sur les quatre premiers mois de 2026, Maurice a accueilli 464 208 touristes contre 446 546 durant la même période en 2025, soit une progression globale d’environ 4 %.
Le début d’année avait pourtant démarré sur une dynamique particulièrement favorable. Janvier 2026 affiche une hausse de 7,7 % des arrivées touristiques avec 125 871 visiteurs contre 116 926 un an plus tôt. Février enregistre même une progression de plus de 12 %, avec 107 650 touristes contre 95 991 en février 2025.
Mais dès mars, le rythme ralentit fortement. Le pays n’enregistre qu’une légère hausse de 1,3 %, avec 114 924 arrivées contre 113 472 l’année précédente. Puis avril marque un véritable coup d’arrêt avec une baisse de 3,7 % des arrivées touristiques. Maurice accueille alors 115 763 visiteurs contre 120 157 en avril 2025.
Avril envoie un premier signal d’alerte
Le principal signal d’alerte vient surtout du trafic aérien, qui constitue le cœur du tourisme mauricien. Les arrivées par avion chutent de 8 % en avril.
Certes, cette baisse est partiellement compensée par une hausse exceptionnelle des arrivées par mer grâce aux croisières, mais cette progression maritime reste ponctuelle et ne masque pas le ralentissement plus profond des flux aériens.
Dans cette évolution, le contexte géopolitique international joue probablement un rôle non négligeable. Les tensions persistantes autour du Golfe et du Moyen-Orient continuent d’alimenter l’incertitude dans le transport aérien mondial.
Maurice dépend fortement des grands hubs du Golfe pour une partie importante de ses flux touristiques européens et asiatiques. Toute instabilité dans cette région peut avoir des conséquences indirectes sur les réservations, les coûts des billets d’avion et le comportement des voyageurs.
Le tourisme long-courrier est particulièrement sensible à ce type de climat international. Les hausses du prix du pétrole, les inquiétudes géopolitiques et la prudence budgétaire des ménages européens peuvent rapidement influencer les décisions de voyage, surtout dans un contexte économique mondial encore fragile.
L’Europe ralentit pendant que l’Asie accélère
L’Europe reste de très loin le principal marché touristique de Maurice avec plus de 308 000 visiteurs sur les quatre premiers mois de l’année, soit près des deux tiers des arrivées totales. Mais cette domination commence à montrer des signes de faiblesse.
Sur avril uniquement, les arrivées européennes reculent de plus de 12 %. Le Royaume-Uni apparaît particulièrement affecté avec une baisse de plus de 25 % en avril et un recul global de 11,6 % depuis le début de l’année. L’Italie chute également lourdement en avril, tandis que l’Allemagne ralentit fortement malgré des résultats positifs sur l’ensemble du trimestre.
Ces évolutions traduisent probablement plusieurs phénomènes simultanés : tensions géopolitiques, hausse des coûts du voyage, pression économique sur les ménages européens, mais aussi intensification de la concurrence régionale, notamment de la part des Maldives qui dominent aujourd’hui largement le segment ultra-luxe et occupent fortement l’espace médiatique international.
À l’inverse, l’Asie apparaît comme l’un des moteurs de croissance les plus dynamiques pour Maurice. Les arrivées asiatiques progressent de plus de 17 % sur les quatre premiers mois de 2026. L’Inde continue sa progression, tandis que la Chine affiche une hausse spectaculaire de près de 47 %.
Cette tendance confirme l’importance croissante de la diversification des marchés touristiques mauriciens.
Les recettes augmentent beaucoup plus vite que les arrivées
Le volet le plus positif concerne toutefois les revenus touristiques.Selon les données publiées par laBanque de Maurices, les recettes touristiques brutes atteignent Rs 30,19 milliards pour les trois premiers mois de 2026 contre Rs 23,58 milliards un an plus tôt, soit une progression d’environ 28 %.
La hausse est particulièrement forte en janvier avec plus de 32 %, suivie de février avec près de 29 %, puis mars avec environ 23 %.
Cette évolution signifie que les recettes augmentent beaucoup plus rapidement que le nombre de touristes. Le revenu moyen généré par visiteur progresse donc nettement.
Cela peut refléter une montée du tourisme haut de gamme, une augmentation des dépenses par voyageur ou simplement une forte inflation des prix dans l’industrie touristique mondiale.
La durée moyenne des séjours reste pratiquement stable autour de 11,5 nuits. La hausse des revenus ne provient donc pas d’un allongement significatif des vacances mais bien d’une dépense plus élevée par touriste.
Maurice à la croisée des chemins touristiques
Le véritable enjeu pour Maurice apparaît aujourd’hui très clairement.
Le pays parvient encore à générer d’importantes recettes touristiques, mais plusieurs signes montrent que la concurrence régionale devient beaucoup plus agressive et que certains marchés traditionnels commencent à ralentir.
Pendant que les Maldives consolident leur image mondiale dans le tourisme ultra-premium et multiplient les grands événements internationaux, Maurice semble encore chercher son nouveau positionnement et son nouveau récit touristique.
La question centrale dépasse désormais le simple nombre de visiteurs. Elle concerne surtout la capacité de Maurice à monter durablement en gamme, à renforcer son identité internationale et à mieux résister aux grands bouleversements géopolitiques et économiques qui redessinent aujourd’hui le tourisme mondial.
Richard Duval « Maurice était sur une rampe de lancement avant que n’éclate la guerre en Iran »
Réagissant aux derniers chiffres publiés par la Banque de Maurice sur les recettes touristiques, le ministre du Tourisme, Richard Duval, a déclaré au site internet Ile Maurice Tourisme, premier site d’informations touristiques à Maurice, que ces résultats confirmaient la solidité actuelle du secteur malgré un contexte international devenu plus instable.
« Maurice était sur une rampe de lancement avant que n’éclate la guerre en Iran », a-t-il affirmé, estimant que les premiers effets des tensions géopolitiques ne se reflètent pas encore pleinement dans les recettes du premier trimestre.
Richard Duval souligne également que « Maurice, encore une fois, a montré plus de résilience que ses concurrents de la région», attribuant cette capacité de résistance à la diversification des marchés touristiques engagée ces dernières années.
« Quand certains marchés connaissent un coup de mou, d’autres connaissent un regain d’énergie. C’est notre principale force », explique le ministre, qui estime aussi que les dépenses moyennes par touriste semblent avoir légèrement progressé.
Concernant les arrivées, il rappelle que janvier et février ont enregistré « deux excellentes performances », tandis que mars n’a progressé que de 1,3 %, un résultat qu’il juge néanmoins « bon compte tenu de la situation » au Moyen-Orient.
Le ministre affirme désormais attendre les chiffres d’avril afin de mesurer plus précisément l’impact du conflit régional sur la fréquentation touristique de Maurice.

