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Moody’s Ratings met en garde contre des « Pressures on inflation, policy rates and social demand to the government »
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Le FMI prône l’urgence d’« advance reforms to rebuild fiscal space… while protecting the most vulnerable through well-targeted support »
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Mood à l’Hôtel du GM : les gros profits devront casquer au nom de la solidarité et de la stabilité sociales
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La crise au Moyen-Orient, avec le coût du billet d’avion, projette en première ligne le tourisme, avec des recettes brutes de Rs 30 milliards pour le premier trimestre
La seconde quinzaine de ce mois, avec le retour du Premier ministre et ministre des Finances, Navin Ramgoolam, du sommet France-Afrique, Africa Forward, se déroulant en début de semaine à Nairobi au Kenya, devra voir un coup d’accélérateur aux préparatifs du Budget Speech 2026-27. Aucun choix, car le gouvernement de l’Alliance du Changement Revisited s’est fixé comme calendrier parlementaire de faire adopter les Budget Estimates pour le prochain exercice financier avant l’échéance du 30 juin, pour éviter le recours au vote-on-account, assurant les premières dépenses publiques à partir du 1er juillet prochain.
Avec la fin de l’étape des consultations prébudgétaires engageant la participation des partenaires sociaux, les animateurs de la Budget Cell du Prime Minister’s Office font déjà le tri des propositions et souhaits soumis en vue du prochain budget. En complément depuis le début de la semaine écoulée, les notes d’évaluation de la performance économique élaborées au niveau international par Moody’s Investors et les premiers constats des Article IV Consultations du Fonds monétaire international sont décortiqués.
Dans l’immédiat, les ratings de Moody’s, tout en saluant les efforts de redressement de l’économie, mettent en garde contre des « pressures on inflation, policy rates and social demand to the government ». Pour sa part, la mission du Fonds monétaire international menée par Maria Colacelli mise toujours sur l’urgence de Rebuilding the Fiscal Space, avec un proviso particulier dans la conjoncture, marquée par les séquelles de la crise au Moyen-Orient, de « protecting the most vulnerable through well-targeted support. »
Tout en prenant le soin de ne pas alimenter toute psychose sur le front économique, les principaux stakeholders de l’industrie du tourisme affichant des recettes brutes de Rs 30 milliards pour le premier trimestre de cette année, à travers l’Association des Hôtels et Restaurants de l’île Maurice (AHRIM), anticipent le reste de l’année avec les prochaines peak seasons en point de mire. L’analyse est axée sur les dernières tendances, caractérisées par un ralentissement dans les arrivées depuis le début de l’année, soit une croissance de 7,7% en janvier pour se retrouver à 1,3% après une pointe de 12,1%, soit juste avant le début de l’escalade militaire préoccupante.
Les chiffres de l’AHRIM notent que le taux d’occupation hôtelier est passé de 72% à 70% en mars, tandis que les arrivées de passagers ont reculé de 3,1% entre le 1er et le 22 avril, passant de 111 594 à 108 161. Autant d’indicateurs poussant les opérateurs, petits comme grands, à s’interroger sur les retombées de la guerre au Moyen-Orient, au titre de la confiance des voyageurs, des opérations aériennes, du coût du voyage international et des décisions de réservation.
Risques potentiels
L’AHRIM est d’avis que « pour une destination long-courrier comme Maurice, cette évolution appelle des réponses rapides, ciblées et pragmatiques. » Dans cette perspective, quatre propositions budgétaires prioritaires ont été formulées et présentées au gouvernement, soit
– un plan d’action coordonné pour améliorer l’expérience touristique et les standards de destination ;
– un package précis de soutien au réinvestissement hôtelier ;
– une double déduction fiscale sur les dépenses de marketing international ;
– l’extension de la Section 67H de l’Income Tax Act aux travaux de réhabilitation côtière et de protection des plages.
Dans ses dernières notations (ratings), Moody’s reconnaît les risques potentiels qui se posent par rapport à la performance de l’industrie du tourisme pour les mois à venir. « A sustained increase in fuel prices could weigh on tourist demand, which poses a risk to government revenue collection »,concède Moody’s à ce stade, faisant étant de la stratégie adoptée par rapport aux routes non-stopvenant d’Europe, principal marché pour Maurice.
Par contre, Moody’s fait état des pressions susceptibles de se faire sentir au cours des prochains mois en faisant état du fait que « constraints from elevated interest costs and an unfavorable oil price environment that could add pressure on inflation, policy rates and social demand to the government. »
Ainsi, les conséquences des tensions politiques au Moyen-Orient ont généré « a potential headwind for the country’s economy and fiscal position. » Et cela sans compter les répercussions sur la facture des importations, et surtout des produits pétroliers, avec un poids de 4% dans le panier de la ménagère et de 23% des importations.
Moody’s fait état de la spirale des prix avec la hausse des prix des produits pétroliers sur l’ensemble des activités économiques. « In a worsening scenario, higher fuel prices could lead to pass-through inflation into the domestic economy, as all imported goods to the island would face higher transportation costs », note le document publié en début de semaine écoulée.
Sur un plan plus général, les craintes d’un éventuel downgrade sont quelque peu contenues avec les derniers commentaires de Moody’s à l’effet que « Mauritius is making its first, tangible progress on fiscal consolidation, with budget execution pointing to a material deficit reduction this fiscal year. »Le déficit a été réduit à 5,5% du Produit intérieur brut (PIB) comparativement à 9,3% pour le précédent exercice. Mais le faux bond des Diego-Dollars avec le Chagos Deal de l’ordre de Rs 10 milliards, représentant 1,3% du PIB, fera que cet indicateur devra se retrouver à 6,5% du PIB au final.
Les efforts de consolidation fiscale semblent avoir été appréciés par Moody’s « even though not fully on track with the government’s plan. » De ce fait, de juillet à février, les revenus du gouvernement ont progressé de 7,8% comparativement à la période correspondante l’année dernière, notamment un apport supplémentaire de 15,8% pour les recettes fiscales et les grants en hausse.
De l’autre côté du bilan, soit les dépenses, une réduction de 3,9% a été enregistrée. Mais le tableau est assombri avec une nette détérioration de l’ordre de 23,4% pour le servicing de la dette publique. « While Treasury bill yields have eased to around 4% from peaks of 4,5–5% in mid-2025, the overall interest bill remains high due to the slow repricing of previously issued higher-yielding debt which only gradually rolls over and the legacy of heavy borrowing in fiscal 2025 », indique Moody’s, remettant en perspective la problématique de la dette nationale se rapprochant de la barre des 90% du PIB.
Incertitudes
D’autre part, les conclusions préliminaires des Article IV Consultations du Fonds monétaire international, en attendant le Country Report, avalisé par le Board vers la fin de juin, vont dans le même sens que Moody’s par rapport aux principaux paramètres économiques, financiers et budgétaires. Même si l’économie a fait preuve de résilience jusqu’ici, « the near term outlook has weakened amid heightened global uncertainty and the war in the Middle East. »
La voie tracée en prévision du prochain budget se résume à l’urgence « to advance reforms to rebuild fiscal space » avec en complément un renforcement du monetary policy framework, un monitoringsystématique des macro-financial risks pour assurer la stabilité financière. La gamme de mesures préconisées pour contrer les demographic headwinds et les external imbalances comprend le maintien de la réforme pour soutenir la productivité, encadrer les investissements privés et des actions urgentes en matière de résilience climatique
Tout en avançant la Reform Mix envisagée, la mission Colacelli peut surprendre en accordant une prime à la dimension sociale de la réforme, avec le targeting en faveur des plus vulnérables. « This requires enhanced revenue mobilization and containment of current spending—particularly on pensions and extra-budgetary transfers—while protecting the most vulnerable through well-targeted support, including temporary measures to deal with the effects of the war », soutient le FMI dans le communiqué officiel publié lundi dernier.
Cette allusion à la nécessité d’accorder une protection aux plus vulnérables peut surprendre de la part du FMI. Mais cette nouvelle tendance s’inscrit dans la nouvelle logique de cette agence internationale avec la Managing Director du FMI, Kristalina Georgieva, intervenant en début de semaine sur la Global Economy au Milken Institute, faisant appel aux « policymakers not to throw gasoline on the fire by avoiding relief measures that end up boosting demand for oil, which would make it even more difficult to rein in inflationary pressures. » Ce qui veut tout dire.
Partant du constat d’une croissance de 3,2% en 2025, avec en force les secteurs des services, soit le tourisme et les financial services, le FMI prévoit que cet indicateur devrait descendre sous la barre des 3%, soit à 2,8%, cette année en raison des « adverse spillovers from the war in the Middle East, most notably on tourism. »
L’autre zone de turbulences se présente au chapitre de l’érosion du pouvoir d’achat des ménages, devant connaître une détérioration en 2026 en prévoyant un easing off en 2027. « Further deterioration in global growth and financial conditions, including from a prolonged war in the Middle East, would dampen growth. Higher global energy and food prices may increase inflation expectations and weaken the external position. In a risk scenario, delays in recalibrating the macroeconomic policy mix may lead to a more difficult adjustment process », prévoit le FMI.
Du pain sur
la planche
La mission Colacelli ne rate pas de relever l’incontournable poids du problème de la dette publique en une phrase lapidaire, soit « public debt is projected to remain elevated at around 88 percent of GDP at end-June 2026. »
En marge de ces Article IV Consultations, le FMI définit pour l’économie la recette qui semble être magique à l’effet que « advancing structural reforms that foster competitiveness, enhance labor supply and skills, support private investment, and strengthen climate resilience will be essential for durable growth, alongside reducing external and fiscal imbalances over the medium term. »
La mission Calacelli ajoute que les autres priorités de la réforme devraient être axées sut le plan de la gouvernance et aussi l’efficacité des Anti-Money Laundering/Combating the Financing of Terrorism (AML/CFT) Standards. Ou encore l’indépendance et l’autonomie de la Banque de Maurice.
En tout cas, la teneur de ces rapports sur l’état de l’économie venant de Moody’s et du FMI constituent du pain sur la planche pour ceux engagés dans les derniers préparatifs du Budget Speech 2026-27. Les premières réactions, émanant de l’Hôtel du Gouvernement sont qu‘il ne devrait pas y avoir de relâchement dans la remise en ordre de l’économie tout en tenant en ligne de compte la nécessité d’un filet de protection pour ceux au bas de l’échelle.
Ainsi, le mot d’ordre demeure que « ceux qui réalisent de gros profits doivent s’attendre à casquer au nom de la solidarité et de la stabilité sociales. » L’instrument privilégié pour mettre à exécution cette politique n’est nul autre que la Fair Share Contribution, introduite dans le précédent budget. L’interpellation parlementaire de Joanna Bérenger à l’ordre des travaux parlementaires de mardi revêt toute sa pertinence. Elle voudrait connaître le montant des recettes sous la Fair Share Contributionbudgétisé initialement, les revenus perçus par la Mauritius Revenue Authority après les amendements concédés et les catégories contribuables concernés. Une occasion de pousser le gouvernement à préciser ses intentions vu que dans le cadre des Article IV Consultations, le FMI reconnaît que « the primary fiscal deficit (excluding grants) is projected to narrow to 3.5 percent of GDP, from 6,5 percent of GDP in FY2024/25. The improvement mostly reflects higher revenues, mainly from the Fair Share Contribution. »
D’ici à la lecture du Budget Speech à l’Assemblée nationale au plus tard à la fin de la première quinzaine de juin, le temps sera à l’arbitrage budgétaire face aux représentations des différents secteurs, pour ne pas dire des lobbies. Aussitôt son retour du sommet Africa Forward à Nairobi, le Premier ministre et ministre des Finances se mettra à table avec ses proches collaborateurs pour approfondir la structure du deuxième budget, avec encore une fois la réforme de la pension, et probablement le retour du National Pensions Fund revu et corrigé dans le paysage du troisième âge, au cœur des préoccupations.
Subséquemment, le Grand Argentier complétera le Pre-Budget Time en recevant les différents ministres de manière individuelle pour des échanges, alors que le fiscal package devra occuper les dernières 48 heures, même si entre-temps des exercices de simulation des multiples revenue-generated formulae auront déjà été complétés avant le Grand Oral au sein de l’hémicycle.
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Sommet Africa Forward : Partenariat Afrique-France
Maurice table sur l’économie bleue,
la finance climatique et l’énergie
Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, dirigera une importante délégation à Nairobi à partir de ce jour au sommet Africa Forward visant à renforcer le partenariat entre l’Afrique et la France. Le président français, Emmanuel Macron, fera le déplacement au Kenya à cette occasion. Ce sommet réunira aussi le président de la République du Kenya et les autres chefs d’État et de gouvernement africains.
La délégation de Maurice comprend quelque 80 représentants des différents secteurs de la vie économique et des affaires, alors que le Junior Minister à l’Agro-Industrie, Fabrice David, sera également de la partie, de même que l’ambassadeur Roy Bissoondoyal.
Des indications sont que Maurice privilégiera trois secteurs prioritaires lors des délibérations et des contacts, à savoir l’économie bleue, la finance climatique et les énergies renouvelables. D’ailleurs, le programme officiel prévoit que Navin Ramgoolam sera appelé à coprésider un panel sur l’économie bleue.
Le sommet Africa Forward marque une étape majeure dans les relations entre la France et le continent africain, près de dix ans après le discours du président de la République à Ouagadougou. C’est ce qu’indique un communiqué officiel émis par l’Élysée en fin de semaine.
Il s’agit du premier sommet de ce type à être accueilli et coprésidé avec un pays anglophone. Il est à l’image de partenariats Afrique-France à la fois robustes et équilibrés. Ces partenariats se construisent en soutien du développement économique de chacun — car ils reposent sur des complémentarités réelles — et au service des populations. Ils doivent également participer d’une gouvernance mondiale plus juste et plus inclusive, qui refuse les logiques de bloc, les prédations et les nouveaux impérialismes : plus que jamais, ces partenariats sont utiles.
Paris affirme que le sommet Africa Forward illustrera la richesse et le dynamisme des relations entre le continent africain et la France par la diversité des acteurs qui y prendront part – États, entreprises, jeunesses, artistes, sociétés civiles et diasporas. Il sera l’occasion de démontrer l’engagement de la France, du Kenya et des pays africains pour accélérer les investissements croisés et pour construire et financer des solutions concrètes aux défis communs, tels que le renforcement des systèmes de santé, la souveraineté alimentaire, la compétitivité dans le domaine du numérique, l’accès à l’énergie et la connectivité.
Il s’inscrit dès lors dans la continuité du Sommet sur le financement des économies africaines de Paris en 2021, du Sommet pour le nouveau pacte financier mondial de Paris et du Sommet africain sur le climat de Nairobi en 2023, ainsi que du Sommet entre l’Union africaine et l’Union européenne de Luanda en novembre 2025.
La journée de demain, intitulée Inspire and Connect, s’ouvrira par un forum d’affaires qui mettra en évidence la profondeur des partenariats économiques franco-africains et valorisera les projets et initiatives portées par les secteurs privés africains et français.
Au cours de cette journée, plusieurs temps forts auront lieu autour de la jeunesse et sur des secteurs d’excellence, créateurs d’emploi et fédérateurs tels que le sport ou les industries culturelles et créatives.
La journée de mardi sera largement consacrée aux questions de financement du développement et aux enjeux globaux. Les questions de formation et d’emploi des jeunes, de souveraineté et de compétitivité seront au cœur des discussions. Le sommet évoquera également les enjeux de paix et de sécurité en soutien des médiations africaines et des actions de l’Union africaine. L’Élysée confirme que certaines conclusions du sommet Africa Forward viendront nourrir la préparation du sommet du G7, que la France accueillera à Evian du 15 au 17 juin.

