Contrastes sournois décryptés au quotidien

Un fait indéniable : le ton, l’ambiance et le décorum au sein de l’hémicycle, à l’approche de la période faste des prochains débats budgétaires, ont gagné en sérénité. Avec l’opposition qui se renforce, suite à l’arrivée des trois parlementaires du Front Militan Progresis prenant leurs marques dans les travées vis-à-vis de la majorité, ainsi que du député élu sous la bannière de l’Alliance du Changement, mais confirmé désormais comme faisant partie de cette même opposition, la voix de l’autre en démocratie devra pouvoir se faire entendre.

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Évidemment, ce rapport de force est loin de l’idéal. Mais les résultats des dernières élections sont ce qu’ils sont et l’hémicycle ne fait que refléter les vœux de l’électorat. Même si le système électoral en vigueur depuis bientôt 60 ans suscite des interrogations à la proclamation des résultats des différentes consultations populaires.

Tout cela relève de la forme de la vie de la Cité sans pour autant se prononcer sur la pertinence de la démarche de réforme électorale avec la présentation en première lecture par le Leader of the House du The Constitutional Revision Committee Bill dès demain.

Toutefois, ce qui est indéniable est que, peu importe les acrimonies suscitées de temps à autre, l’air parlementaire est davantage respirable qu’à l’époque des décibels démesurés d’antan censés assurer la couverture de His Master’s Voice (HMV) avec une teinte orange prononcée.

S’il en fallait une preuve, les quelque cinq heures de débats de mardi, avec en prime une Post-Dinner Seating, qui semble être une denrée assez rare ces temps-ci, en font foi. La présidence de la séance par une Leader of the House conjuguée au féminin a apporté une touche historique.

Celui qui s’est donné la peine de suivre ces débats du début à la fin concèdera que les échanges en valent leur pesant d’or. Très probablement pour accréditer l’expression selon laquelle l’occasion fait le larron. Le projet de loi inscrit à l’ordre du jour était l’adoption du National Research and Innovation Institute Bill, piloté par le ministre de l’Enseignement tertiaire, lui-même un pur produit de l’Academia.

L’élocution, la passion et la substance adoptées par la douzaine d’intervenants des rangs du gouvernement et de l’opposition, chacun dans son style, étaient à la hauteur du rendez-vous. En tout cas, un argumentaire parlementaire très loin du ras des pâquerettes, servi parfois avec une facilité déconcertante.

Les débats, consignés dans le Hansard, projettent la démocratie dans une autre sphère, confirmant que l’ambitieuse république « Mauritius Means Business ». Jusqu’ici, en paroles. Des propositions grandioses enrobées d’une phraséologie à faire pâlir plus d’un au nom du R&D.

Cette expression, datant du XVII siècle, à l’effet que the proof of the pudding is in the eating, n’est nullement désuète, surtout par rapport aux Concluding Remarks of the Mover of the Bill, soit que « that bill is to ensure that the future of Mauritius is brighter. »

Par contre, les contrastes avec ces belles envolées sur l’avenir sont encore plus sournois par rapport au quotidien infligé à la population. Pour l’érosion chronique du pouvoir d’achat des ménages, la riposte officielle est fournie par la guerre au Moyen-Orient, hors de tout contrôle. Le comité interministériel, sous la présidence du Premier ministre, est sujet à diverses interprétations, même si cela ne constitue pas nécessairement un antidote à la hausse des prix.

Toujours en termes de détérioration de la situation, le cas du Law and Order mérite plus d’attention. L’insécurité dans le domaine public n’est nullement l’engrais nécessaire pour faire fructifier les semences du National Research and Innovation Institute Bill, comme le décrit l’auteur du projet de loi à l’effet que « We need new sectors. We need new economic pillars. »

Le dernier cas de meurtre enregistré en fin de semaine dernière s’ajoute à une longue liste de crimes et de misdemeanours, ne fournissant aucune garantie au tableau du Law and Order. Le jeune fils d’un ancien ministre de la République, victime d’un crime crapuleux, a le potentiel d’un headline-grabbing event, avec un préjudice national dévastateur.

Au ministère de l’Intérieur, les clignotants en matière de sécurité doivent être au rouge. Depuis longtemps déjà. Tout comme la performance de la police sur tous les fronts, de la lutte contre le fléau de la drogue à la protection des citoyens face au cancer sociétal de la violence domestique, sans compter la vulnérabilité croissante des aînés face à des prédateurs en tous genres.

À ce jour, depuis l’avènement du Changement, le pays a connu des Assises dans des domaines des plus divers. Mais pour le Law and Order, nul besoin d’organiser des assises, car les faits se déroulent sur la voie publique. C’est encore pire pour la prolifération du trafic de drogue. Littéralement au vu et au su de tout un chacun.

Le dernier fait notoire au palmarès des Casernes centrales, avec l’arrestation de limiers de la Major Crimes Investigation Team, ne constitue-t-il pas le Swan Song d’une ère révolue aux Police Headquarters ? La sécurité de la population n’a pas de prix et ne souffre d’aucune contestation. Le temps est venu d’enrayer ces contrastes sournois minant le bien-vivre au quotidien.

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