Urgence climatique | Un expert de l’ONU « Chaque phénomène El Niño est unique » 


 

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Hausse des températures mondiales, sécheresses et inondations : l’ONU met en garde contre le retour d’El Niño cet été.
Le phénomène climatique devrait favoriser des événements météorologiques extrêmes à travers le monde, même si leur intensité reste difficile à prévoir, explique à l’AFP Wilfran Moufouma Okia, chef des prévisions climatiques de l’Organisation météorologique mondiale (OMM).
QUESTION – L’OMM annonce qu’un épisode El Niño a 80% de chances de survenir cet été. A quoi peut-on s’attendre ?
REPONSE – El Niño a pour conséquence de causer un réchauffement au niveau planétaire, même s’il est temporaire. Et autant le phénomène naît dans les tropiques, autant il affecte une grande partie de la planète.
Par exemple quand on a un phénomène El Niño, en Afrique de l’Ouest, au Sahel, en Afrique du Sud, en Australie et en Asie du Sud-est, on s’attend à des sécheresses. Et a contrario, on a d’autres régions où on observe une abondance de précipitations, comme le Sud-Est des États-Unis et surtout la région du Pacifique équatorial. Donc différentes régions vont réagir différemment au phénomène.
Ce qu’il faut aussi souligner, c’est qu’El Niño n’agit pas seul. Il agit avec d’autres phénomènes qui peuvent accentuer ou ralentir son intensité. Selon nos projections, on aura globalement un phénomène d’El Niño qui va aller d’une échelle de modérée à forte.
Q – Les Etats sont-ils suffisamment armés pour faire face aux conséquences d’El Niño ?
R – On va essayer de joindre nos partenaires, les États, les services météos nationaux, pour essayer de leur donner un contexte de nos résultats. Mais l’idée derrière, c’est surtout que les pays membres soient ceux qui affinent cette information à l’échelle locale.
On espère que les pays prendront ensuite en compte cette information dans leur planification ou bien dans leur préparation à une réponse face à El Niño. Les modèles de l’OMM sont capables de faire des prévisions six mois à l’avance. Donc on espère que les pays auront eu le temps d’anticiper.
Après il y a certaines conséquences qui vont au-delà de ce qu’un pays pourrait gérer tout seul, comme lors de l’épisode de 2023-2024. Il y avait alors eu une baisse des précipitations au Panama qui avait affecté le canal, et donc l’économie mondiale.
Q – A l’heure où le multilatéralisme bat de l’aile, la coopération météorologique internationale est-elle efficace ?
R – Il y a des progrès en matière de coopération. Les pays discutent, dialoguent plus, échangent plus d’informations sur El Niño. A titre d’exemple on a eu moins de dégâts humains en 2023-2024 qu’en 1997. Donc on peut penser que les pays sont mieux préparés ou ont tiré les leçons des précédents épisodes.
Mais il faut souligner que chaque phénomène El Niño est unique. On peut penser qu’un phénomène El Niño jugé de faible d’intensité n’aura pas de conséquences, mais c’est faux. Suivant les pays, suivant les contextes, on peut avoir des conséquences aussi dommageables que lorsqu’on a des événements forts.
Il y a peut-être une lueur d’espoir en matière de communication car je pense que les pays comprennent la nécessité d’échanger les informations. Même les pays en conflit coopèrent pour échanger les données, parce que pour prévoir un phénomène à l’autre bout du monde, il faut avoir des données de l’autre côté.


« Probable à 80% » un épisode
El Niño entre juin et août

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Le développement d’un épisode El Niño est probable à 80% entre juin et août, augmentant le risque d’événements météorologiques extrêmes dans les prochains mois, a alerté mardi l’Organisation météorologique mondiale (OMM).
Selon la dernière mise à jour de cette agence de l’ONU, les températures « exceptionnellement chaudes » des eaux du Pacifique tropical favorisent les conditions de la formation d’un épisode El Niño qui « devrait influencer les régimes de température et de précipitations à l’échelle mondiale ».
L’OMM table ainsi sur une probabilité de 80% qu’un épisode El Niño se produise « entre juin et août 2026 ».
« Les probabilités que cet épisode se maintienne au moins jusqu’en novembre avoisinent ou dépassent les 90% », ajoute l’organisation, tablant sur un « épisode au moins modéré, voire fort ».
Selon Météo-France, El Niño, et sa phase opposée La Niña, sont les noms donnés à une variation naturelle du climat, qui induit une variation marquée de la température des eaux de l’océan Pacifique équatorial, une modification de la circulation atmosphérique mondiale et peut occasionner certains événements extrêmes sur un grand nombre de régions.
Entre fin avril et mi-mai, la température de surface de la mer dans la partie centre-est du Pacifique équatorial s’est rapprochée des seuils caractérisant ce phénomène, une hausse alimentée par des températures « exceptionnellement élevées » sous la surface, dépassant de plus de 6°C les normales saisonnières, note l’OMM.
Parallèlement, les valeurs de l’indice d’oscillation australe, qui est la composante atmosphérique d’El Niño, « concordent » avec la mise en place de conditions d’apparition du phénomène, ajoute l’organisation.
« Nous devons nous préparer à un épisode El Niño potentiellement puissant, qui exacerbera la sécheresse et les fortes pluies et augmentera le risque de vagues de chaleur à la fois sur les terres émergées et dans les océans », a prévenu la secrétaire générale de l’OMM, Celeste Saulo, citée dans un communiqué.
El Niño se caractérise par une hausse des températures de surface dans le centre et l’est du Pacifique équatorial. Il se produit d’ordinaire tous les deux à sept ans et dure environ neuf à douze mois.
Le dernier épisode El Niño, en 2023 et 2024, avait fait de ces années les deux plus chaudes jamais enregistrées. Le phénomène cyclique affecte par effet domino le climat mondial pendant plusieurs mois.
« Urgence climatique »
Pour la période juin-juillet-août, l’OMM prévoit déjà un ensemble de conditions favorisant « une prédominance de températures supérieures à la normale dans presque toutes les régions du globe », avec un risque accru de stress thermique, de sécheresse dans certaines régions et d’événements extrêmes tels que les inondations ou les sécheresses sévères.
Elle rappelle ainsi que les centres de prévision régionaux prévoient des précipitations « inférieures à la normale » durant la saison des pluies de juin à septembre dans la Corne de l’Afrique, une mousson moins abondante que la moyenne en Asie du Sud et des conditions plus chaudes et plus sèches en Amérique centrale au cours de l’été.
Pendant l’été de l’hémisphère Nord, les eaux chaudes liées à El Niño peuvent aussi favoriser la formation d’ouragans dans le Pacifique central et oriental, tout en limitant leur développement dans l’Atlantique, ajoute l’organisation.
« Nous devons tous accorder à cette situation le degré d’urgence climatique qu’elle représente », a alerté le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, dans une déclaration vidéo.
« Les conditions El Niño jetteront de l’huile sur le feu d’une planète qui se réchauffe. Les impacts seront encore plus forts et ressentis encore plus loin. Ils traverseront les frontières à une vitesse dévastatrice », a-t-il poursuivi, appelant encore une fois à « mettre fin à la dépendance aux combustibles fossiles ».
Selon l’OMM, « il n’est pas prouvé que le changement climatique augmente la fréquence ou l’intensité des épisodes El Niño ».
Par le passé, l’OMM avait également indiqué que « les phénomènes climatiques à grande échelle d’origine naturelle, tels qu’El Niño et La Niña, s’inscrivent dans un contexte plus large de changement climatique d’origine anthropique ».

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