Le ministre de l’Agro-industrie, de la Sécurité alimentaire, de l’Économie bleue et de la Pêche, Arvin Boolell, a situé le rôle stratégique des ressources marines dans l’économie nationale alors que Maurice célébrait la Journée mondiale de l’océan sous le thème des Nations unies Reimagine: Beyond the World We Know – A New Relationship with Our Ocean. Parmi elles, le thon demeure l’un des principaux moteurs de croissance du secteur, générant près de Rs 14 milliards de recettes d’exportation par an. La cérémonie d’ouverture, organisée à l’Institut Français de Maurice (IFM) en collaboration avec le Mauritius Oceanography Institute (MOI), a réuni plusieurs personnalités du secteur maritime, dont le directeur du MOI, le Dr Daniel Marie, ainsi que le Junior Minister Fabrice David.
Arvin Boolell a dressé un constat sans détour sur l’état des ressources halieutiques mauriciennes. « Nous sommes arrivés dans une situation où nos lagons sont déjà appauvris en poissons », a-t-il reconnu. Face à cette réalité, le gouvernement encourage les opérateurs à s’orienter davantage vers la pêche hauturière.
Pour accompagner cette transition, les autorités mettent à la disposition des professionnels des équipements modernes, des formations spécialisées ainsi qu’un accompagnement technique assuré avec le soutien du Programme des Nations unies pour le Développement (PNUD), du gouvernement japonais et d’autres partenaires internationaux. « Nous leur donnons les moyens d’améliorer leurs captures et de mieux conserver leurs prises. Il faut vivre avec la réalité : les eaux des Seychelles sont naturellement plus poissonneuses que celles de Maurice », dit-il.
Le ministre est revenu sur l’importance économique du thon pour Maurice. Les exportations liées à cette filière rapportent annuellement près de Rs 14 milliards, faisant du pays l’un des principaux centres régionaux de transformation et de commercialisation des produits thoniers dans l’océan Indien.
Cette filière représente également un enjeu stratégique dans les discussions avec le Royaume-Uni concernant l’avenir des activités de pêche dans la région. Il a notamment fait état des engagements relatifs au Tuna Canning devaient être respectés. « Il y a eu un engagement formel. Il faut le respecter », précise-t-il.
Tout en plaidant pour une meilleure valorisation des ressources marines, le gouvernement entend préserver l’équilibre fragile entre développement économique, biodiversité et tourisme marin. « Nous encourageons également l’aquaculture tout en veillant à maintenir un équilibre, car nous sommes engagés dans le développement du tourisme marin », ajoute-t-il.
Cette recherche d’équilibre s’inscrit dans la future législation sur l’économie bleue actuellement en préparation. Ce texte de loi devrait fournir un cadre plus structuré pour le développement durable des activités maritimes. Maurice veut attirer les investissements dans sa vaste zone économique exclusive.
Au-delà de la pêche, Maurice mise sur l’immense potentiel de sa zone économique exclusive (ZEE), qui s’étend sur plus de 2,3 millions de kilomètres carrés. Lors du récent sommet France Forward à Monaco consacré au financement de l’économie bleue, le gouvernement a lancé un appel aux investisseurs internationaux, fonds souverains et institutions financières de développement pour soutenir les projets liés à l’exploitation durable des ressources océaniques.
S’appuyant sur une étude de la Banque mondiale intitulée The Ocean Economy in Mauritius : Making it Happen, Making it Last, les autorités estiment que l’économie océanique pourrait doubler sa contribution à l’économie nationale grâce à des investissements ciblés.
Maurice entend notamment mobiliser des mécanismes innovants de financement tels que les obligations bleues souveraines, les échanges dette-nature, les crédits carbone marins et les fonds climatiques internationaux afin de réduire les risques pour les investisseurs privés.
Le Junior Minister Fabrice David a, pour sa part, fait état d’une proposition formulée récemment par le Premier ministre, Navin Ramgoolam, lors du sommet France Forward de Nairobi, soit la création d’un forum regroupant les îles africaines dont les Zones économiques exclusives dépassent un million de kilomètres carrés.
Cette plateforme viserait à renforcer la coopération régionale dans les domaines de la gestion durable des ressources marines, de la sécurité maritime et du financement de l’économie bleue.

