DROGUES ET FLEAUX SOCIAUX —40 ans du Groupe A de Cassis / 20 ans de Lakaz A — Cadress Rungen : « Politisien pa oule krwar dan konba kont ladrog ! »

« Aujourd’hui nous devons nous battre contre la corruption, le blanchiment d’argent, la Unexplained Wealth et tout ce qu’entraîne le Narcotrafic dans un pays »

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Vendredi 12 juin, le Groupe A de Cassis a mis les petits plats dans les grands. Des invités – pas du tout comme les autres – étaient conviés à célébrer avec les membres fondateurs de l’ONG Groupe A de Cassis, ses 40 ans d’existence. Le lieu choisi : la structure d’accueil, d’écoute et d’encadrement, sise à la rue St-Georges, Port-Louis, Lakaz A, qui souffle, elle, ses 20 ans de présence à toute épreuve auprès des plus démunis, les marginaux et les rejetés de la société ; soit, les toxicomanes, actifs et anciens usagers; les travailleuses du sexe; les sans-abris; les Personnes vivant avec le VIH (PVVIH°. Autour d’eux, des bénévoles et des animateurs du centre, et surtout, des mamans des toxicomanes du groupe SEL (Solidarité, Ecoute, Liberation). Cadress Rungen, membre fondateur du Groupe A de Cassis, son président, Eddy Begue, et plusieurs autres membres de cette grande famille, ont, le temps d’une messe d’action de grâce et d’une inauguration du centre rénové, pris le temps et la mesure du temps.
« Nou ti naif ena 40 an de sela ! Nou ti krwar… Krwar ki kan nou angaz nou ek ed bann viktim ladrog, nou ti pe ed nou pei sorti dan petrin. À la place, voilà, nous sommes en train de célébrer 40 ans de lutte ! Si bann politisien ti krwar dan sa konba kont ladrog la, kapav nou pa ti pou la! » Cadress Rungen jette un regard lucide et brut sur la situation.
« A l’époque quand nous nous engageons, nous étions aux côtés des usagers du Brown Sugar. C’étaient des jeunes comme moi et les autres. Nous nous sommes embarqués dans cette lutte. Nous voyions des jeunes et des adultes, comme nous, qui tombaient, dans la rue, à côté de nous, dans les quartiers où nous vivions. Nous allions vers eux et nous apprenions qu’ils prenaient du Brown Sugar. Et parce qu’ils étaient devenus accros à cette substance nocive, ils n’avaient pas d’endroit où aller. Pourtant, ils voulaient s’en sortir; décrocher, revenir à une vie normale. Mais où aller ? À l’hôpital ? On n’y soigne pas les victimes de stupéfiants. À la police ? Ils passent deux, trois jours en prison et retombent sur les mêmes trottoirs où rodent les marchands de la mort. Face à ce manque d’alternative, d’options, de savoir, de personnes de ressources pour nous guider, nous diriger, nous eûmes alors l’idée de lancer un groupe, qui est devenu le Groupe A de Cassis.»

Joie et tristesse

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Cadress Rungen se dit « triste et content à la fois ». Il ajoute : « je suis content de voir les mamans des toxicomanes, nos mères courage du Groupe SEL. Bon nombre d’entre elles aujourd’hui sont devenues des battantes, des guerrières qui aident d’autres Mauriciennes, dont les enfants sont piégés par les marchands de la mort, à remonter la pente, à ne pas baisser les bras. Nos mamans forment ces autres victimes à vivre avec leurs blessures de mères devant accepter les violences de leurs enfants, apprendre à leur parler, les écouter et les aider. »
Ce qui, en revanche, l’attriste, c’est « d’avoir à continuer le combat ! 40 ans que cela dure. Et au lieu de voir le problème être atténué, au lieu d’avoir un certain répit, c’est tout le contraire. Zordi, nou pa pe zis lager kont adiksion, me enn lafoul lezot problem ! Avec le trafic qui gangrène notre société, où aucune région du pays n’est épargnée, avec les Simik qui transforment nos compatriotes, jeunes comme adultes, et même des enfants, en zombies, il y a la corruption, le blanchiment d’argent, la Unexplained Wealth. Toute cette cohorte qui voit le jour avec une économie parallèle, qui s’infiltre et s’immisce partout dans notre pays. Tout ce qu’entraîne le narcotrafic dans un pays, un système qui Collapse. Kouma nou pou konbat sa si politisien mem pa krwar dan konba la ? »

« Krwar »

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« Croire » est d’ailleurs le mot choisi, le thème sous lequel s’inscrit ce double anniversaire. « Au tout départ, ce sont deux religieux qui ont cru en nous, jeunes, qui voulions combattre la drogue. C’était le Cardinal Jean Margéot et l’Imam Beeharry. Ce sont les deux premiers à s’engager à nos côtés pour aider les victimes du Brown Sugar. »
Cadress Rungen se souvient que « Kardinal ti idantifie enn vie garaz an tol. Il avait fait nettoyer l’endroit. Et c’est là qu’est né le Centre d’Accueil de Terre Rouge (CaTR). Le cardinal Margéot et l’Imam Beeharry ont vu et compris que nous voulions aider notre pays. Et c’est pour cela qu’ils ont tenu à nous aider. »
D’autres ont pris le relais Il cite, de fait « des individus et des personnalités comme Cassam Uteem et Jérôme Boulle. D’autres religieux ont emboîté le pas du cardinal Margéot : le cardinal Maurice Piat, et maintenant, Mgr Jean Michaël Durhône. Il y a aussi l’abbé Gérard Mongelard et Acharya Maistry qui sont descendus avec nous sur le terrain durant nos campagnes de prévention un peu partout dans le pays. »
« Croire », reprend Cadress Rungen, « c’est se donner les moyens et d’aider les autres à rêver. Parce que le Cardinal Margéot croyait en nous, il nous a ouvert le chemin vers la formation en nous envoyant à Rome pour découvrir et apprendre les rudiments du Projet Homme – qui est la base du Centre de Solidarité pour une Nouvelle vie (CDS) .»
Le membre fondateur avance qu’il n’est pas défaitiste. « Mo kontan mo pei. Mo kontan mo bann konpatriot. Comme beaucoup d’entre nous, nous voulons sauver notre jeunesse surtout des drogues synthétiques. Au sein de Lakaz A, avec le soutien précieux du diocèse, et le peu de moyens à notre disposition, nous mettons tout en œuvre. Mais nous ne pouvons pas faire des miracles. »
Eddy Begue, président du Groupe A de Cassis, renchérit. « Depuis que nous nous sommes engagés, nous parvenons à toucher 2 900 personnes par an. Le groupe SEL a permis d’aider et d’encadrer 780 parents dont les enfants – jeunes comme adultes – prennent des drogues. Notre aile jeune – CAZAdo qui touche les 17 à 25 ans, a pu atteindre 575 personnes. Et au sein de Zanfan Beni, ce sont 116 enfants que nos encadreurs accompagnent. Il ne faut pas oublier aussi les sessions Les Envoyés dans les différentes régions du pays. Et nous n’avons pas un personnel qui dépasserait la dizaine de personnes. »
Une conclusion unanime de Cadress Rungen et Eddy Begue : « un de nos souhaits, c’est de pouvoir employer des professionnels. Car les demandes sont croissantes et nous sommes conscients que sans des professionnels qui connaissent leur métier, nous ne pouvons faire grand-chose. »

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