Dans la matinée du jeudi 4 juin, un cadre de la Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA) s’est présenté à la police pour consigner une Precautionary Measure à l’encontre de son directeur, Benoît Harter. De source officielle, les deux hommes auraient eu une vive altercation après que le cadre aurait refusé d’exécuter des directives qui ne relèveraient pas de ses prérogatives. Et vendredi après-midi, après que nous ayons pris contact avec Benoît Harter pour solliciter une déclaration à ce sujet, ainsi que sur des questions entourant IMEX et INDABA 2006, un remboursement de Rs 111 484 que lui exige le ministère du Tourisme, et des interrogations soulevées au sein même de ce ministère et de la MTPA sur ses qualifications, ce dernier, après avoir répondu à toutes nos questions, a à son tour consigné une Precautionary Measure à la police contre Week-End. Avant même la rédaction de cet article, sans connaître son contenu, sans jauger le recours à une mise au point… le directeur de la MTPA s’est rendu à la police vendredi après-midi pour déposer une Precautionary Measure contre Week-End. Par ailleurs, les tensions qui existeraient entre la nouvelle direction de la MTPA et le ministère du Tourisme ont connu un autre tournant lundi dernier. La secrétaire permanente au ministère aurait été « contrainte » de faire ses cartons pour le ministère des Affaires étrangères, après une rencontre avec le Secretary to Cabinet and Head of the Civil Service le jour même, portant sur ses difficultés à faire respecter les procédures administratives par la direction de l’organisme. Cette situation à la MTPA n’est que la partie émergée de l’iceberg…
Selon nos informations, le départ de l’ancien tandem dirigeant de la MTPA aurait apporté un court répit dans les tensions qui existaient entre la direction de l’organisme et le ministère du Tourisme, notamment sur des questions de transparence et d’administration financière, entre autres. Par ailleurs, en termes de tensions internes, le ton serait monté de plusieurs crans entre un haut officier de la MTPA et son directeur, il y a un peu plus d’une semaine. Le premier, qui n’aurait pas apprécié des directives qu’il estime ne pas relever de ses responsabilités et qui lui auraient été attribuées, aurait fait savoir qu’il ne souhaitait pas s’en acquitter. S’en serait suivie une altercation entre le cadre et le directeur de la MTPA. Le jeudi 4 juin au matin, l’homme s’est rendu au poste de police de Quatre-Bornes et a consigné une Precautionary Measure contre Benoît Harter.
Contacté par Week-End pour une déclaration sur la Precautionary Measure consignée au poste de police de Quatre-Bornes, Benoît Harter s’est d’emblée dit surpris par cette information. « Je ne suis pas au courant de cela », nous a-t-il affirmé, en précisant qu’il n’avait pas été informé par la police à ce sujet.
Rappel répété au respect des procédures
D’autre part, les tensions internes, nourries par des désaccords persistants sur la gouvernance de l’organisme et la gestion des missions à l’étranger, notamment celles récemment effectuées par le directeur de la MTPA et deux officiers, alimentent les conversations au siège de l’institution. Elles seraient même à l’origine de spéculations sur une éventuelle démission de la direction. Si Benoît Harter a démenti dans la presse toute intention de démissionner, les divergences portant sur le degré d’autonomie de la MTPA vis-à-vis de son ministère de tutelle semblent aujourd’hui au cœur de controverses d’ordre administratif et financier.
Des échanges de courriels relatifs à des déplacements à l’étranger, dont deux missions à La Réunion et une en France, témoignent de rappels répétés : « All official overseas missions are required to be in strict compliance with the provisions of Circular No.10 of 2017 from the Ministry of Finance, which governs travel modalities and cost-effectiveness, amongst others, for official missions », des procédures et protocoles en vigueur. C’est dans ce contexte que le ministère du Tourisme attendrait encore un rapport sur la participation d’une délégation de la MTPA à un atelier à l’intention des opérateurs touristiques sur les avantages sociaux des employés, leur bien-être et les questions liées à la gestion du personnel en milieu de travail, qui a eu lieu le 24 avril dernier.
Transparence
Le 15 mai dernier, le ministre du Tourisme, Richard Duval, a été officiellement informé de tensions entourant la participation d’une Tourism Promotion Officer de la MTPA au salon IMEX de Francfort. Selon nos informations, cette participation n’aurait pas obtenu la validation préalable du conseil d’administration. Malgré les signalements effectués au plus haut niveau, les tentatives visant à faire respecter les procédures en vigueur, notamment en matière d’approbation du conseil et de transparence, seraient restées sans effet. Dans un contexte de restrictions budgétaires, certaines missions, dont l’IMEX 2026 et l’Indaba 2026 en Allemagne et en Afrique du Sud respectivement, auraient, selon certaines sources, pu être prises en charge par les bureaux de représentation de la MTPA à l’étranger, sans nécessiter le déplacement systématique de personnel basé à Maurice.
Participation non éligible ?
L’IMEX 2026 est un salon spécialisé dans le secteur MICE (Meetings, Incentives, Conferences and Exhibitions) qui se tient à Francfort, en Allemagne. Ce salon est principalement fréquenté par les hôteliers et les DMC (Destination Management Companies) mauriciens dans le but de développer des opportunités commerciales et d’établir de nouveaux contacts pour de futures collaborations. Or, pour l’édition 2026, trois entreprises qui ne seraient pas directement liées à l’industrie touristique ont fait le déplacement en Allemagne.
« L’une des conditions préalables à la participation aux foires et salons internationaux organisés par la MTPA est que les entreprises disposent d’une licence commerciale valide et soient enregistrées auprès de la Tourism Authority. En tant qu’office national du tourisme, la MTPA agit comme facilitateur pour les entreprises touristiques souhaitant participer à ces événements internationaux et leur facture des frais de participation subventionnés. Ces sociétés d’événementiel ont été autorisées à participer tout en bénéficiant de ces subventions, Il n’existait aucune raison valable permettant à ces sociétés d’événementiel de bénéficier des tarifs subventionnés de la MTPA. Si elles souhaitaient malgré tout participer au salon, elles auraient dû s’acquitter de l’intégralité des frais de participation, ce qui n’a pas été le cas », indique une source à la MTPA.
De 2009 à 2012, le directeur de la MTPA était employé par une des boîtes événementielles concernées. Il occupait le poste de Project Manager (voir plus loin).
Relation tendue avec la direction
La PS au Tourisme transférée aux Affaires étrangères
S’agissant du transfert de l’ancienne Permanent Secretary du ministère du Tourisme à celui des Affaires étrangères, celui-ci est survenu lundi dernier, soit le jour même après sa rencontre avec le Secretary to Cabinet and Head of the Civil Service, Suresh Seeballuck. D’ailleurs, suivant cette rencontre, la PS a envoyé un courriel à ce dernier le même jour pour exprimer sa surprise et à la fois son inquiétude face à la possibilité de son transfert immédiat hors du ministère du Tourisme, voire de sa « mise à la retraite dans l’intérêt public », sur la base de pressions et de plaintes émanant notamment de la direction actuelle et passée de la MTPA. Elle affirme avoir tenté d’expliquer que les difficultés à la MTPA proviendraient principalement de problèmes de non-respect des procédures administratives par la direction, mais que ses explications auraient été écartées. Cette dernière lui a également remis des documents pour clarifier la situation et être examinés afin de mieux comprendre le contexte des tensions au sein de la MTPA.
Chronologie d’une demande de remboursement de Rs 111 484
C’est le 10 avril que le directeur de la Mauritius Tourism Promotion Authority, Benoît Harter, a informé le ministère du Tourisme de son intention de se rendre en France les 15 et 16 avril 2026. Le but : participer à une conférence de presse organisée par Air Mauritius en France et rencontrer plusieurs partenaires touristiques, notamment la société JCDecaux ainsi que FRAM tour-opérateur identifié dans le cadre de la préparation d’une campagne promotionnelle prévue pour mai dernier. Le directeur indique également que « this decision to do this conference was also vetted and approved by the Minister. » Le 13 avril, le ministère l’informe « that approval of the Board of the MTPA has not yet been obtained prior to the seeking the approval of the Ministry. »
Dans la demande initiale transmise aux autorités, le coût du déplacement était estimé sur la base d’un vol direct Air Mauritius, pour un billet évalué à Rs 31 435, avec un budget global de mission incluant l’hébergement et les indemnités fixé à Rs 27 010, portant ainsi le coût total prévu à environ Rs 58 445.
Par la suite, le directeur de la MTPA a revu son itinéraire et opté de voyager via La Réunion avec la compagnie Air Austral, invoquant l’indisponibilité de sièges sur les vols Air Mauritius et Turkish Airlines. Ce changement a entraîné une hausse importante des dépenses, le billet d’avion passant à Rs 130 354, tandis que les frais d’hébergement et autres dépenses liées à la mission ont été réévalués à Rs 39 575. Dans une correspondance datée du 2 juin 2026, le ministère du Tourisme précise que, bien qu’une approbation ait été accordée dans l’urgence le 13 avril 2026 en raison du court préavis, la procédure normale n’aurait pas été respectée, notamment que le déplacement n’aurait pas été soumis au préalable à l’approbation du conseil d’administration de la MTPA.
Le ministère souligne également que les modifications de l’itinéraire et l’augmentation significative des coûts n’auraient pas été validées de manière formelle. « After verrification with Air Mauritius, the latter informed that no seat was available for the flight of 14 April 2026 as the MTPA failed to renew the booking thereof. The ministry was further informed that an alternative seat was available on the Air Mauritius direct flight departing on 13 April 2026 at 21.45 hrs and proposed to the MTPA, but the Director did not opt to travel by this flight. Instead, the Director, MTPA opted to make alternative flight arrangements with Air Austral sith departure scheduled on 14 April 2026 at 17.00hrs, to proceed to Paris via Reunion Island, at at significaly higher cost », indique le courriel du Tourisme à la MTPA.
En conséquence, le ministère estime que le déplacement n’a pas respecté les principes de bonne gestion des fonds publics et demande que le montant supplémentaire de Rs 111 484 soit remboursé par le directeur de la MTPA.
Parcours
De la régie du son à la direction de la MTPA
La nomination de Benoît Harter à la tête de la Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA) pour succéder à Avinash Teelock a été avalisée par le Conseil des ministres en 2025. Spécialiste de la régie du son, Benoît Harter a suivi une formation orientée vers ce secteur. Électricien certifié Réseau Legrand, il débute sa carrière dans l’hôtellerie en 1996 en tant que technicien du son, un métier qu’il exercera à Maurice et en France jusqu’en 2009. En 2004, il fonde en France BH Conception SARL, une entreprise spécialisée dans la régie de spectacles. De 2009 à 2012, il travaille à Maurice pour une société spécialisée dans les projets audiovisuels. Il est également le fondateur de SPEX Services Ltée, créée en 2007, qu’il dirigera par la suite. L’entreprise est active dans les domaines de l’intégration audiovisuelle et des installations électriques.
Le scheme of service pour le poste de directeur — avec un salaire mensuel de Rs 119 500 — prévoit que cette fonction doit être occupée par un titulaire d’un « Degree in the Social Science field from a recognised University » ou être détenteur d’une qualification équivalente, jugée acceptable par le board. Le candidat doit également justifier d’« at least ten years proven and continuous experience in international Tourism Destination Marketing », ainsi que plusieurs années d’expérience dans la diversification des marchés et la coopération régionale en matière de marketing touristique. S’y ajoutent un « proven knowledge and training in Tourism Marketing/Management and/or Mass Communications », une « knowledge in Research Methodologies and Statistics », ainsi qu’une « proven ability to set up IT systems for Tourism Marketing on an international scale ».
Benoît Harter :
« Je suis surqualifié »
- — Rs 111 484 : « Je ne peux pas rembourser ce que je n’ai pas volé ! »
Invité à commenter les questionnements qui circulent sur ses qualifications, Benoît Harter renvoie ceux qui doutent de son expertise à son compte LinkedIn, où il affirme avoir publié son CV. « Je suis qualifié, même surqualifié », nous a-t-il déclaré. Il nous a promis une copie de son CV, que nous n’avons jamais reçue.
Le directeur de la Mauritius Tourism Promotion Authority estime être la cible d’« attaques personnelles » au sein du ministère du Tourisme. « Les raisons pour lesquelles on s’attaque à moi sont flagrantes », affirme-t-il, sans toutefois fournir davantage de détails. Il rappelle avoir « abandonné » son entreprise SPEX Services Ltée afin de se consacrer à « son pays ». Il soutient également agir différemment de ses prédécesseurs, affirmant ne pas utiliser les ressources de la MTPA à des fins personnelles. « Je n’utilise la voiture de la MTPA que dans le cadre de mes fonctions. Je me déplace avec ma voiture personnelle », précise-t-il.
Pour ce qui est du remboursement des Rs 111 484 réclamées par le ministère du Tourisme, Benoît Harter est catégorique : « Je ne peux pas rembourser ce que je n’ai pas volé ! » Le directeur de la MTPA rejette toute irrégularité et affirme n’avoir commis aucune faute. Pour justifier les dépenses liées à son déplacement à Paris, Benoît Harter explique que celui-ci s’inscrivait dans un contexte de crise internationale. Selon lui, « à la suite du conflit armé ciblant l’Iran, un comité de crise a été mis sur pied. Dans ce cadre, il aurait été décidé qu’Air Mauritius, la MTPA et le ministère du Tourisme tiennent conjointement une conférence de presse à Paris. »
Le déplacement, précise-t-il, n’a duré que deux jours. Il soutient également qu’au moment de réserver son voyage, aucune place n’était disponible sur les vols d’Air Mauritius. Il a donc effectué l’aller-retour à bord d’Air Austral. À propos du montant de Rs 111 484, Benoît Harter affirme que cette somme inclut notamment les taxes aéroportuaires liées au voyage et ne relève pas de « gaspillage de fonds publics ». Il maintient ainsi que les dépenses engagées étaient justifiées dans le cadre de sa mission et qu’il n’a aucune raison de procéder à un quelconque remboursement.
Concernant sa participation aux salons professionnels IMEX et INDABA, Benoît Harter soutient que toutes les démarches entreprises l’ont été dans l’intérêt de la destination mauricienne et dans le respect des procédures établies. Il explique qu’à son arrivée à la tête de la MTPA, il a constaté un manque de visibilité de Maurice sur certains marchés stratégiques. Pour y remédier, il dit avoir mis en place des clusters afin de renforcer la présence et la promotion de la destination lors des grands rendez-vous internationaux du tourisme.
Selon lui, les décisions relatives à ces événements ne sont jamais prises de manière unilatérale. « Toutes les décisions sont prises en concertation avec le board, y compris les campagnes de promotion », affirme-t-il. Il ajoute que des mission letters ont systématiquement été transmises au ministère du Tourisme ainsi qu’au conseil d’administration, assurant que l’ensemble du processus s’est déroulé dans la transparence. Il rappelle également qu’un représentant du ministère du Tourisme siège au sein du board de la MTPA.
Benoît Harter fait également valoir qu’au moment des événements concernés, les contrats de plusieurs représentants de la MTPA à l’étranger étaient arrivés à échéance. Dans ce contexte, il estimait nécessaire de dépêcher sur place des officiers expérimentés de l’organisme, notamment sur des marchés jugés prioritaires, afin d’assurer la coordination des opérations organisationnelles. Il souligne par ailleurs que l’approbation ou le rejet des participations aux missions relevait de la secrétaire permanente du ministère.
Quant à l’appel à la participation destinée aux opérateurs du secteur MICE (Meetings, Incentives, Conferences and Exhibitions), il précise qu’il a été approuvé par le conseil d’administration de la MTPA. Les opérateurs sélectionnés devaient, conformément au principe en vigueur, assumer 40% des coûts liés à leur déplacement. S’agissant de la participation à l’IMEX 2026 de son ancien employeur, Benoît Harter réfute catégoriquement toute situation de conflit d’intérêts. « La preuve, quand j’ai quitté mon emploi, je suis parti en désaccord avec lui », affirme-t-il.
Precautionary Measure contre Week-End
« Je fais ce que j’ai à faire pour protéger ma réputation »
Mis en présence de documents et d’informations que nous avons recueillis relatifs aux divergences entre la direction de la MTPA et le ministère du Tourisme, et que nous exposons ici, dans un souci d’équilibre, nous avons pris contact avec le directeur de l’organisme, Benoît Harter, afin qu’il puisse donner librement sa version des faits.
Dans un premier temps, vendredi dernier, nous l’avons informé de l’objet de notre appel et avons convenu de nous reparler plus longuement ultérieurement. Ce qui a été fait dans un second temps. Mais entre-temps, Benoît Harter a pris contact avec la direction du Mauricien Ltée pour s’enquérir de notre démarche. Lors de notre entretien avec lui, le directeur de la MTPA a pris connaissance de nos questions sur les critiques soulevées le concernant au sein même du ministère et de l’affaire de Precautionary Measure. Benoît Harter nous a répondu et ses réponses ont été fidèlement rapportées.
Sauf que, dans l’après-midi de vendredi, alors que l’article n’avait pas encore été rédigé et encore moins publié, le directeur de la MTPA s’est rendu au poste de police pour consigner une Precautionary Measure contre Week-End. Contacté au téléphone hier matin, Benoît Harter a décliné nos appels. À la question, envoyée par message, puisqu’il ne souhaitait pas nous parler, de savoir pourquoi et contre qui il s’est prémuni d’une Precautionary Measure, il nous a répondu en nous accusant de « porter atteinte » à son « intégrité et réputation » sur la base « d’allégations et d’informations erronées. » Il affirme : « Je sais qui est derrière ces manœuvres intimidantes (…) Je fais ce que j’ai à faire pour protéger ma réputation, mon intégrité et ma famille. »

