Le MCB Group revoit à la baisse ses prévisions de croissance de 50 points, soit 2,9%, avec option de nouvelles révisions avec toute dégradation de la situation au Moyen-Orient
- Indicateurs au rouge : tourisme -0,8% pour la période de mars à mai, avec le coût du ticket d’avion en hausse de 25%, manufacture : -20,2% pour le premier trimestre ; déficit commercial de Rs 245 milliards (31% du PIB) et déficit du compte courant de 6,9% ou encore la dette à 89,5% du PIB
- Bouée de sauvetage : « Preserving Mauritius’ investment-grade sovereign rating remains a cornerstone of the IFC’s reputation, underpinning its credibility and reinforcing its attractiveness as a leading platform for trade and investment in Africa »
Dans le run-up du deuxième Budget Speech du gouvernement de l’Alliance du Changement devant être dévoilé vendredi par le Premier ministre et ministre des Finances, Navin Ramgoolam, et indépendamment de la publication des Mauritius – Article IV Consultations – Country Report and Selected Issues inscrites à l’agenda du board du Fonds monétaire international (FMI) à Washington le 8 juillet prochain, le Group MCB est venu remettre les pendules économiques à l’heure. Tout semble indiquer que le prochain discours devra prescrire une série de vaccins budgétaires, qui dit injections dit aussi des effets primaires et secondaires non-négligeables pour renverser le diagnostic de ralentissement de l’économie et pour booster les efforts de réforme et de redressement, renversant la morosité. Le volet de l’Indian Ocean Economic Outlook du MCB Group consacré à Maurice est sans compromis en ce qui concerne les perspectives, dans la mesure où les principaux paramètres de croissance sont en berne. Mais l’optimisme est de rigueur, car le MCB Group retient que « economic growth could, nonetheless, still surprise on the upside – supported by a stronger tourism outturn, higher investment, driven notably by a faster-than-anticipated implementation of renewable energy projects, and potential windfall inflows into the Mauritius IFC amidst a rerouting of capital from jurisdictions impacted by the war. »
Le scénario retenu par la MCB Research Team, menée par Vick Hurrynag, se résume à une révision à la baisse du taux de croissance de 50 points, soit sous la barre du seuil critique de 3%, exactement à ce jour de 2,9%, comparativement aux projections initiales en début d’année. Des risques de nouveaux ajustements à la baisse subsistent. Les autres indicateurs de performance économique ne se présentent guère de manière positive, dont une régression de 0,8% dans le tourisme pour la période de mars à mai avec les premières retombées de l’escalade militaire préoccupante au Moyen-Orient se faisant ressentir, les exportations manufacturières en chute libre de l’ordre de 20,2% pour le premier trimestre, avec pour conséquence directe un déficit commercial annoncé de l’ordre de 31% du Produit intérieur Brut (PIB), soit de Rs 245 milliards d’ici à décembre prochain.
Toutefois, le secteur des services financiers pourrait s’avérer la bouée de sauvetage pour l’économie dans la conjoncture. À ce titre, le MCB Group émet un proviso, notamment « preserving Mauritius’ investment-grade sovereign rating remains a cornerstone of the IFC’s reputation, underpinning its credibility and reinforcing its attractiveness as a leading platform for trade and investment in Africa. »
D’entrée de jeu, l’analyse du MCB Group évoque les risques latents découlant de l’instabilité géopolitique prévalant au Moyen-Orient depuis le 28 février dernier, avec Maurice dépendant de l’extérieur pour assurer ses approvisionnements stratégiques, dont des produits pétroliers, pesant 23% dans les importations globales, et la facture alimentaire ajoutant 20% additionnels. « Mauritius’ structural dependence on imports continues to expose the economy to external shocks, despite ongoing efforts to boost local production. The import basket remains concentrated in commodities, with petroleum products accounting for around 23% of total goods imports and food a further 20%, while exports of goods have shown signs of weakness in recent years, limiting the ability to offset these pressures », fait ressortir le MCB Outlook.
De toute evidence, le MCB Group affirme sans équivoque que « the external environment remains highly volatile, while the National Budget — due on 19 June – could also have implications for the policy and economic growth outlook. » Ce qui amène à l’éventualité d’un protracted scenario, dans la mesure où si les annonces de Donald Trump pour un retour à la paix aux Moyen-Orient ne se traduisent pas dans les faits au cours du second semestre, la situation sur tous les fronts pourraient connaître de nouvelles détériorations. « The effects already being felt through higher commodity prices, disrupted supply chains and exchange rate pressures would likely become more entrenched and intensify while access to some critical goods might be dampened. Economic growth in Mauritius could then fall by around one percentage point or more relative to our reference case », prévient le MCB Group, qui soutient que « as the situation stands, the balance of risks to the country’s growth outlook is tilted to the downside, in view of the high uncertainties regarding the duration of the war. »
Avant de s’engager dans une revue des forces et faiblesses des secteurs économiques, tirant la croissance de l’économie, le MCB Group revient sur l’urgence d’une reprise en mains sur le plan de la consolidation fiscale pour parachever la réforme de l’économie envisagée depuis des exercices financiers déjà, notamment en matière de gestion de la dette publique se situant en cette fin d’année financière juste sous la barre des 90%. La MCB Research Team passe en revue la série de réformes fiscales mises en chantier depuis 2025, même si les résultats probants se font toujours attendre « with Mauritius’ fiscal burden having remained high in the post pandemic period. »
Solidarité nationale
Toutefois, des premiers green shoots sont visibles, soit une hausse de 12,1% des recettes publiques, atteignant les Rs 160 milliards pour la période couvrant juillet 2025 à avril dernier. À la base de cette performance, des Income Tax Receipts en progression, avec en complément des dépenses publiques sous contrôle, soit une baisse de 1,3%. Et cela en dépit de la tendance à la hausse des taux d’intérêt sur le marché. Le manque à gagner de Rs 10 milliards sous forme de loyer de la base militaire de Diego Garcia sous le Chagos Deal pèse lourd dans la balance budgétaire.
En contrepartie, la hausse des prix pétroliers à la pompe a pour effet de permettre au gouvernement d’engranger des revenus supplémentaires sous forme de taxe. Mais des dépenses publiques supplémentaires pourraient s’imposer sur le front social pour atténuer l’érosion du pouvoir d’achat des ménages. « While higher fuel prices may provide some offsetting support to revenues, the associated rise in inflation could necessitate targeted and temporary measures to cushion vulnerable households and firms from rising costs, with weaker economic growth dynamics also likely to impact the pace of fiscal consolidation », préconise le MCB Group au nom d’une politique de solidarité nationale, notamment la protection des plus vulnérables de la société.
Les préoccupations autour de la dette publique, déjà à 89,5% du Produit intérieur brut à la fin de mars dernier, avec la politique déclarée du gouvernement de réduire cet indicateur de près de 30% d’ici à 2035 au terme des dispositions de la Public Debt Management Act, se déploieront en toile de fond du budget 2026-27. « On the debt front, general government debt attained 80.8% of GDP as at March 2026, compared with 80.6% in December 2025. Meanwhile, public sector gross debt rose marginally to stand at 89.5% of GDP as at March 2026, and is likely to remain at this level by end June », concède le MCB Group, qui tire une satisfaction conjoncturelle avec le poids de la dette étrangère se maintenant à 20% « with around 45% on fixed interest rate terms, providing a degree of insulation against interest rate volatility. »
« Challenging economic environment »
Le MCB Group ne se fait d’illusion en ce qui concerne la gestion de la dette publique dans les années à venir, malgré les grands discours déclamés. « Looking ahead, sustaining the pace of fiscal consolidation will remain critical to reduce debt levels to set targets of 75% of GDP by 2030 and 60% by 2035, as per the Public Debt Management Act. However, progress is likely to remain gradual given the challenging economic environment », note le document rendu public au cours de la semaine écoulée.
Dans cette perspective, le prochain budget devra non seulement réitérer l’urgence de la discipline budgétaire, mais traduire dans les faits une détermination « notably towards reducing non-productive outlays alongside managing state-owned enterprise related contingent liabilities. » C’est ce qu’indique le MCB Group, alors que les préparatifs du budget 2026-27 entament à la Budgetary Cell du Prime Minister’s Office une ultime semaine critique. À ce titre, l’introduction de la Fiscal Responsibility Act tant annoncée détiendrait la clé « to further strengthen the framework for sound public financial management, enhance accountability and support long-term fiscal sustainability. » Mais la loi doit être présentée, débattue et adoptée au préalable à l’Assemblée nationale.
Passant en revue le tableau de bord des différents secteurs économiques, le MCB Group maintient que « the slowdown in activity levels is set to be most visible in externally oriented and cost-sensitive sectors. » D’abord, le tourisme, un des piliers de la relance de l’économie post-Cocid-19, montre des signes d’affaiblissement « as forward bookings gradually ease, travel disruptions continue to prevail and airfares further increase. »
Si pour la période allant de janvier à mai de cette année ce secteur a enregistré un taux de croissance de 3,2% comparativement à la période correspondante l’année dernière avec 573 379 arrivées, la période de mars à mai, soit celle des premiers mois de la guerre au Proche-Orient, s’affiche en rouge avec une baisse de 0,8% et surtout une majoration de 25% du coût du billet d’avion. À ce stade, l’évolution des réservations d’hôtels pour les mois à venir est suivie avec une attention renouvelée vu les risques potentiels de « spillover effects across the broader economy. »
Marché automobile : baisse de 20%
La lueur d’espoir pour le tourisme de garder la tête hors de l’eau, même si les marchés traditionnels donnent des signes de frilosité, est la desserte de Maurice par Ethiopian Airlines pour la période de juin à septembre et des sièges-avion additionnels pour le compte de Turkish Airlines. Mais ces mesures de raccommodage pourraient être short pour gérer toute contraction majeure dans la demande.
D’autre part, la consommation, qui a pesé de tout son poids dans la croissance de ces dernières années, donnent des signes d’essoufflement avec notamment le marché de l’automobile enregistrant une baisse 20% pour la période de janvier à avril de cette année. Le MCB Group mise sur le fait que « growth in wholesale and retail trade is expected to moderate, reflecting higher freight, shipping and production costs, alongside softer discretionary consumer spending amidst a higher inflation environment. » Les facteurs susceptibles d’influencer la consommation sont entre autres une hausse du fret, qui a augmenté de 50% au titre du Baltic Index Global. La situation en ce qui concerne les Freight Costs à destination de Maurice donne une majoration de 25 à 45% pour des marchandises embarquées dans des ports chinois, de 8 à 16% des ports de l’Inde, de 10% venant d’Europe et de 215% de la région extrêmement sensible du Moyen-Orient. Le bottomline se traduisant par une hausse des prix au final.
Le prochain budget devra tenir en ligne de compte le déclin des exportations du secteur manufacturier et l’absence de visibilité par rapport aux dispositions de l’Africa Growth and Opportunity Act pour le textile en particulier après la fin de cette année. En général, cette filière économique, avec 83 000 emplois et un apport de 13% au Produit intérieur brut, devra connaître une expansion modérée, mais aussi faire face à des contraintes majeures sur le front des exportations. Même si les opérations de conserverie peuvent s’appuyer sur des « firmer international seafood prices », la décision du Royaume-Uni de suspendre des tarifs douaniers sur des importations de thon accentue la pression de la compétition des autres producteurs sur le thon mis en conserve à Maurice.
Ainsi, au premier trimestre de cette année, les exportations manufacturières ont régressé de 20,2% par rapport à l’année dernière, dont seulement des recettes de Rs 3,3 milliards, soit une baisse de 4,7% pour le thon et de 19,9% pour le textile, passant de Rs 4,5 milliards à Rs 3,6 milliards.
Et les perspectives pour le reste de l’année ne sont guère brillantes, car les opérateurs manufacturiers doivent composer avec une hausse de 15% des tarifs d’électricité du Central Electricity Board, d’un ajustement à la hausse de 9,4% dans l’IMF Price Index pour cette année et une augmentation de 3,2% dans les Unit Labour Costs. À ces facteurs, le MCB Group fait également état de « cost-competiveness pressures as higher wages and weak productivity gains weighing on margins. »
De son côté, l’agriculture, notamment King Sugar sans royaume, avec un pool de 32 500 emplois et une contribution de 5,4% au PIB, se trouve coincée entre une majoration de l’ordre de 55% des prix des fertilisants, séquelles de la guerre au Moyen-Orient, et un déficit pluviométrique de 55% pour la période de janvier à mai, conséquences du changement climatique. Deux facteurs hors de tout contrôle de la communauté agricole de Maurice.
Services financiers : bouée de sauvetage
Néanmoins, le secteur des services financiers pourrait s’affirmer être le silverlining se profilant à l’horizon économique caractérisé par des vagues d’instabilité. « There is scope to uplift growth potential through a focused and coherent economic strategy and action plan, while leveraging the country’s structural strengths, notably its positioning as a safe, stable and well-regarded jurisdiction, attributes whose relevance has been further underscored by ongoing global disruptions », confie Vicky Hurrynag dans le préambule de cet Economic Outlook, tout en soulignant que « financial services sector is expected to remain the main driver of growth despite a testing environment. »
Mais à une condition sine qua non. Le MCB Group s’appesantit sur le fait que « in this context, preserving Mauritius’ investment-grade sovereign rating remains a cornerstone of the IFC’s (International Financial Centre) reputation, underpinning its credibility and reinforcing its attractiveness as a leading platform for trade and investment in Africa (…) Concurrently, it is crucial to uplift the country’s growth potential to credibly enhance revenue generation. Subsequently, this should enable the country preserve the investment-grade status of its credit profile, providing an important anchor for investor confidence and supporting Mauritius’ ambitions to further strengthen its position as an international financial centre for Africa. »
Au chapitre du progonosis pour 2026, le MCB Group précise que « after standing at 3,2% in 2025, economic growth in Mauritius was initially on course to pick up slightly in 2026, supported by continued strength in services and an upturn in construction and household spending. However, the conflict in the Middle East has impacted the domestic economic outlook, introducing new headwinds through higher oil prices, supply chain and travel disruptions and weaker external demand. These factors are expected to compound pressures on the foreign exchange market, with measures introduced under the fiscal consolidation plan also weighing on the growth outlook. »
Et le budget de proposer des vaccins pour assurer une quasi-immunité contre la morosité. S’il en existe…

