Démantèlement des trottoirs et drains en pierre taillée à la rue Mère Barthélemy : Le triomphe de la laideur

Oubliés, abandonnés ou recouverts de végétation, les trottoirs et les canaux d’évacuation en pierre taillée ayant traversé deux, voire trois siècles, disparaissent de plus en plus, au profit du béton et du carrelage, ou bien sont pillés par des opportunistes. Au motif d’ « implanter un meilleur système de canalisation des eaux pluviales », on assiste au démantèlement de ces structures patrimoniales par ceux faisant peu de cas de la mémoire et de l’Histoire. Une nouvelle illustration de ce que l’esprit humain peut produire d’absurde, alors que d’autres solutions existent. Pour s’en convaincre, il suffit de se pencher sur les travaux en cours à la rue Mère Barthélemy à Port-Louis, juste en face du monument Marie Reine de la Paix, ayant défiguré le pavage sur une centaine de mètres. La laideur du béton triomphe dans la capitale et ailleurs.    

Bâtis des mains d’esclaves et bien plus que de simples revêtements, les pavés et autres systèmes de drains en pierre taillée restent des éléments importants du patrimoine. Ils ont beau avoir subi les outrages du temps, ils donnent un cachet inégalable aux paysages urbains, à la fois fonctionnels, esthétiques et résistants. Les générations futures, hélas, ne pourront plus apprécier si les politiques ne se décident pas à prendre les taureaux par les cornes en s’assurant d’un entretien soigné. Ces pavages de forme cubique, aménagés à partir du 18e siècle, ont permis d’obtenir des surfaces absolument propres et insensibles à l’eau.  Sauf qu’elles se réduisent comme peau de chagrin au profit du goudron, du bitume et du ciment.

- Publicité -

Certes, les impératifs liés à l’aménagement de drains modernes, de câbles de fibres optiques souterrains ou à la construction d’édifices impliquent parfois l’extraction des pavés, mais, comme l’a souligné, à maintes reprises, l’ONG SOS Patrimoine en Péril, « instituer un comité dans le but de préserver ces structures d’antan, rues, pavés, trottoirs, drains, qui font l’âme de la ville, témoins d’un savoir-faire, mais qui ne sont pas protégées par des lois, est un must. »

Ce réaménagement  est loin de faire l’unanimité, à la fois du côté des habitants, du moins parmi les amoureux de tout ce qui touche à l’Histoire et au patrimoine, qui ont été choqués de voir disparaître ces structures ayant parfaitement traversé l’épreuve du temps. « Après les belles demeures coloniales qui se meurent à la rue Mère Barthélemy, d’autres pans d’une genèse riche et d’un savoir-faire ancestral sont en trains de disparaître, sans que personne ne s’en émeuve. N’y avait-il pas la possibilité de construire de nouveaux drains en bordure du système existant depuis le 19e siècle ? Cette question me taraude », confie un riverain.

- Publicité -

Qu’en est-il des mesures de protection desdits trottoirs de Port-Louis ? À la mairie, on soutient que « nous faisons le maximum pour les préserver.  Le hic, c’est que malgré la longue présence avérée de ces témoins des mutations d’une capitale, les trottoirs en pierre de taille ne sont pas officiellement reconnus. Ils ne sont pas inscrits sur la liste du patrimoine national. Et ce n’est pas faute que la question ait été soulevée à plusieurs reprises. »

 

EN CONTINU
éditions numériques