C‘est une rare découverte : un cahier de composition de Mozart, sept pièces pour flûte et harpe et des leçons qu’il donnait à la duchesse de Guînes, a été retrouvé grâce à la persévérance d’un conservateur de la Bibliothèque nationale de France (BnF).
« J’étais loin de me douter de ce que j’allais trouver », confie François-Pierre Goy, conservateur au département de la musique de la BnF.
Son trésor : un manuscrit autographe de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), une « découverte majeure reconnue par les spécialistes » selon l’institution.
Ce cahier recèle une douzaine de « leçons de composition », des exercices donnés quotidiennement, de mai à juillet 1778, par le compositeur autrichien à Marie-Louise-Philippine de Bonnières de Guînes, excellente harpiste, fille du duc de Guînes lui-même flûtiste renommé, explique François-Pierre Goy.
Ses quarante-quatre pages comprennent également sept pièces pour flûte et harpe, dont la dernière est inachevée, a-t-il détaillé à l’AFP en présentant le précieux document, bien conservé.
Elles ont été jouées pour la première fois dimanche à l’occasion de la Fête de la musique, interprétées par deux musiciens de l’Orchestre philharmonique de Radio France, Mathilde Calderini (flûte) et Nicolas Tulliez (harpiste), devant un public d’invités à la BnF.
Cette découverte renseigne « sur le jeune professeur Mozart, en dialogue avec son élève », la duchesse de Guînes, qui était sa première élève connue dans la composition, relève Gilles Pécout, président de la BnF.
Expertise, passion et chance
Dans les pièces composées, « les mains du maître et de l’élève se mêlent dans des proportions variables », selon la BNF, mais elles « partent toujours d’une idée proposée par Mozart ».
Par exemple, « il écrit la partie de la harpe » et demande à la duchesse « d’écrire la partie de flûte. Ensuite, ils inversent », précise M. Goy.
Le document a été expertisé fin avril par la direction de la Bibliotheca Mozartiana du Mozarteum de Salzbourg, ville natale du musicien.
Des découvertes « sur un compositeur aussi célèbre, on n’en fait quasiment jamais », relève Mathias Auclair, directeur du département musique.
Elles se comptent sur les doigts d’une main. En 2012, par exemple, une partition pour piano, un « Allegro molto » de quelques minutes composé par Mozart à onze ans, inconnu jusqu’alors, avait été retrouvée dans un cahier resté dans le grenier d’une maison particulière en Autriche.
Expertise, persévérance, passion et un brin de chance sont à l’origine de cette trouvaille.
Le 2 février, François-Pierre Goy, qui a un goût particulier pour les manuscrits anonymes, ces « mal-aimés », ouvre ce petit cahier « qui ne paie pas de mine », sans titre, parmi une vingtaine d’autres qu’il a l’intention d’examiner avant son départ prochain à la retraite, raconte-t-il.
Découverte « inespérée »
« Il se trouve que dans les semaines précédentes, j’avais eu à regarder des manuscrits pédagogiques de Mozart ».
Parcourant les notes et les portées, certains éléments « caractéristiques » de l’écriture l’interrogent: d’abord ces accolades – symbole graphique qui regroupe plusieurs lignes de portées sur une partition – comportant deux traits obliques.
Puis « les clés de sol assez arrondies un peu inclinées vers l’avant » ou encore « la clé de fa » faite dans le sens inverse de la façon de la représenter en France.
« Est-ce que ça ne pourrait pas être lui ? », se demande-t-il alors.
Des comparaisons avec d’autres autographes numérisés, le papier utilisé, français, ou encore le fait que le cahier comporte les mêmes estampilles qu’une copie française du « Concerto pour flûte et harpe » de Mozart commandé par le duc de Guînes, vont dans le sens de son intuition.
L’avis d’une musicologue puis l’expertise du Mozarteum de Salzbourg viendront la confirmer.
Ce manuscrit « fait partie de deux paquets de musique confisqués au domicile du duc de Guînes en 1794 » lors de la Révolution française, « entrés dans les années suivantes à la Bibliothèque », selon la BnF.
Pour les musiciens harpistes et flûtistes, qui ont « assez peu de répertoire » à leur disposition, c’est une découverte « inespérée », relève Mathias Auclair. « Miraculeusement », arrivent sept nouveaux morceaux à jouer !
Esclavage
Le Ghana organise la 1re conférence
mondiale sur les réparations
Le Ghana a organisé jeudi une première conférence mondiale à Accra, sa capitale, visant à traduire en engagements concrets une résolution de l’ONU en vue de réparer les injustices historiques liées à l’esclavage.
En mars, les Nations unies ont adopté une résolution historique reconnaissant que la traite transatlantique des esclaves constituait « le crime le plus grave contre l’humanité ».
Depuis l’adoption de cette résolution, les discussions et la campagne en faveur d’une justice réparatrice concernant la traite des esclaves ont pris « un élan sans précédent », a déclaré jeudi depuis Accra le ministre ghanéen des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa.
Bien qu’elle ne soit pas contraignante, cette résolution, adoptée par 123 États membres de l’ONU, demande aux nations impliquées dans la traite négrière de s’engager en faveur de la justice réparatrice.
« Nous avons remporté la bataille contre l’esclavage, nous avons remporté la bataille contre le colonialisme, nous avons remporté la bataille contre l’apartheid, et nous sommes convaincus que nous remporterons la bataille contre l’injustice en matière de réparations », a dit M. Ablakwa lors de la séance d’ouverture de la conférence baptisée « Prochaines étapes ».
Le Ghana était considéré comme la plaque tournante de l’esclavage transatlantique, mais il est désormais « en train de passer du statut de scène de crime à celui de sanctuaire de guérison et de justice réparatrice », a affirmé le ministre.
Depuis l’adoption de la résolution, le président français, Emmanuel Macron, a approuvé l’abrogation symbolique des décrets royaux qui régissaient l’esclavage dans les colonies françaises.
La France était le troisième pays le plus engagé dans la traite, après l’Angleterre et le Portugal.
S’exprimant par visioconférence lors de la conférence d’Accra, Emmanuel Macron a insisté sur le fait que l’histoire ne pouvait pas être « réduite à une simple logique comptable ».
Le mois dernier, le pape Léon XIV a présenté des excuses pour le retard de plusieurs siècles pris par l’Église catholique à condamner l’esclavage, le qualifiant de « blessure dans la mémoire chrétienne ».
Ces dernières années, plus de 1 000 membres de la diaspora ont obtenu la citoyenneté ghanéenne, la plupart des Afro-Américains attirés par un mélange de motivations historiques, culturelles et personnelles.
« Au-delà du symbolisme »
Le président ghanéen John Mahama a annoncé la création de trois groupes de travail spéciaux chargés d’étudier les moyens concrets de mettre en œuvre la justice en matière de réparations: l’un dirigé par des chefs d’État, un autre composé d’experts chargés d’étudier la restitution, et le troisième pour travailler sur les aspects juridiques des réparations.
« La question qui se pose à nous n’est pas de savoir si l’histoire peut être changée — elle ne le peut pas — mais si nous avons le courage de l’affronter honnêtement et la détermination de transformer cette reconnaissance en actions concrètes », a ajouté Mahama.
La liste des intervenants de cet événement de trois jours comprend des dirigeants de la Barbade, de la Sierra Leone et du Sénégal, ainsi que de la Namibie et du Libéria, sans oublier le lauréat du prix Nobel de littérature et militant des droits humains nigérian Wole Soyinka.
Pour ce dernier, « la réparation doit aller au-delà du simple symbolisme. Il ne s’agit pas seulement d’excuses ou d’indemnisation, il s’agit de la réhumanisation de la mémoire et de la restauration des valeurs qui ont été dénaturées par des siècles de déshumanisation ».
Il a également mis en garde contre la recherche de justice pour le passé sans s’attaquer aux défaillances actuelles, « notamment la manière dont nous continuons aujourd’hui à marchandiser des vies humaines sur ce continent », citant l’enlèvement d’écoliers contre rançon, un crime courant dans son pays d’origine.
Mariam Abdoulaye, participante à la conférence originaire du Burkina Faso, a déclaré à l’AFP que l’Afrique attendait des réparations sous la forme de « fonds d’indemnisation structurés versés aux gouvernements ou aux communautés » de la part des anciennes puissances coloniales ou des institutions liées à l’esclavage, ainsi que l’annulation ou la restructuration de la dette et la restitution des objets d’art pillés.

