La réforme des retraites annoncée dans le budget 2026-27 continue de susciter de vives réactions au sein du mouvement syndical. Réunie hier lors d’une conférence de presse à l’hôtel St-Georges, à Port-Louis, la Plateforme Syndicale Lor Budget & Réformes, regroupant plusieurs fédérations syndicales, a dénoncé les nouvelles dispositions relatives à la pension de retraite et n’exclut pas l’organisation d’une manifestation nationale dans les prochaines semaines.
Le président du Mauritius Trade Union Congress (MTUC), Dewan Quedou, qui coordonne également cette plateforme syndicale, estime que le gouvernement a certes renoncé à repousser l’âge d’éligibilité à la pension de retraite à 65 ans, mais qu’il introduit désormais un système qu’il qualifie de « régressif », basé sur les revenus des éventuels bénéficiaires.
Selon lui, les salariés percevant un revenu avoisinant ou dépassant les Rs 50 000 seront pénalisés par une réduction progressive de leurs prestations. Il a notamment attiré l’attention sur le sort des travailleurs exerçant dans des secteurs physiquement exigeants tels que la construction, l’industrie manufacturière, l’agriculture, les transports ou encore les services de sécurité et de nettoyage. « Il est irréaliste de demander à ces travailleurs de prolonger leur carrière jusqu’à 65 ans », a-t-il soutenu.
De son côté, le président de la Federation of Parastatal Bodies and Other Unions (FPBOU), Deepak Benydin, a contesté l’argument économique avancé par le gouvernement pour justifier cette réforme. S’appuyant sur plusieurs indicateurs économiques, il a affirmé que la situation financière du pays ne justifie pas une remise en question du caractère universel de la pension de retraite de base. Il a cité la baisse du taux de chômage, passé de 6 % à 5,7 %, le recul de l’inflation de 7 % à 3,7 %, des réserves de devises atteignant 10,3 milliards de dollars ainsi que les performances positives du secteur touristique, avec plus de 1,4 million de visiteurs et des recettes de l’ordre de Rs 103 milliards.
« Ces chiffres démontrent que notre économie n’est pas dans le rouge comme on veut nous le faire croire », déclare le syndicaliste. Il a également indiqué que la pension de retraite de base repose, depuis les années 1950, sur le principe de l’universalité et qu’elle n’a jamais été soumise à un critère de revenus.
Pour Vijay Prakash Bundhun, membre de la plateforme syndicale, le gouvernement a également failli à son devoir d’équité envers les fonctionnaires. S’il reconnaît certaines mesures positives du budget, notamment l’absence d’une hausse de la TVA et l’amélioration de certains congés sociaux, il déplore l’absence d’ajustement salarial après l’introduction du salaire minimum, le non-paiement rétroactif du rapport PRB 2025 ainsi que le versement partiel des ajustements recommandés.
Au chapitre de la réforme des retraites, il estime que les fonctionnaires seront parmi les plus durement touchés, particulièrement ceux bénéficiant d’une pension contributive supérieure à Rs 50 000. « Nous nous opposons fermement à cette décision. Les syndicats n’ont jamais été consultés sur cette question », a-t-il dénoncé.
Le syndicaliste a souligné que de nombreux retraités continuent d’assumer des charges financières importantes, notamment le remboursement de prêts, les frais d’études de leurs enfants ou encore des dépenses médicales croissantes.
Pour sa part, Rajshree Thylamay, présidente de l’Union des Travailleurs de la Santé, la décision du gouvernement d’accorder douze semaines supplémentaires de congé de maternité. Elle souhaite toutefois que cette période soit rémunérée intégralement, comme c’est déjà le cas dans plusieurs pays.
Teeshan Prakash Deira, membre de la plateforme, a comparé les différentes propositions gouvernementales sur les retraites à une série télévisée. « Le premier épisode était la pension à 65 ans. Aujourd’hui, on nous présente le critère de revenus. J’imagine que d’autres épisodes suivront encore », dit-il avec ironie.
D’autres syndicalistes, dont Clency Bibi, Enrico Permal, Arvin Bhojun et Lall Dewnath, ont également pris la parole pour dénoncer l’absence de mesures plus vigoureuses face à la hausse persistante du coût de la vie. Selon eux, les travailleurs continuent de subir l’augmentation des prix des produits alimentaires, des services essentiels, du transport et du logement, sans mécanismes suffisants pour protéger l’érosion du pouvoir d’achat.
À l’issue de la conférence de presse, l’ensemble des organisations syndicales représentées a réaffirmé son unité et sa détermination à poursuivre la mobilisation. Les dirigeants syndicaux réclament un réexamen complet de la réforme des retraites et le maintien du système de pension dans sa forme actuelle. À défaut d’un changement de cap du gouvernement, une manifestation nationale pourrait être organisée dans les semaines à venir.

