Le Whip de l’opposition, Adrien Duval, a livré une critique virulente du budget 2026-27 lors de son intervention à l’Assemblée nationale. S’il a salué la décision du Premier ministre de geler le projet de ciblage de la pension de vieillesse, il estime que ce revirement constitue avant tout l’aveu d’un échec politique majeur du gouvernement. D’après lui, l’exécutif a démontré qu’il avait agi « en amateur » dans la gestion du dossier des pensions. « Rarement un gouvernement se sera trompé autant et aussi vite », a-t-il lancé, affirmant que le recul annoncé par le Premier ministre est le résultat direct de la colère populaire.
Pour Adrien Duval, le gel du ciblage ne règle toutefois pas le problème de fond. Il soutient que la réforme demeure inacceptable tant que l’âge d’éligibilité à la pension reste fixé à 65 ans. « Même avec le gel du ciblage, la première trahison demeure entière : celle de repousser l’âge de la pension à 65 ans », maintient-il.
L’intervenant estime que la population n’a jamais octroyé au gouvernement la possibilité de modifier aussi profondément le système de pension. Il a ainsi réclamé un retour complet au régime en vigueur avant les élections générales, jugeant que les deux volets de la réforme doivent être abandonnés.
Adrien Duval a également contesté l’argument financier avancé par le gouvernement pour justifier les changements. Se référant à ses calculs, le report de l’âge de la retraite permettrait une économie d’environ Rs 3,9 milliards pour l’année financière 2026-27, soit à peine 1,5 % des dépenses budgétaires.
À ses yeux, cette somme est dérisoire au regard des recettes fiscales supplémentaires engrangées par l’État depuis l’arrivée du nouveau gouvernement. « Taxer, c’est facile. La vraie difficulté, c’est de réduire le gaspillage, corriger les inefficacités et relancer la croissance », fait-il valoir.
Le député du PMSD a consacré une large partie de son discours à dénoncer ce qu’il considère comme des dépenses excessives de l’administration publique. Il a notamment pointé du doigt l’augmentation des allocations accordées au Prime Minister’s Office, les dépenses liées aux missions diplomatiques à l’étranger ainsi que certains projets d’infrastructure qu’il juge non prioritaires.
« Avant de couper les pensions, coupez d’abord ce qui est gras au sommet de l’État », a-t-il martelé.
Parmi les exemples cités figurent les coûts associés à certaines représentations diplomatiques, la rénovation de bâtiments officiels ainsi que des dépenses de fonctionnement qu’il estime excessives dans un contexte où l’État demande des sacrifices à la population.
Mesures insuffisantes
Adrien Duval a également critiqué les mesures annoncées pour faire face à la hausse du coût de la vie. Il est d’avis que les subventions accordées pour stabiliser les prix de certains produits ne s’attaquent pas aux causes de la cherté de la vie. Il reproche au gouvernement de soutenir la chaîne de distribution plutôt que de combattre les situations de monopole et d’encourager davantage la concurrence.
Parallèlement, il a dénoncé l’augmentation de plusieurs prélèvements fiscaux, notamment la TVA, les taxes sur certains produits de consommation ainsi que les nouvelles mesures environnementales. « On donne un œuf d’une main et on reprend un bœuf de l’autre », a-t-il résumé.
Il a également remis en question la bugétisation des fonds liés au règlement du dossier des Chagos, estimant que les incertitudes entourant encore ce dossier rendent ces recettes hypothétiques.
Il a, par ailleurs, évoqué les observations répétées du directeur de l’Audit concernant des paiements effectués à des bénéficiaires non éligibles au sein du système d’aide sociale et des pensions.
Adrien Duval estime qu’une meilleure gestion administrative permettrait de réaliser d’importantes économies sans pénaliser les retraités.
Autre volet fortement critiqué : la sécurité publique. Il affirme que malgré l’augmentation affichée des crédits alloués à la police, l’essentiel des fonds supplémentaires servira à financer les ajustements salariaux liés au rapport du Pay Research Bureau plutôt qu’à renforcer réellement les capacités opérationnelles des forces de l’ordre.
Il s’est inquiété de la hausse de la criminalité, du manque d’équipements et du faible taux d’aboutissement des enquêtes policières.
« Les citoyens ont besoin d’une présence policière efficiente. Aujourd’hui, on parle davantage d’annonces que de résultats », regrette-t-il.
L’IA sans fondations numériques
En fin d’intervention, Adrien Duval s’est montré particulièrement sceptique face aux ambitions gouvernementales en matière d’intelligence artificielle. Il précise que l’État peine encore à réussir sa transition numérique de base, plusieurs services publics fonctionnant toujours avec des systèmes largement manuels, devait-il préciser.
Il a cité le secteur de la santé et la gestion des médicaments, où de nombreuses opérations demeurent effectuées sur papier. « Avant de rêver d’intelligence artificielle, il faudrait d’abord faire preuve d’intelligence humaine », fait-il remarquer.
Au terme de son discours, Adrien Duval a dressé un bilan sévère du budget 2026-27, estimant qu’il repose davantage sur des effets d’annonce que sur des réformes capables d’améliorer concrètement le quotidien des Mauriciens. « Un budget ne se juge pas à la taille de ses annonces, mais à ce qui arrive réellement sur le terrain », a-t-il conclu, accusant le gouvernement de manquer de vision, de rigueur et de cohérence dans sa gestion des finances publiques.

