Journée contre l’abus et le trafic de drogue — Marche du Kolektif 420 : Entre colère et espoir, avec appel à un changement de cap

Emmanuel Sournoise :« À travers notre combat pour la légalisation du cannabis, nous défendons le retour à la nature »

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Une foule bien plus importante qu’attendu a investi, samedi, les rues de Port-Louis à l’appel du Kolektif 420. Organisée à l’occasion de la Journée internationale contre l’abus et le trafic de drogue, cette marche pacifique a pris des allures de cri d’alarme face aux ravages de la drogue synthétique. Si la légalisation du cannabis constituait le principal cheval de bataille des organisateurs, la mobilisation a surtout donné la parole à des familles brisées, à des citoyens révoltés et à des artistes venus réclamer une réponse forte à une crise qui frappe désormais toutes les couches de la société.

À mesure que la foule grossissait au Centre Social Marie-Reine-de-la-Paix, les organisateurs voyaient leur pari se concrétiser. Pour Jean Emmanuel Sournoise, vice-président du Kolektif 420, cette démonstration de solidarité était indispensable. « Nous prônons avant tout la légalisation du cannabis, une plante naturelle, face aux drogues synthétiques pouvant provenir de quincailleries et être mélangées à diverses substances toxiques. C’est le cannabis qui m’a aidé à sortir de la drogue dure. À travers notre combat, nous défendons le retour à la nature. Li ti enn must ki dimounn deplase en gran nomb pou sa lamars-la. Nou satisfe, me o fon nou kone ki ena plis dimounn ti kapav vini », fait-il ressortir.

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À 13 h, la marche a démarré au son des Standards de Kaya, dont les textes résonnent comme un symbole de liberté et de résistance. Tout au long du parcours, les slogans ont fusé : « Aret touy nou zanfan ! », « Marsan lamor out ! », « Baron ladrog ki touy nou zanfan! » ou encore « Lapolis bizin azir ! ». Derrière ces cris de colère pouvait se lire le désarroi d’une population face à un fléau impitoyable. Le cortège a aussi attiré la curiosité des passants et de nombreux commerçants. Certains ont applaudi pour montrer leur solidarité, d’autres ont préféré la prudence et la discrétion.
Veeren, commerçant de 67 ans, reconnaît avoir changé de regard. « Il y a encore quelques mois, je pensais que légaliser le cannabis était une fausse bonne idée. Aujourd’hui, je ne dis pas que c’est la solution miracle, mais je crois qu’il faut au moins avoir le courage d’ouvrir le débat », dit-il.
Cette volonté d’ouvrir une discussion dépasse largement le cercle des militants du Kolektif 420. Beaucoup de participants expliquent que la crise actuelle impose de sortir des positions idéologiques. Au-delà du débat sur la légalisation du cannabis, la marche a surtout mis en lumière les drames humains que vivent quotidiennement des centaines de familles mauriciennes.
Les témoignages recueillis montrent que la drogue synthétique ne fait aucune distinction parmi ses victimes. Cadre dans les ressources humaines, Manuella raconte avec émotion le calvaire de son fils, autrefois brillant élève. « Mwa ek mo mari nou pe lite pou tir li ladan, me sa ladrog-la inn ronz-li. Mon fils passe son temps à grimper aux arbres pour cueillir des fruits qu’il revend afin de s’acheter sa dose quotidienne. Il préfère se droguer que manger. Nous sommes complètement désemparés. S’il avait commencé par du cannabis naturel, je suis persuadée qu’il ne serait jamais tombé aussi bas », confie-t-elle.
Un exemple parmi tant d’autres. Parmi les manifestants figurait également Jean-Marc Toussaint, devenu l’un des visages de ce combat : « En 2009, monn fer trwa zan prizon akoz lapolis inn gagn enn sel gram gandia ar mwa, alor ki bann gran misie ki pe kokin par miliyon pe pavane partou. Monn kontign lager. Dimounn inn ler pou defann zot drwa. Defann la natir », préconise-t-il.
Le sentiment d’urgence est également partagé par Asham, 28 ans. « L’heure est extrêmement grave. On dit que des solutions existent, mais je ne vois toujours rien venir. Dès qu’on parle du cannabis, qui est pourtant une plante naturelle, le débat se ferme immédiatement. Les autorités doivent sortir de leur léthargie avant qu’il ne soit trop tard », ajoute-t-il.
Revenue vivre à Maurice après quarante années passées à l’étranger, Xilée affirme, pour sa part, avoir été profondément bouleversée par ce qu’elle découvre depuis plusieurs mois. « J’ai été choquée de voir autant de jeunes errer comme des zombies dans certains quartiers de Port-Louis. Le cannabis n’est probablement pas la seule réponse au problème, mais il serait injuste, voire suicidaire, de refuser d’explorer cette piste », devait-elle faire ressortir.
La mobilisation a également bénéficié du soutien de plusieurs artistes, dont Nitish Joganah, Bruno Raya, Virginie Gaspard et le comédien Ludovic Félicité. Nitish Joganah a salué la forte participation tout en adressant un message à ceux qui soutiennent le mouvement sur les réseaux sociaux. « Ena boukou dimounn kontan fer palab lor Facebook, me zame trouv zot lor simin. Azordi nou inn trouv enn lafoul sinser ki krwar vreman dan sa konba-la. »
Pour Bruno Raya, l’heure est venue de passer des promesses aux actes. « La société se détériore de jour en jour. Durant ces dix dernières années, la drogue a pris une ampleur considérable. Pendant la campagne électorale, le gouvernement avait pris des engagements. Il faut maintenant qu’il honore sa parole. »
Si la lutte contre les drogues de synthèse constituait le cœur du rassemblement, d’autres frustrations se sont également invitées au cortège. Certains participants ont dénoncé la cherté de la vie, tandis que d’autres ont exprimé leur colère face aux débats entourant la réforme des pensions. Le défilé a pris fin au Jardin de la Compagnie après un parcours effectué dans le calme. Seule une divergence est apparue entre les organisateurs et la police concernant la volonté d’un petit groupe de manifestants d’organiser un sit-in devant le Government House.
Les responsables du Kolektif 420 annoncent déjà de nouvelles actions dans plusieurs régions du pays. À leurs yeux, cette marche n’était qu’une première étape. Derrière les slogans, les drapeaux et les revendications, c’est surtout le profond sentiment d’une population qui refuse de voir une nouvelle génération sombrer dans les drogues synthétiques qui s’est exprimé dans les rues de la capitale.

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Cannabis : La NADC finalise son rapport

La réforme de la politique sur le cannabis franchit une étape décisive. Le rapport élaboré par la National Agency for Drug Control (NADC) entame désormais sa phase finale et sera transmis au gouvernement dans les prochaines semaines. Le document servira de base aux autorités pour décider d’une éventuelle refonte du cadre légal entourant le cannabis. L’annonce a été faite par le Chief Executive Officer de la NADC, Kunal Naik, à l’occasion de la Journée internationale contre l’abus et le trafic illicite de drogues.

Cette échéance intervient alors que l’organisme entend revoir plus largement son approche de la lutte contre les drogues. Réunis vendredi lors d’un atelier consacré au thème Addressing Drug Use Through Public Health and Social Equity: Youths and Communities at the Centre , les responsables de la NADC ont mis l’accent sur la nécessité de dépasser la seule logique répressive pour privilégier une stratégie combinant prévention, soins, réhabilitation et implication des communautés.
Pour justifier cette réorientation, Kunal Naik s’est appuyé sur les données les plus récentes. En 2024, les établissements de santé publics ont enregistré 1 081 admissions liées à la consommation de drogues, dont près de trois quarts concernaient des personnes âgées de 18 à 39 ans. « Ces chiffres montrent clairement que la répression, à elle seule, ne peut répondre à l’ampleur du phénomène », concède-t-il.

Dès le mois de juillet, plusieurs initiatives de proximité seront ainsi déployées dans les quartiers les plus touchés. L’objectif : consolider le travail avec les communautés locales, tout en modernisant les protocoles de traitement et de réhabilitation afin d’offrir un meilleur accompagnement aux personnes souffrant d’addictions.
Parallèlement, la NADC prépare un renforcement de l’arsenal contre les drogues de synthèse, dont la progression inquiète les autorités. Kunal Naik a annoncé que des propositions seront prochainement soumises au Premier ministre puis au Parlement afin d’adapter la réponse de l’État à cette nouvelle menace.
Interrogé sur les Rs 80 millions prévues pour la NADC dans le budget 2026-27, le CEO a estimé que la réussite ne dépendra pas uniquement des moyens financiers. « Ce qui fera la différence, ce sont les résultats obtenus sur le terrain », dit-il.

 

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