ENTREPRISE — Gout Sa de Christophe Moonesamy : L’artisan siropier et ses saveurs d’enfance

Humoriste apprécié, Christophe Moonesamy est aussi reconnu pour sa fabrication de sirops et de nectars élaborés à partir de fruits cueillis. La particularité de ces sirops est qu’ils ravivent des souvenirs. Fruités, floraux, aromatiques, les sirops de Gout Sa sont présentés avec de multiples déclinaisons que l’on peut doser à sa guise.

- Publicité -

Côté pile, il y a la facette d’humoriste de Christophe Moonesamy, et côté face, son âme d’entrepreneur d’artisan siropier pour redonner ses lettres de noblesse au sirop artisanal. Avec lui, tout débute par la sélection des ingrédients pour en faire une recette sirupeuse. De l’ananas à la roselle, en passant par le tamarin, la bergamote, le citron jaune et la citronnelle pour garantir une qualité à chaque gorgée, chaque fruit est choisi avec précision. Pas de recette miracle, juste l’œil aguerri et la dextérité de ses mains qui lui permet de déployer tout son savoir-faire pour transformer chaque fruit cueilli en un nectar. Son parcours trouve sa source dans une émotion gustative d’enfance, son tout premier sirop de tamarin qui a été l’élément déclencheur de lui donner cette envie de revisiter cette boisson oubliée.
C’est à Albion, chez lui, que toute la production se passe, depuis la cuisson des ingrédients jusqu’à la mise en bouteille. Christophe privilégie avant tout la richesse des arômes pour en extraire des saveurs exotiques. Goute Sa est née en plein Covid, en 2019, alors qu’il se plaisait dans son emploi d’animateur de radio, Christophe voit alors son monde basculer. Il perdra son emploi après un mois suivant la pandémie. Étant confiné, il a réalisé qu’il savait faire du jus et comme son épouse, alors enceinte, aimait le jus sans conservateur et colorant, il décide d’écraser les fruits et de procéder à la cuisson à l’ancienne. L’idée accroche avec de petits cocktails faits maison. Sa femme l’encourage à persévérer dans cette voie. « Le Covid m’a permis de sortir mes premiers produits avec tamarin, limon, ananas. »
Plusieurs personnes reconnaissent son talent, qu’il sait manier les saveurs du terroir mauricien. Il dira ainsi que le tamarin a toujours été son produit phare et que ses clients lui rappelaient avec plaisir qu’ils retrouvaient le goût de leur enfance. « Quand vous entendez une mamie de 60 ans et un papi de 75 ans parler de leurs souvenirs d’enfance, des saveurs retrouvées, cela vous conforte, et je me disais que j’étais dans la bonne direction. Mes recettes, je les ai améliorées grâce aux suggestions de mes clients qui voulaient aussi que je diversifie mes produits en proposant du pur jus de canne, de la roselle et même du caramel. Mon produit a ce goût de bonbon en bouche, un peu comme on savourait autrefois une bonne limonade glacée. »

Se réinventer

- Publicité -

Un cours chez FAREI proposé par le gouvernement pour encourager les petites et moyennes entreprises et aider les gens à être des entrepreneurs lui a été salutaire. Étant au chômage, en 2019, il a fallu se réinventer. Christophe a donc suivi un cours d’une durée de trois semaines sur l’art d’utiliser le sucre pour conserver les aliments. Le cours sur la gelée lui a aussi permis de développer d’autres idées. Sa part d’émotion dans la création se situe entre le floral et le fruité et le sirop tamarin épicé, sa dernière trouvaille. Il intègre aussi de la cannelle et le baume du Pérou pour de nouvelles créations. Il utilise aussi les fleurs de blue tea en hiver pour en faire des tisanes à base de thé, en tâchant toujours de créer, d’inventer et de s’améliorer. Il songe aussi à s’atteler à son autre projet de sirop café torréfié.
Christophe travaille avec plusieurs hôtels dont Four Seasons sur une commande de sirop caramel mauricien pour les touristes, quand on prend son café le matin. D’autres hôtels comme Paul & Virginie, Le Palmar et Beachcomber sollicitent aussi ses services. « Bientôt, l’entreprise Goute Sa sera labellisée Made in Moris, on va créer plus d’ouverture, et on va être certifié CSGS pour mettre nos prestataires plus en confiance pour qu’ils puissent se servir de ces produits dans les hôtels. »
Un des gros problèmes auxquels Christophe se heurte concerne la taxe sur le sucre, qu’il trouve inadmissible. « La MRA gagne Rs 75 sur chaque bouteille que je vends. Le sucre est déjà taxé avant d’être soumis à la “Sugar Tax”, augmentant les coûts. En tant qu’entrepreneur, je n’entre pas dans mes frais, avec une marge de manœuvre minime. » Lui, sa force réside dans son savoir-faire et chaque sirop qu’il fabrique rappelle le temps d’avant. «Une dame a été étonnée de voir qu’en buvant du sirop d’ananas, elle avait la même explosion en bouche comme si elle croquait dans l’ananas. Du coup, elle a pris quatre bouteilles de ce nectar. »
Gout Sa, c’est goûter à la simplicité et c’est ainsi que la fabrication de manière artisanale et traditionnelle de Christophe Moonesamy a contribué à son succès. Car ce que recherche son client, c’est l’authenticité et l’intensité aromatique. Étant humoriste, il joue aussi sur les mots. « Fode pa zis gete, bizin gout li osi », lance-t-il à un passant venu découvrir son stand. « Met twa dan siro ek dan lasos », dit-il sur un ton humoristique. L’homme qui porte plusieurs casquettes compte revenir sur scène en 2027 dans son propre one man show tout en poursuivant son rêve de travailler avec Alexandre Martin, Gaston Valayden, Yousoof Elahee. Il compte également avec son épouse lancer un wellness program, qu’il proposera aux entreprises. Un exercice de lâcher prise pour mieux se connecter à la réalité de la vie.

EN CONTINU
éditions numériques