Navin Ramgoolam pense-t-il que parce qu’il a mis sur pied un organisme aux pouvoirs accrus qu’est la National Agency for Drug Control (NADC) qu’il peut se laver les mains de ce problème épineux ? La NADC n’est qu’une structure, avec des hommes et des femmes. Certains ayant des connaissances et de l’expérience en matière de drogue ; d’autres, moins. L’idée, séduisante et que l’on salue, est d’avoir créé une telle instance réunissant toutes les composantes – ressources humaines, “knowhow”, technologies évolutives… afin de dégager une synergie nationale autour de cette problématique. Les drogues sont, actuellement, le problème majeur auquel fait face notre pays.
Pourtant, le Premier ministre semble en faire peu de cas. Se rend-il compte qu’il est attendu de lui qu’il fasse preuve de leadership sincère et concret en descendant, par exemple, sur le terrain auprès de la société civile ? Qu’il prouve qu’il “means business” ! Qu’il ne se cantonne pas qu’à lire des rapports et donner son avis ? Faut-il rappeler que le chantier est vaste ? Que tout est à (re)faire ? Que l’infestation des drogues synthétiques – les fameuses “simik” – permet au business ultra-lucratif de proliférer à chaque coin de rue, que l’on soit à la ville ou dans nos villages ? Doit-on lui rappeler que la situation a viré de mal en pis ces dernières années ?
Une nation repose sur les bases solides de sa cellule sociale. Or, pour l’heure, tel n’est pas le cas pour nous. Les faits divers pullulent de cas relatifs aux drogues. Des familles éprouvées durement par la présence en leur sein de membres accros et qui ne savent plus à quel saint se vouer, aux policiers, officiers de prison, de douane et autres, corrompus, en passant par d’autres « notables » qui sont pris dans les filets des autorités compétentes, le business des drogues – le narcotrafic – a sinueusement infiltré quasiment toutes les couches de la société. C’est un fait.
Il revient, de facto, tant au gouvernement en place qu’à tous les partenaires, voire toute la nation mauricienne, de “marye pike” afin de diminuer les dégâts. Car il est clair que vaincre le lucratif business des stupéfiants, éradiquer ce mal profond, est utopique. Pas impossible, mais en étant très lucide et réaliste, ce n’est pas demain la veille que l’on parviendra à faire échec aux marchands de la mort et leurs tactiques toujours plus innovantes. Cependant, si l’exemple n’est pas donné d’en haut – soit, par ceux qui nous dirigent, ceux que le peuple a élu et lui a confié les rênes de son avenir – ne se retroussent pas les manches, rien ne suivra. Ou plutôt, la situation va aller en empirant. Car le business prendra la pente ascendante. Ceux qui sont impliqués dans cette triste besogne se croiront intouchables. Incidemment, le nombre de victimes ne pourra qu’augmenter… dangereusement. Actuellement, déjà, en l’absence d’une étude méthodique et réelle du terrain pour évaluer l’étendue des dégâts, l’on sait que le nombre de consommateurs de drogue ne fait que croître.
En matière de répression, il paraît plus facile – parce que technique – d’opérer, en optimisant la formation des autorités, de mettre à leur disposition des équipements dernier cri, et toute l’artillerie nécessaire pour traquer les trafiquants. En revanche, pour ce qui est de la désintoxication médicale, les traitements pour venir en aide aux personnes dépendantes et accros aux substances, leur réhabilitation et réinsertion, sans oublier, pan primordial dans ce combat – la prévention, il faut se rendre à l’évidence : c’est une tâche gargantuesque qui nous attend. Encore une fois, très ardue, mais pas impossible.
Pour commencer à défaire notre pays des drogues et autres produits néfastes qui rongent nos jeunes et transformant en zombies nos adultes, il convient, aussi et surtout, d’avoir une approche désormais holistique. Parce que le mal a gangréné toutes les sphères de notre cellule sociale. De la famille au “workplace”, en passant par l’école, le collège, l’université. À la source, il convient d’avoir une politique pour prendre en compte la condition sociale, le taux de pauvreté, d’éducation, l’existence ou non des “live skills”, entre autres éléments.
Navin Ramgoolam gagnerait à s’engager pleinement dans ce combat. Il marquerait des points contre les maladresses (nombreuses, hélas !) qui rongent son actuel mandat.
Husna Ramjanally
