Un pas devant, deux pas derrière. Trial and error. La bricole, ça suffit ! On peut comprendreles tâtonnements du début, mais là, ça commence vraiment à bien faire ! On ne peut pas annoncer des décisions pour les annuler après. Tout cela ne procure aucune lisibilité précise des intentions du gouvernement, et le citoyen, lui, n’en est que plus perdu.
La pension, c’était déjà le même scénario l’année dernière avec le passage de 60 à 65 ans de l’âge de l’éligibilité. Mais comme on était encore dans l’excitation du 60/0 et de la jubilation d’avoir vu le MSM récuré à coups de karcher, la population s’était dit que c’est peut-être nécessaire de mettre fin aux largesses d’un gouvernement dépensier misant sur l’endetteement. La stratégie du Sun Trust n’a pas marché et ceux qui avaient abusé des fonds publics ont été sévèrement sanctionnés par les Mauriciens.
Aux murmures de mécontentement et de rejet, le gouvernement avait trouvé une parade, le Income Suppprt qui, tant bien que mal, a offert un soulagement aux plus vulnérables. Cette année, c’est pire, le Premier ministre surprend jusqu’à son propre camp en annonçant dans le budget une transformation radicale du système tout entier, pour ensuite dire qu’il est gelé, puis qu’il est tout simplement annulé.
Tout cela ne fait pas sérieux ! Faut-il toujours attendre que la colère de la rue gronde pour faire marche arrière ? Ce gouvernement est-il à ce point coupé des réalités du quotidien de la population pour procéder de cette façon ? À trop tirer sur la corde, ça risque de mal se terminer un de ces jours.
Contrairement à ce que le PM et ministre des Finances a balancé, vendredi soir, au sortir de la cérémonie de réouverture d’un stade dans sa circonscription, personne à part lui n’a compris ce que sera le régime de la pension au 1 er janvier 2027.
Si ses ministres eux-mêmes sont incapables d’apporter des clarifications et de s’engager sur ce qui sera fait, comment espère-t-il que le Mauricien lambda se retrouvera, lui, dans ce capharnaum d’annonces, de renoncements et d’annulations ?
Dans des circonstances normales, un PM ou un ministre des Finances serait venu expliquer sa politique et ses mesures à la population, aurait répondu aux questions des journalistes, non pas au détour d’un accès à sa voiture, mais dans le cadre d’un vrai échange avec la presse.
Le budget ayant été un raté monumental et plus un Fund-Raising Exercice qu’autre chose, c’est maintenant qu’un comité ministériel présidé par le PM et ministre des Finances planchera sur le Finance Bill qui a tout l’air d’un budget 2026/27 bis tant les récriminations se multiplient. On peut s’attendre que les chapitres Public Gathering Act et révision du régime du Waqf disparaissent parce qu’ils relèvent d’une aberrante incongruité.
Après les pensionnaires, les gestionnaires de compagnies offshore se plaignent de la hausse de la licence d’opération. Les assurés qui déduisent leur prime santé de leur feuille d’impôts seront taxés à hauteur de 5% sur la même prime. Les automobilistes s’entendent dire que la plaque personnalisée qu’il croyaient avoir achetée pour la vie n’est que louée et qu’elle sera frappée d’un tarif annuel. Le ministre de tutelle a, une nouvelle fois, dû corriger l’annonce budgétaire et préciser que cette nouvelle politique ne s’appliquerait qu’aux nouveaux demandeurs.
Du coup, c’est la trésorerie qui souffrira puisque plus personne ne voudra de la plaque personnalisée. En voulant se faire un peu plus de tune, voilà que la caisse risque d’être vraiment vide.
Dans la série des annonces fermes et des reculades notables, il y a aussi eu l’épisode du permis à points et téléphone portable jusqu’à ce que les décideurs ne découvrent que le bluetooth ne tombe pas sous le coup de la loi. Mais plus éloquent peut-être est la saga de la Constitutional Review Commission. Une annonce formelle sur la présidence, puis celle de sa composition, le vote du texte ensuite et, finalement, nouvelle présidence et vice-présidence.
Depuis le 19 décembre 2025, le Conseil des ministres annonçait en grande pompe que l’ancien chef juge Bernard Sik Yuen présiderait la future Constitutional Review Commission. Quelques semaines plus tard, le 30 janvier 2026, la composition de la commission était annoncée par le Conseil des ministres avec la confirmation de Bernard Sik Yuen à la présidence. L’affaire était entendue, même si le texte la créant n’avait pas encore été voté.
Le Constitutional Review Commission Act est finalement voté en mai 2026 et, vendredi dernier, coup de théâtre : ce n’est plus Bernard Sik Yuen ancien Chef Juge qui présidera la commission, mais un ancien juge : Vinod Boolell, rejoignant ainsi un autre membre de la famille : Satyajit Boolell. Une vice-présidente est aussi annoncée en la personne de Ah Foon Chui Yew Cheong. Sabir Kadel, annoncé comme secrétaire de la commission le 30 janvier, ne figure plus sur la liste officielle.
Espérons, néanmoins, que c’est la composition finale de cette commission et qu’elle se mettra vite à la tâche, et que des observateurs non-amnésiques n’iront pas retirer quelques cadavres des placards des uns et des autres et expliquer, par exemple, dans quelles circonstances certains avaient dû quitter leur poste.
On aurait pu aussi évoquer la valse des nominations et des démissions forcées qui ont émaillé la gestion des organismes publics. Le secteur du tourisme a été le symbole le plus éloquent de ce phénomène qui en dit long sur la justesse des choix formulés.
Les derniers épisodes « révoqués-démissionnaires » confirment la poursuite d’un feuilleton inépuisable avec le renvoi de Nishta Needroo du Sugar Investment Trust. À la Financial Services Commission, certains ont préféré partir parce qu’ils voulaient vraiment travailler, mais ils se sont heurtés aux protecteurs d’individus comme le beau-frère du Junior Minister Daneshwar Damy, Shaan Kundomal, pour ne citer qu’un cas sur lequel le ministère des Services Financiers n’a pas grand’chose à dire.
Ainsi va la gouvernance du changement. Pas de consultations, pas de décision basée sur des études approfondies ou des voix contradictoires. La rupture annoncée n’est plus qu’amateurisme institutionnalisé.
