Le flou permanent

Il a fallu attendre la veille d’une mobilisation syndicale et citoyenne pour que le ministre de la Sécurité Sociale se manifeste. Après des mois de mises à l’écart humiliantes et d’une absence totale de considération de la part du chef suprême qui, sur le comité des experts en gestion de la pension, le désavoue constamment, Ashok Subron est venu vendredi s’essayer à un exercice de clarification sur le dossier de la pension qui provoque une profonde colère depuis la présentation du budget, le 19 juin dernier.
Or, ce n’est pas pour autant que le flou a été complètement dissipé, chaque annonce suscitant son lot d’interrogations. Le flou est, en fait, permanent. Sur la pension plus que tout autre chose, c’est la certitude quoi doit prévaloir. Ce n’est pas les slogans du genre NPF 2.0 – emprunté d’un vocabulaire à la mode au début des années 2000 – qui rassureront ceux qui avaient fait des projections et des projets une fois la soixantaine atteinte.
Avec les largesses électoralistes du précédent gouvernement, cette pension a été transformée en revenu familial, certains grands-parents prenant à leur charge certains besoins tant de leurs enfants que de leurs petits-enfants. Se voir amputé d’un budget que l’on a prévu peut pousser à un grand désarroi. Il n’y a qu’à prêter l’oreille pour entendre la détresse de ceux qui étaient sous la menace d’une réduction ou d’une suppression de leurs prestations.
À force d’avoir utilisé le dossier de la pension à des fins électoralistes depuis 2005, toutes les tentatives de réforme ont échoué. Ceux qui ont pratiqué la démagogie la plus élaborée sont ceux-là même qui se retrouvent pris à leurs propres pièges. À ce rythme, autant retourner à la version pré-budget 2025/26 et trouver d’autres moyens d’augmenter les revenus de l’État.
Dans tous ces épisodes de revirements et de renoncements, le Premier ministre sort considérablement écorché. En voulant pratiquer son pouvoir de manière personnelle et concentrique et en prenant le portefeuille des Finances, alors qu’il a des responsabilités déjà très exigeantes, il a fini par perdre de son autorité. Du temps de son père, le ministre des Finances Sir Veerasamy Ringadoo prenait tous les coups, même ceux qui étaient les plus injustes.
Avec sa méthode, il a tout fait pour provoquer la rue. Et, hier, si ce n’était pas la déferlante du 29 août 2020 post-Wakashio à Port-Louis, il y avait néanmoins une très bonne mobilisation, les syndicats ayant bien rameuté leurs troupes. S’y sont joints ceux qui ont été constants dans leur dénonciations mais aussi ceux qui ont voulu s’octroyer une nouvelle virginité, alors que tous leurs travers n’ont probablement pas encore été révélés.
C’est de l’entière faute du gouvernement si des rebuts récemment balayés peuvent se mêler aux citoyens comme si de rien était. Que cela lui serve de leçon pour l’avenir et qu’il arrête de s’enfermer dans une espèce de tour d’ivoire et de se montrer imperméable aux aspirations de ce peuple à qui monts et merveilles avaient été promis de manière insistante.
Même la notion de développement proposée ne correspond pas à ce que la nation est en droit de s’attendre. Ils sont ainsi nombreux à se demander pourquoi tant d’insistance pour cette route à Rs 10 milliards nommée M4. C’est tellement indécent dans ce contexte de « lakess vid » que certains supputent que c’est avant tout pour desservir les projets de clinique et de complexe commercial, encore un, d’un groupe privé.
Et pendant que Rs 10 milliards seront engloutis dans l’asphalte, on continuera à perdre plus de la moitié de l’eau dont on dispose. Va-t-on continuer avec cette situation à un moment ou l’on nous vend et nous vante les vertus de l’intelligence artificielle, qui est grande consommatrice d’eau, qui est nécessaire pour refroidir les serveurs de haute puissance ?

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Sinon, c’est toujours la même méthode qui sévit et qui est parti pour perdurer : décider d’abord, réfléchir ensuite, et fléchir enfin. Et tout cela en affirmant le plus sérieusement du monde que tout est limpide. Le dernier exemple étant la saga du bétail de MV Apex, ex-LSS, qui, après des jours d’immobilisation en mer, a finalement été autorisé à accoster et à débarquer ses bovins. Après un « no entry » ferme signifié par le ministre de l’Agro-industrie Arvin Boolell, la situation a viré à un quasi drame qui aurait pu mettre en danger les bovins à bord ainsi que l’intégrité physique du navire et de l’équipage.

Cette affaire relance aussi la situation de monopole de l’exploitant « historique » et qui n’a apparemment pas intéressé la Competition Commission. Une première tentative de briser ce monopole a été faite en 2019, mais les intérêts des uns et des autres au niveau de l’importateur et des autorités se croisant pour ne pas dire se rejoignant, pas toujours pour des raisons de bonne gouvernance, le monopole a finalement été tout simplement renforcé.
Si ce n’est pas du rétropédalage constant, ce sont la lenteur et l’annonce de décisions en catastrophe. Depuis l’ère Ganoo, l’on prévoit l’arrivée imminente de règlements plus stricts sur la circulation des bicyclettes et des scooters électriques. Casque, gilet réfléchissant, tout devait y être.
Mais les yeux rivés sur les prochaines échéances, cela risquait de ne pas trop plaire aux nombreux jeunes qui utilisent ce moyen de locomotion. La mesure, pourtant urgente pour la sécurité des usagers de la route, avait été souvent annoncée mais jamais appliquée.
Il a, une nouvelle fois, fallu qu’un jeune homme périsse il y a quelques jours sur son deux-roues électrique pour que les grandes annonces reviennent. Les nouveaux règlements viendront, assure le ministre Osman Mahomed. On veut bien le croire parce qu’il s’agit d’un impératif, mais compte tenu des pratiques du gouvernement, ça risque de ne pas être demain la veille que l’on verra l’application de ces nouvelles normes pour la circulation sécurisée en véhicule électrique.
Lorsqu’on sait que même les cadavres n’échappent pas à l’incurie des autorités, on peut s’attendre à tout !

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